Au Tessin, les autorités tentent d'enrayer la panique

CoronavirusNombreux Tessinois sont très angoissés par la proximité avec la Lombardie. Le Conseil d'Etat ne veut pas prendre de mesures draconiennes.

De g. à dr.: Paolo Bianchi, chef de la division santé publique du Tessin, les conseillers d’État Raffaele De Rosa et Christian Vitta, ainsi que le médecin cantonal, Giorgio Melani, lundi lors d’un point presse.

De g. à dr.: Paolo Bianchi, chef de la division santé publique du Tessin, les conseillers d’État Raffaele De Rosa et Christian Vitta, ainsi que le médecin cantonal, Giorgio Melani, lundi lors d’un point presse. Image: Keystone

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«Fermons les frontières!» C’est le cri du cœur de 40% des lecteurs du «Corriere del Ticino», selon un sondage effectué sur le site du quotidien. Au Tessin, la promiscuité avec l’Italie et ses villes en quarantaine angoisse ses habitants. Chaque jour, quelque 70'000 frontaliers passent la frontière pour travailler, avec la possibilité que le virus voyage également avec eux. Certaines firmes ont pris des mesures, notamment en priant leurs employés de travailler depuis chez eux. «La peur se sent vraiment des deux côtés de la frontière», confirme Alessandro, Italien travaillant en Suisse. Chez lui, à Verbania, les écoles sont fermées pour une semaine et les habitants dévalisent les supermarchés. Au Tessin, «tout le monde reste dans une sorte d’attente, comme le calme avant la tempête», raconte-t-il.

Masques et désinfectant sont en rupture de stock dans les pharmacies. «Sincèrement, je panique, reconnaît ce travailleur dans les colonnes du portail Tio.ch. Je dois me déplacer en transports publics dans tout le canton. Je côtoie des gens qui vont et viennent en Lombardie. Il me semble absurde que la Suisse se tienne immobile et imagine qu’un virus puisse s’arrêter à la frontière.» Ces peurs sont largement relayées par les politiciens locaux, en particulier issus des partis de droite, qui multiplient les interventions et les questions auprès des autorités communales et cantonales. La question de la fermeture des frontières revient régulièrement.

L’isolement

«La question est légitime, estime Franco Denti, président de l’Ordre des médecins tessinois. Mettons de côté le débat sur les frontaliers, le virus n’est pas raciste, il attaque tout le monde, poursuit ce membre de l’UDC. D’un point de vue médical, les scientifiques s’accordent pour dire que l’unique moyen de contenir l’épidémie est l’isolement.» Selon le médecin, il faudrait fermer provisoirement les frontières pour au moins cinq jours. «Cela permettrait non seulement de mieux cerner la situation en Italie, mais également de permettre au canton du Tessin de se préparer au mieux.»

Lundi, en conférence de presse, le Conseil d’État tessinois a révélé avoir considéré la possibilité de fermer les frontières, mais s’être ravisé après avoir consulté les experts. «Fermer les frontières ne serait ni efficace, ni proportionné, ni fait au bon moment», explique le médecin cantonal, Giorgio Merlani. La Suisse sera effectivement touchée par le coronavirus, tôt ou tard, souligne le spécialiste. «Il s’agit d’une question de jours ou de semaines. Il faut donc agir graduellement en fonction de la situation.» La quarantaine sert effectivement à contenir la contagion lorsque des cas sont déjà déclarés. «À Wuhan, où l’isolement a été établi depuis fin janvier, les citoyens n’en peuvent plus. La situation va durer plusieurs mois, on ne peut pas prendre de mesures draconiennes alors qu’aucun cas n’a encore été confirmé.»

«Il faut garder la raison»

Giorgio Merlani prie la population de rester rationnelle. «Il faut que les gens arrêtent d’appeler les hôpitaux, voire les ambulances, simplement parce qu’ils sont grippés ou qu’ils sont passés par la Lombardie. Toutes ces demandes plombent fortement le réseau sanitaire et empêchent les soignants de travailler correctement!»

Signe de la peur des gens, les appels passés au numéro d’information de la Confédération ont explosé ce week-end. À la demande du Conseil d’État, Berne a non seulement renforcé le standard mais également permis que les tests, jusqu'ici effectués aux HUG, puissent être réalisés directement au Tessin.

Afin de montrer que Berne prend la situation au sérieux, le conseiller fédéral Alain Berset s’est également exprimé sur la question. «Il faut garder la raison et les pieds sur terre. J’ai de la compréhension pour le fait que la population tessinoise attende que l’on montre comment la situation est prise en main par la politique, souligne le chef du Département fédéral de l’intérieur. Mais il s’agit aussi de prendre des mesures proportionnées avec la situation que nous connaissons aujourd’hui.» Le ministre de la santé n’exclut toutefois aucun scénario pour la suite.

Créé: 24.02.2020, 20h15

Italie

Les habitants de la péninsule redoutent de devenir les pestiférés de l’Europe

Troisième foyer d’infection du coronavirus au monde, après la Chine et la Corée du Sud, l’Italie doit apprendre à vivre avec l’épidémie et des bilans en constante augmentation.

Les voies d’accès à la dizaine de bourgs lombards d’où est partie la contagion sont bloquées par les carabiniers. Seul le préfet peut délivrer une autorisation pour pénétrer dans ou quitter cette «zone rouge» où vivent 50'000 personnes. Les légumes, les fruits et certains médicaments commencent à manquer malgré les couloirs sanitaires. Toutefois, la discipline imposée à cette ligne de front de l’épidémie a le mérite de la clarté. Dans le reste de la Lombardie, comme au Piémont, en Émilie-Romagne ou en Vénétie, considérées comme des «zones jaunes», la situation est plus complexe. Les autorités tentent de réduire les regroupements sans toutefois attiser l’inquiétude de la population ni bloquer l’économie.

Écoles, universités, stades, églises et théâtres, comme la cathédrale ou la Scala de Milan, sont fermés. Les bars sont ouverts jusqu’à 18h et les restaurants n’ont pas de restrictions. Les habitants ont pris d’assaut les supermarchés, où les rayons d’eau et de pâtes commencent à se vider. Certains commerces ne font entrer les clients que lorsqu’ils sont munis de masques. Les masques, les gants et les solutions désinfectantes sont devenus des marchandises précieuses. Sur internet, on trouve des flacons de désinfectant à 100 euros.

La Bourse de Milan a plongé de plus de 4% et le spread, le différentiel entre les bons du Trésor allemands et italiens, a augmenté. Autant de signes de l’inquiétude des marchés internationaux sur la tenue de l’économie transalpine. De nombreuses entreprises conseillent à leurs employés de rester chez eux ou annulent leurs voyages à l’étranger de peur de les voir refoulés aux frontières.

La machine de l’État montre des signes de faiblesse. Ainsi, le 112, le numéro de téléphone mis à disposition des Italiens qui redoutent d’avoir les symptômes du Covid-19, est inaccessible. Après l’échec de l’identification du patient zéro, les experts se divisent. Pour la directrice de l’hôpital milanais qui analyse les tests du coronavirus, l’épidémie est comparable à une grippe banale. Pour le virologue Roberto Buriani, elle est très grave et toutes les personnes en provenance de Chine auraient dû être soumises à une quarantaine. Deux points de vue qui ne sont pas inconciliables. La majorité des patients n’ont en effet eu que des symptômes légers et ont guéri sans avoir pris conscience qu’ils avaient été atteints par le Covid-19.
Ainsi, ils ont contaminé sans le savoir d’autres personnes. Désormais, les autorités sanitaires ont affaire à des patients de la «troisième génération», pour qui le virus est passé par deux intermédiaires entre eux et la source chinoise. Cela rend difficile de circonscrire l’épidémie.

Le président du Conseil, Giuseppe Conte, défend la politique de son Exécutif. Selon lui, on compte un grand nombre de cas positifs dans la péninsule car les autorités y font davantage de tests que dans d’autres pays. Un avis destiné aux donneurs de leçons qui voudraient isoler l’Italie et les Italiens. En vain. Un train en provenance de la péninsule a ainsi été arrêté plusieurs heures en Autriche; un autobus a connu le même sort à Lyon en raison de la toux de son chauffeur; des touristes italiens ont été bloqués pour raisons sanitaires à l’île Maurice; et la Roumanie interdit l’entrée sur son territoire aux personnes ayant séjourné en Italie du Nord. Pire: ce sont désormais les régions du Sud, comme la Basilicate, qui imposent la quarantaine à leurs concitoyens lombards ou piémontais.

Dominique Dunglas Rome

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