L'incident de trop cloue 29 avions au sol

Transport aérienUn problème de réacteur survenu entre Londres et Genève a contraint Swiss à annuler une soixantaine de vols mardi.

Un appareil Bombardier CS300 de Swiss, comme ceux qui sont désormais en révision. À gauche, un extrait de la liste des vols annulés mardi, publiée sur le site internet de la compagnie.

Un appareil Bombardier CS300 de Swiss, comme ceux qui sont désormais en révision. À gauche, un extrait de la liste des vols annulés mardi, publiée sur le site internet de la compagnie. Image: KEYSTONE

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London Heathrow Airport, mardi matin. Un lever du jour maussade éclaire timidement le tarmac du plus grand aéroport d’Europe. Apparemment, une aube toute en routine et en efficacité. Le décollage du vol LX 359 de Swiss, prévu à 7h sur l’horaire, s’effectue six minutes plus tôt. L’atterrissage de cet aéronef, un Bombardier CS300, est annoncé à 9h35 à Genève Aéroport.

Après le décollage, au cours de la phase d’ascension, un réacteur laisse entendre une déficience. «Cet incident s’est produit de façon identique lors de cas précédents. Ce type de problème requiert la mise hors service du réacteur en cause, conformément à la check-list de référence», indique rapidement un collaborateur de Swiss sur le site intranet de la compagnie, repris ensuite par le site spécialisé Aerotelegraph.

Dans ce contexte délicat, le vol LX 359 ne peut pas se prolonger. Après le survol de la Manche, il est dérouté et un atterrissage est effectué sur le principal aéroport parisien, Roissy-Charles-de-Gaulle.

Le choix de la prudence

Après ce contretemps, la direction de Swiss s’empresse d’apporter une précision, tant attendue par les proches des personnes présentes à bord du vol LX 359: «À aucun moment, lors de l’incident de ce jour, des passagers ou des membres de l’équipage ne se sont trouvés en danger.» Cette bonne nouvelle n’épargne pas Swiss et les deux plus grands aéroports du pays de gros, très gros tracas.

La déficience d’un réacteur, en pleine phase d’ascension, n’est pas une première dans la flotte de Swiss. Elle a déjà affecté plusieurs de ses 29 C Series, CS300 ou CS100, devenus plus tard des Airbus A220. Le changement de nom du modèle a suivi l’absorption partielle de l’avionneur canadien Bombardier par son confrère européen Airbus, annoncée le 18 octobre 2017.

La direction de Swiss a donc promptement fait le choix de la prudence. Tous les vols de la journée, assurés avec les vingt-neuf ex-Bombardier C Series de la compagnie, ont été annulés. Soit 26 à Genève et 34 à Zurich, au départ ou à l’arrivée. Sachant que deux tiers des aéronefs concernés peuvent accueillir jusqu’à 145 passagers et l’autre tiers, vingt de moins. Une estimation prudente, à raison de 95 passagers attendus par vol annulé, permet de comprendre que plus de 5500 voyageurs ont été contrariés mardi dans leurs projets.

Ces chiffres ne sont certes pas confirmés par Swiss. Mais ils ne constituent qu’un début. Le transporteur ne donne en effet aucune indication sur le temps que nécessitera la révision complète des vingt-neuf appareils. Ce supplice pour l’entreprise, et pour ses clients, s’avère cependant indispensable, au regard des répétitions et des émotions qu’elles ont pu susciter.

Le 25 juillet dernier, le vol LX 348 reliant Genève Aéroport à London Heathrow avait perdu des éléments d’un réacteur défectueux à 9700 mètres d’altitude, avant de devoir effectuer un atterrissage forcé à Paris. À cette occasion, un passager avait évoqué une détonation et des flammes provenant d’un des réacteurs. Deux mois plus tard, le 16 septembre, une alerte avait conduit un Airbus A220 de Swiss à rebrousser chemin après un décollage de Genève Aéroport.

Bombardier irrite

Aujourd’hui, des informations confirmées sur la suite des opérations manquent encore. Entre les aéroports de Zurich et de Genève, les estimations fleurissent. Comme encore une centaine de vols annulés et 10'000 passagers concernés. Ces chiffres paraissent toutefois un brin optimistes. Heureusement, Swiss cherche activement des solutions, en coopérant avec Airbus Canada et Pratt & Whitney, entreprise du Connecticut fabriquant ces réacteurs un brin inquiétants.

Mais le temps presse. Surtout en période de vacances d’automne imminentes – ou déjà commencées dans le canton de Vaud. Des vols pour des destinations aussi populaires que Marrakech, Palma de Majorque, Lisbonne ou Nice sont annulés… En outre, le nom de Bombardier renforce l’irritation générale (lire l’encadré). Car entre retards de livraison et défaillances techniques, les trains de la firme canadienne perturbent depuis de longs mois les transports publics suisses.

Créé: 15.10.2019, 21h57

«Mieux vaut cela qu’un accident»

Mardi, le grounding technique d’une partie de la flotte de Swiss a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Cloé Sandoz-Morard raconte sur Facebook être restée coincée à Magaluf (Espagne) en compagnie de quatre amies.

«Nous avons reçu un e-mail disant que notre vol de 21 h 20 était annulé et que nous ne pouvions pas rentrer avant demain soir (ndlr: mercredi). Résultat: un transfert en navette de perdu, une nuit à payer en plus, sans compter les repas et petit-déjeuner», écrit-elle, en espérant que ces frais supplémentaires seront remboursés par la compagnie Swiss.

Un couple relate son départ raté pour la Crète en milieu de journée. «Après beaucoup de patience, nous avons pu joindre la compagnie par téléphone (plus rapide a priori que faire la queue au desk) et ils nous ont proposé un vol demain (ndlr: mercredi) avec une autre compagnie. En attendant, retour à Lausanne pour la soirée!»

«Mais mieux vaut cela qu’un accident», positive un internaute. Certains saluent la décision de Swiss, estimant que la compagnie a adopté «le bon réflexe». La colère sur les réseaux sociaux cible surtout Bombardier, le constructeur canadien des avions concernés. Bombardier, qui, en Suisse, plonge déjà les CFF dans la panade avec de longs retards dans la livraison de trains…

Certains prennent toutefois la situation avec humour. Un internaute note que tous ces avions cloués au sol, c’est «cool pour la planète». Mais aussi pour la concurrence, suppose une autre, en indiquant sur la page Facebook de Genève Aéroport qu’Easyjet doit remercier Bombardier.

Olivier Wurlod

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