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La Suisse veut s'inspirer du modèle danois de lutte contre la radicalisation

Simonetta Sommaruga était ce vendredi à Aarhus. La deuxième ville du Danemark fait référence dans la lutte contre le djihadisme. Reportage.

La mosquée de Grimhoej et son recteur, Oussama El-Saadi. Deux tiers des djihadistes partis d’Aarhus ont fréquenté l’établissement.
La mosquée de Grimhoej et son recteur, Oussama El-Saadi. Deux tiers des djihadistes partis d’Aarhus ont fréquenté l’établissement.
Slim Allagui

«Tout est parti d’un appel à l’aide. En 2007, des proches d’un jeune de 18 ans ont donné l’alerte. Ils étaient préoccupés par son changement soudain de comportement. Ce jeune homme était devenu très religieux. Il exprimait une haine du Danemark et de tout ce qui est danois. Tout indiquait qu’il était en voie de se radicaliser. Son entourage ne savait plus quoi faire et a fini par nous contacter», raconte le commissaire Allan Aarslev. Dans son bureau au commissariat central d’Aarhus, la deuxième ville du Danemark, l’homme est l’une des chevilles ouvrières du projet pilote de lutte contre la radicalisation, développé à partir de ce premier coup de fil. Pour lui, la clé du succès, c’est le rôle des parents et des amis, «essentiel pour détecter les premiers signes de radicalisation et nous aider à prévenir les tendances extrémistes».

Lancé il y a dix ans en marge des attentats de Londres, le modèle Aarhus fait aujourd’hui figure de référence dans toute l’Europe. Il est basé sur la coopération entre la police et les services sociaux de la mairie afin de dissuader les jeunes de partir faire le djihad. Il faut dire que le phénomène n’épargne pas le pays. Par rapport à sa population, le Danemark est le deuxième pays européen le plus touché, après la Belgique. Depuis 2012, au moins 145 jeunes, hommes et femmes, sont partis en Irak et en Syrie pour soutenir l’Etat islamique. Quelque 35 sont morts au combat et environ 70 autres sont retournés au royaume scandinave, selon les dernières estimations des services de renseignement danois, qui les considèrent comme un risque pour la sécurité nationale. Beaucoup d’entre eux venaient d’Aarhus et étaient issus de familles tout à fait ordinaires. «Grâce au modèle mis en place, nous avons mis un frein aux départs, qui ont cessé ces deux dernières années», se félicite le commissaire Allan Aarslev.

Police et services sociaux

Pour détecter les djihadistes en herbe, une ligne téléphonique a été ouverte. Parents, proches et camarades d’école ou de travail peuvent signaler des signes de radicalisation suspects. Le nombre d’appels a explosé depuis les attentats de Paris et de Copenhague en 2015. «Certains ne sont pas justifiés, mais d’autres sont pris très au sérieux. Et dans tous les cas, nous contactons les personnes incriminées pour en savoir plus», explique le policier. Le programme est axé sur le dialogue. Policiers et travailleurs sociaux sont à l’écoute des jeunes qui acceptent de venir discuter de leur situation. Un mentor les aide à réintégrer l’école, à suivre une formation, à trouver un emploi, un logement; bref, à retrouver une vie normale de citoyen ordinaire. Cela sans contrainte, car le programme repose sur une base volontaire.

«Avec les jeunes, on parle de football autour d’un café, ou bien de musique, pour détendre l’atmosphère. Mais on aborde aussi leurs problèmes et leurs motivations pour faire le djihad. J’essaie juste de montrer que tout n’est pas blanc et noir dans la vision du monde, et qu’il existe d’autres forums sur Internet en dehors de la propagande de Daech, par exemple», témoigne Jan, l’un des mentors employés par le programme.

Approche douce

Le modèle d’Aarhus passe donc par une approche douce. «Traiter les djihadistes de terroristes et les mettre en prison n’est pas la solution. L’alternative serait de les laisser s’évaporer dans la nature avec le risque de se radicaliser encore plus», confie Joergen Ilum, l’ancien directeur de police de la région. «Mais nous ne les accueillons pas avec des fleurs, et s’ils ont commis des actes répréhensibles, ils seront poursuivis en justice», assure-t-il, tout en reconnaissant la difficulté d’obtenir des preuves pour leur participation active au conflit afin de les amener devant les tribunaux.

Pour de nombreux experts, le modèle d’Aarhus est le meilleur et devrait donc être étendu à d’autres villes. Pourtant, le programme connaît des échecs. Ainsi, des participants au programme de déradicalisation sont repartis en Syrie. C’est le cas de Mohammed Dirawi, un élève danois modèle de 19 ans, d’origine palestinienne, tué en 2015 au combat en Syrie dans les rangs de Daech. «Le modèle d’Aarhus a des failles, reconnaît Allan Aarslev. Il n’est qu’une partie de la solution.»

L'alternative, c'est la prison

A Copenhague, d’ailleurs, l’enthousiasme pour ce programme n’est pas partagé. Naser Khader, porte-parole du parti conservateur de la coalition au pouvoir, n’hésite pas à parler d’échec. «Lorsque 15 jeunes reviennent de Syrie après avoir combattu avec l’Etat islamique, on ne doit pas leur offrir des entretiens avec des psychologues ou un emploi. Ils doivent être poursuivis pour avoir combattu avec une organisation terroriste», martèle-t-il. L’ancien ministre de la Justice Soeren Pind a également des doutes. «Nous ne savons pas si ce modèle fonctionne, d’autant qu’Aarhus a fourni les djihadistes les plus radicalisés du pays.»

Bien loin des méthodes douces, le gouvernement a opté pour une approche nettement plus dure: confiscation des passeports des candidats au départ et condamnations lourdes des combattants revenus de Syrie. Enes Ciftci, un Danois d’origine turque de 24 ans, a ainsi été condamné à 6 ans de prison et déchu de sa nationalité pour avoir combattu avec l’Etat islamique. Six autres hommes, âgés de 20 à 29 ans, attendent en prison de passer en jugement pour le même délit. Et d’autres anciens «guerriers de Syrie» pourraient suivre le même chemin, selon le gouvernement, décidé à éradiquer le radicalisme à tout prix.

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