Des Suisses font avancer l’agriculture bio au Kenya

EnvironnementUne étude démontre les avantages de la culture biologique sur les méthodes conventionnelles du pays. Reste encore à convaincre les paysans de l’adopter.

Cette paysanne de Chuka prépare l’engrais pour son champ. Une charge de travail supplémentaire, mais qui permet la préservation du sol.

Cette paysanne de Chuka prépare l’engrais pour son champ. Une charge de travail supplémentaire, mais qui permet la préservation du sol. Image: DR

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Entre les plants de maïs, le soleil tape fort dans les champs de Chuka, à 172 km de Nairobi. «Pour nous, c’est l’hiver», frissonne un journaliste kényan, veste fermée jusqu’au cou malgré une température de 20 °C.

Noah Adamtey, de l’Institut suisse de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), mène un groupe disparate de journalistes, d’agriculteurs et de scientifiques devant de grandes tiges de maïs. Ce jour-là, les chercheurs du FiBL présentent avec fierté au public les résultats d’une étude menée depuis dix ans en partenariat avec la Direction du développement et de la coopération (DDC), la Fondation Biovision, le Service Liechtensteinois de Développement (LED), Coop ainsi que des partenariats locaux: grâce à une méthode mise au point par leurs soins, l’agriculture bio peut être pratiquée dans les pays tropicaux (lire ci-dessous), et ce avec un taux de rentabilité égal voire supérieur aux méthodes conventionnelles.

Des résultats qui ouvrent de belles perspectives pour le Kenya: 24,4% de l’économie repose sur l’exploitation agricole et forestière, et deux tiers de la population active est composée de petits agriculteurs.

Une réponse aux sols qui s’épuisent

Le pays doit en outre affronter un problème de taille: «Nos sols sont très malades en raison de l’usage massif du phosphate. Nombre d’entre eux sont devenus inexploitables, se désole David Amudavi, directeur de Biovision Africa Trust (BvAT). L’étude a permis de démontrer l’amélioration significative de la fertilité des sols.

L’absence de produits chimiques génère également des effets bénéfiques sur l’écosystème des fermes et sur la santé des agriculteurs.» Pour David Amudavi, l’avenir de la sécurité alimentaire, du développement durable ainsi que du changement climatique est en jeu.

Le défi du climat tropical

Les scientifiques ont mis un point d’honneur à tester les théories élaborées en laboratoire, et ce en travaillant main dans la main avec des petits agriculteurs des localités de Chuka et de Thika. Noah Adamtey entend convaincre le plus large public possible.

«Il n’y a aucune différence entre les deux plants, insiste à plusieurs reprises le scientifique kényan. Que tous ceux qui prétendent que l’agriculture bio n’est pas adaptée aux climats tropicaux en raison des organismes nuisibles et des maladies le constatent de leurs propres yeux.»

Un public encore sceptique

Les visiteurs palpent les feuilles, effritent la terre, comparent les hauteurs des plants en question, plantés en avril dernier. Les tiges culminent toutes à environ deux mètres et ne diffèrent effectivement guère l’une de l’autre. Pourtant, le premier plant a été soumis à un traitement conventionnel, le second cultivé selon les normes de l’agriculture biologique, exactement dans les mêmes conditions.

Expliquer et rassurer

Reste maintenant à convaincre les paysans à adopter les techniques proposées par le FiBL. Un vrai défi. Lors d’une autre visite organisée à Thika, une paysanne affiche une moue sceptique. Cette fois-ci, la différence entre les deux plants est flagrante, et elle n’est pas à l’avantage du bio.

«Moi, lorsque je vois ça, je sais clairement pour quelle technique j’opte», lance-t-elle. Edward Karanja, du Centre international de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE), la rassure. «Il s’agit de plants qui ont été moins utilisés que d’autres. Dans le sol des plants bio, la terre met plus de temps à absorber les nutriments. Mais au final, les tiges finissent par rattraper les autres et le résultat est exactement le même.»

Un travail exigent mais rentable

Avec l’agriculture bio, les paysans doivent ainsi fournir plus d’efforts, notamment parce qu’ils doivent produire leur propre engrais (compost). Ainsi, ils travaillent plus pour un rendement similaire. L’idée semble peu séduisante. «C’est vrai, le travail supplémentaire n’est pas rémunéré, reconnaît Gurbir Bhullar, coordinateur du projet Syscom pour le FiBL. Mais plusieurs facteurs viennent contrebalancer cet inconvénient: déjà, le coût de l’engrais chimique est plus élevé. Ensuite, le sol nourri aux produits chimiques s’épuisera au bout de six-sept ans, alors que le champ bio durera pendant bien des dizaines années! Au final, c’est bien plus rentable.»

A cela s’ajoute encore la possibilité de vendre les produits issus de l’agriculture biologique à un prix plus élevé. Dans ce cas, les rendements sont supérieurs de 20% à 50%.

Elles ont tenté l'expérience

A Thika, trois paysannes invitées à la présentation se tiennent timidement à l’écart. Leur ferme est à quelques kilomètres. Lydia Kareg s’est mise à l’agriculture bio il y a deux ans. «Même lorsqu’il ne pleut pas assez, la récolte est là. Ma production a doublé. Les autres fermiers que je connais veulent aussi s’y mettre maintenant», sourit-elle.

Avec Ann Karengo et Kurumbina Karigu, elle fait partie des 76 agriculteurs qui ont adopté le programme de Syscom, sous la supervision du FiBL. D’autres s’y sont également mis sans demander d’aide. «Il ne s’agit pas de faire la révolution et de tous les inciter à passer au bio, précise Samuel Ledermann, coordinateur chez Biovision. Le but est avant tout de leur montrer qu’il existe des alternatives qui devraient leur permettre d’améliorer leur niveau de vie."

Créé: 22.07.2016, 07h55

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