Passer au contenu principal

«Les Tamouls d’ici sont attristés par la tenue de ce procès»

Le procès sur le financement de la guerre civile au Sri Lanka démarre lundi. Interview du représentant des Tamouls romands.

Shiva Thambipillai est conseiller communal socialiste à Lausanne.
Shiva Thambipillai est conseiller communal socialiste à Lausanne.

Il dit avoir le «virus de la politique». Namasivayam Thambipillai, ou Shiva – «c’est plus simple» – a quitté il y a 34 ans sa vie de pharmacien et d’acteur occasionnel de cinéma et de théâtre au Sri Lanka pour la Suisse. Comme d’autres Tamouls, il fuyait son pays aux premières heures d’une longue guerre civile.

Depuis, il n’a cessé de défendre la «cause» de son ethnie face au régime cinghalais. Comme secrétaire de l’Association des Tamouls de Suisse romande ou comme organisateur, chaque année, du cortège de «soutien au peuple tamoul détenu au Sri Lanka», devant le siège de l’ONU à Genève. Tout cela en tant que «patriote», et pas comme membre des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), tient-il à préciser.

Lundi, Shiva Thambipillai, également conseiller communal socialiste à Lausanne, sera à Bellinzone, au Tribunal pénal fédéral, pour assister à la première audience du procès sur le financement de la rébellion tamoule. Treize personnes – dont deux résidents vaudois – sont accusées d’extorsion, de blanchiment, de faux dans les titres, entre autres (lire ci-contre). Attablé dans un restaurant lausannois, il peine à garder son calme en évoquant l’affaire. Proche de certains prévenus, il a notamment servi d’interprète durant l’instruction.

Comment la communauté tamoule vit-elle le début de ce procès?

Nous sommes tristes que la justice suisse ait lancé une enquête comme celle-là. Je suis moi-même conseiller communal, je respecte les autorités et la justice. Mais cette accusation est à mon avis fausse. La Suisse s’est engagée en faveur des négociations de paix au Sri Lanka. Et maintenant, le gouvernement lance cette procédure, c’est incompréhensible. Lundi, il y aura sûrement une petite manifestation pacifique de jeunes Tamouls à Bellinzone.

Le Ministère public se base sur des témoignages de Tamouls qui disent avoir subi des pressions. Il décrit aussi un système très organisé et autoritaire.

Je pense que quelques Tamouls ont mal interprété la situation. De 2003 à 2009, il y a eu ce qu’on appelle la guerre intense. Les fonds collectés visaient à aider les Tamouls, nos frères de sang. Mais jamais il n’y a eu de pression, d’extorsion. Je trouve étrange que les personnes qui disent avoir subi du chantage n’aient pas déposé une plainte tout de suite. C’est suspect, ce ne sont pas des patriotes.

Avez-vous versé de l’argent pour soutenir les Tigres?

Non, jamais, car je m’engageais suffisamment en faveur de notre cause. Et jamais ils n’ont fait pression sur moi.

La guerre s’est terminée en 2009. Quel est votre souhait pour votre pays?

Les exactions de l’armée continuent, et il faut que cela cesse. Il faut un changement de mentalité pour qu’on puisse véritablement parler de paix. Les Tamouls doivent avoir les mêmes droits que les Cinghalais. Peut-être alors retournerai-je vivre là-bas.

La communauté sri lankaise de Suisse est-elle soudée?

En Suisse, nous sommes environ 60 000, naturalisés compris, et une nette majorité de Tamouls. Il n’y a pas de tensions avec les quelques Cinghalais. Nous sommes une communauté intégrée, travailleuse et respectueuse. Quand je suis arrivé comme réfugié avec un simple sac sur le dos, j’ai tout de suite appris le français. Mon premier travail a été de laver des vaches. Aujourd’hui, je suis naturalisé, j’ai travaillé comme préparateur de médicaments à la pharmacie du CHUV et je m’engage en politique. Mes enfants sont tous diplômés.

Il n’y a par contre pas beaucoup de mixité.

C’est vrai. Ce sera peut-être le cas de la nouvelle génération.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.