«Je tiens à garder les pieds sur terre»

VisionLe Conseil national débat cette semaine du dossier Stratégie énergétique 2050. D’où viendra l’électricité de nos enfants? Parole au Parti libéral-radical: Jacques Bourgeois livre ses convictions.

Le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR) préférerait des incitations plutôt que des subventions.

Le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR) préférerait des incitations plutôt que des subventions.

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Est-ce que, comme l’UDC, vous refusez le virage énergétique?
Pas du tout. Mon parti est entré en matière sur la loi. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés, après la catastrophe de Fukushima. Et, avec l’arrêt à terme de nos centrales nucléaires, il faut des alternatives. Nous devons renforcer la promotion des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Le soutien à l’investissement dans les barrages me semble important aussi: l’hydraulique fournit 56% de notre courant et il est le principal pilier pour la sécurité d’approvisionnement. Par contre, nous voulions renvoyer le projet au Conseil fédéral pour qu’il mette toutes les cartes sur la table, notamment la future réforme écologique, dont on ne sait rien. On nous présente l’entrée, mais nous ne connaissons ni le plat principal ni le dessert de ce menu énergétique. Et, surtout, nous ne connaissons pas l’addition.

Pourquoi avez-vous refusé la hausse du soutien aux énergies vertes à 2,3 centimes par kilowattheure?
Parce qu’on investit déjà. Le Conseil fédéral accorde des moyens financiers pour les projets prêts à être réalisés. La redevance est actuellement de 1,1 ct. le kWh et elle peut encore monter à 1,5 ct. En passant à 2,3 ct., cela coûtera 500 millions de plus par an, soit 15 milliards en trente ans. On ne parle pas de peanuts! Je trouve qu’il y a des alternatives préférables aux subventions. En Suède, les électriciens ont l’obligation de fournir un pourcentage d’énergie verte, ce qui provoque un développement tout en faisant jouer le marché. Cela me paraît préférable.

Pourquoi le PLR hésite-t-il sur la fermeture des centrales?
Nous n’hésitons pas sur le fait que nous sommes contre la construction de nouvelles centrales nucléaires basées sur la technologie actuelle. Toutefois, on ne doit pas interdire la recherche et l’innovation dans ce domaine. C’est dans ce sens que le PLR s’est investi et a eu gain de cause. Là où nous sommes partagés, c’est sur la variante de quarante ans avec des autorisations renouvelées tous les dix ans moyennant un concept de sécurité. C’est celle que je soutiens. D’autres pensent que les prescriptions actuelles suffisent.

Pourquoi ne pas débrancher plus tôt?
Nous savons que nous devrons remplacer l’énergie fournie par Mühleberg dès 2019. C’est 5% de la consommation actuelle d’électricité. Si on ferme Beznau, c’est 10% de plus. Tant que les centrales restent sûres du point de vue de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire, il faut les laisser en fonction. Si le politique fixe une date, les investissements non amortis pourraient coûter des milliards et les exploitants pourraient demander une indemnité à la Confédération. Je ne veux pas d’un impôt nucléaire, raison pour laquelle je suis favorable à la variante de la majorité, qui mènera les propriétaires de centrales à prendre leur décision eux-mêmes.

Ce virage énergétique s’étalera dans le temps avec des objectifs modestes. N’est-ce pas une sorte de service minimum?
Non. Les objectifs pour les renouvelables sont ambitieux, ce sont 24 terrawattheures sur les 60 que nous consommons actuellement. Pratiquement 40% de nos besoins devraient passer en renouvelables. Mais si on veut s’éclairer tous les soirs, il faut de la production constante en ruban. Ce ne sont pas le photovoltaïque ni l’éolien qui peuvent la fournir pour l’instant, uniquement le nucléaire et l’hydraulique. Je tiens à garder les pieds sur terre et ma vision de ce virage énergétique est globale: évitons d’y aller au coup par coup et prenons tous les éléments en compte. Le peuple décidera. Que faites-vous personnellement pour l’environnement et le tournant énergétique? J’ai remplacé mon chauffage à mazout par un chauffage à pellets et je vais prochainement poser des panneaux solaires dans le but de couvrir mes besoins. Je me déplace en train chaque fois que c’est possible. Et, le week-end, j’enfourche généralement mon vélo, je fais 5000 à 6000 kilomètres par saison. C’est de l’énergie 100% renouvelable!

Créé: 05.12.2014, 09h59

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Pas de hausse sur le CO2

Afin que le pays puisse se passer de courant nucléaire,
les Suisses devront être moins gourmands en énergie. Le Conseil national veut les aider en gonflant l’enveloppe pour assainir les bâtiments, mais sans relèvement de la taxe sur le CO2 frappant les combustibles. Actuellement à 60 francs par tonne, la redevance devrait rester inchangée pour l’instant. Même la gauche et le PDC ont renoncé hier à défendre la hausse à 84 francs proposée par le Conseil fédéral. Ce dernier conservera de toute façon la possibilité de porter la taxe à 120 francs si les objectifs d’émission ne sont pas atteints. L’UDC voulait biffer cette compétence et ramener la taxe à 36 francs. «C’en serait fini du programme bâtiments», a averti Roger Nordmann (PS/VD). Appel entendu par la majorité.

L’enveloppe destinée à l’assainissement des bâtiments devrait passer de 300 à 450 millions de francs. Mais le tiers du produit de la taxe sur le CO2 sur lequel la manne sera prélevée devrait aussi servir à la diminution de la consommation de courant en hiver, a décidé le National.

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