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Les Suisses sont parmi les Européens qui dépensent le moins pour se nourrir

Les Helvètes ne consacrent que 6,3% de leur budget à l'alimentation. Ils craignent malgré tout un renchérissement.

PATRICK MARTIN

La crainte d’une hausse des prix des aliments: c’est l’argument principal qui menace les deux initiatives alimentaires en votation le 23 septembre prochain. Selon le dernier sondage Tamedia, 55% des personnes opposées à l’initiative «Fair-Food» estiment que le texte risque d’augmenter les prix de l’alimentaire en Suisse et d’encourager le tourisme d’achat (lire ci-dessous). C’est aussi le deuxième argument le plus cité par les opposants à l’initiative «pour la souveraineté alimentaire».

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Pourtant, l’alimentation représente une part toujours plus petite des dépenses des ménages. Les Suisses n’y consacrent plus que 6,3% de leur budget, selon les derniers chiffres (2015) de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Le gros des dépenses est dédié à la consommation de biens et services (53,3%), au logement et à l’énergie (14,7%), et aux transports (7,6%). L’alimentation et les boissons non alcoolisées arrivent juste avant les dépenses pour les loisirs (5,6%).

Cette évolution s’observe depuis des décennies. Alors que l’alimentation représentait 50% du budget des ouvriers (40% de celui des employés) au début du XXe siècle, la part était déjà réduite à moins d’un tiers après la Seconde Guerre mondiale, puis à 11% au début des années 2000. Bien que la Suisse soit particulièrement concernée, cette tendance s’observe dans tous les pays industrialisés.

L’Institut national français de la statistique et des études économiques (Insee) propose plusieurs pistes d’explications, notamment liées à l’amélioration du pouvoir d’achat au fil des décennies. Non seulement la part consacrée à l’alimentation décroît lorsque le revenu augmente, mais nos habitudes alimentaires se sont modifiées. Le temps passé en cuisine a diminué, de même que le panier de courses s’est modifié: viande, fruits et légumes, céréales et boissons alcoolisées progressent moins vite que les autres produits alimentaires meilleur marché, à l’instar des produits transformés et des plats préparés. Ainsi, la consommation alimentaire par habitant augmente régulièrement en volume depuis cinquante ans, mais moins rapidement que l’ensemble de la consommation.

Dans ce contexte, ce n’est pas une surprise si le débat sur les initiatives agricoles du 23 septembre s’oriente désormais sur la question des coûts. Avec une crainte d’un renchérissement justifiée? Johann Schneider-Ammann assure que oui. Le conseiller fédéral en charge de l’agriculture affirmait samedi dans nos pages que «l’initiative sur la souveraineté alimentaire contribuera à augmenter les prix». Et le Conseil fédéral craint un phénomène identique si l’initiative «pour des aliments équitables» est acceptée. Mensonges! rétorque Pierre-André Tombez, président de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire. «C’est surtout Johann Schneider-Ammann qui fait peur. C’est infondé. Personne ne peut dire qu’il y aura une augmentation des prix en cas de oui à notre initiative. Nous avons les marges les plus importantes d’Europe dans la grande distribution. Et la vente directe est presque toujours avantageuse.»

Manger durable

La vice-présidente des Verts, Lisa Mazzone, fait la même analyse pour «Fair-Food»: «On ne peut pas affirmer avec certitude qu’appliquer des standards minimaux sur les denrées alimentaires importées ferait augmenter les prix. Une étude de la FRC a par ailleurs montré que manger de manière plus durable, de saison et local ne coûte pas forcément plus cher.» Et quand bien même, cet argument du porte-monnaie est trop court ajoute la Genevoise. «Nous sommes là dans des enjeux de santé publique et de respect de l’environnement et des animaux.»

Manger mieux

Ne vaut-il pas la peine de manger mieux, quitte à dépenser un peu plus? Opposant aux deux initiatives agricoles, le conseiller national Frédéric Borloz (PLR/VD) rétorque par d’autres statistiques «En comparaison européenne, nous sommes parmi les pays qui dépensent le plus pour des produits bios. Et la consommation de l’ensemble des produits dits équitables a doublé ces cinq dernières années.» Mais tout cela en tenant compte de la réalité du marché, souligne le libéral-radical.

Le syndicaliste paysan Pierre-André Tombez s’enflamme: «Le problème n’est pas le consommateur! Il achète des produits aux prix qu’on lui fait.» Selon lui, c’est grâce à l’intervention de l’État que la qualité de l’assiette s’améliorera. Pour tous? «Pour les gens dans la précarité, il ne serait pas impensable qu’on les aide, grâce à l’économie qu’on pourra sans doute faire sur les paiements directs», avance-t-il.

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