«Ne tombons pas dans le piège qui nous est tendu»

Conseil des droits de l’hommeLe représentant de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) à l’ONU est un farouche partisan du dialogue.

Le diplomate algérien Slimane Chikh représente l’Organisation de la coopération islamique (OCI) auprès des Nations Unies à Genève.

Le diplomate algérien Slimane Chikh représente l’Organisation de la coopération islamique (OCI) auprès des Nations Unies à Genève. Image: D.R

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Il représente l’Organisation de la coopération islamique (OCI) auprès des Nations Unies à Genève. Slimane Chikh est un diplomate aguerri. Ancien recteur de l’Université d’Alger, il a été plusieurs fois ministre dans les années 80. S’il porte la parole des pays musulmans, il refuse de jouer les pyromanes dans le contexte de tension engendré par le terrorisme. Il préfère parier sur l’intelligence des hommes.

Quelles sont les priorités de l’OCI au sein du Conseil des droits de l’homme?

Il y a d’abord une priorité récurrente, c’est la question palestinienne. Nous allons continuer à nous battre pour que les graves violations des droits de l’homme commises par Israël restent inscrites au sommet de l’agenda au point 7. Lors de cette session nous aimerions attirer de nouveau l’attention sur le sort réservé aux rohingyas, minorité musulmane du Myanmar, ainsi que sur celui des musulmans en République centrafricaine qui subissent toutes deux de graves violations des droits de l’homme. Sur d’autres dossiers, l’OCI continuera à apporter sa contribution positive aux débats et à manifester sa volonté d’ouverture.

Certains pays musulmans auraient aimé rouvrir le débat sur le blasphème. Il semblerait qu’au sein de l’OCI une majorité de pays privilégie l’apaisement. Est-ce exact?

Nous préférons sauvegarder le consensus autour de la résolution 16/18 qui combat l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la discrimination et aussi la violence contre les personnes en raison de leur religion ou de leurs convictions. Cette résolution comprend un plan d’action en huit points et vise à lutter contre l’extrémisme et l’exclusion ainsi que la violence qui y est associée. Elle ambitionne, par ailleurs, de préparer les générations futures à une approche paisible de leur religion. Cependant, je tiens ici à souligner que les pays membres de l’OCI se doivent de dénoncer les amalgames qui associent incorrectement l’islam au terrorisme.

Que dites-vous à ceux qui redoutent un clash des civilisations entre le monde musulman et l’Occident?

Je vais leur réaffirmer la nécessité de poursuivre le dialogue et de dépasser les approches réductrices. C’est dans ce sens que la résolution adoptée au sein du Conseil des droits de l’homme s’adresse à toutes les religions. Cela signifie aussi que l’OCI ne se limite pas à défendre l’islam et à lutter contre l’islamophobie mais qu’elle prône la lutte contre toute intolérance religieuse. Le secrétaire général de l’OCI, S.E. Iyad Ameen Madani, a été parmi les premiers à dénoncer les crimes des groupes terroristes lorsqu’ils s’en sont pris aux chrétiens et aux Yézidis d’Irak ainsi qu’aux coptes d’Egypte en Libye. Je voudrais par ailleurs souligner que les musulmans sont les premières victimes de ces actes extrémistes et barbares.

Comment arrivez-vous à représenter les intérêts de pays qui ont une même religion mais ni les mêmes traditions ni les mêmes intérêts?

La diversité des cultures au sein de l’OCI nous aide à nous ouvrir au monde. Nous avons 57 pays membres répartis sur quatre continents. Cela nous oblige à un dialogue constructif et à un élan de modernité.

Avez-vous un exemple?

Oui, nous œuvrons à la promotion de la femme au sein de nos sociétés et nous combattons toutes les violences dont elles sont victimes à l’exemple de la pratique des mutilations génitales. La jeunesse en tant que porteuse d’avenir occupe une place centrale dans l’agenda de l’OCI.

Comment les pays musulmans comptent-ils faire face au défi que pose le terrorisme islamique?

Je voudrais tout d’abord dissocier les deux termes «terrorisme» et «islamique» et préciser plutôt que l’islam est pris en otage par les groupes terroristes. Le véritable islam est celui qui est pratiqué paisiblement dans nos sociétés et cela depuis des siècles. Pour ce qui est du terrorisme, c’est une lutte qui engage toute la communauté internationale et nécessite une coopération accrue.

Comment expliquez-vous qu’on en soit arrivé à un tel niveau d’incompréhension de part et d’autre?

La mondialisation devrait rétrécir les distances et rapprocher les peuples, mais on s’aperçoit que c’est le contraire. Il y a une tendance au repli sur soi et à l’exclusion. Internet joue sans doute un rôle positif dans la transmission des connaissances mais il a été détourné comme instrument de propagande qui véhicule la haine de l’autre. L’ère postmoderne a développé à cet égard des réflexes mortifères qui ne vont pas dans le sens de l’épanouissement de l’humanité.

Que faut-il faire?

Il n’y a pas d’autre choix que d’ouvrir la porte au dialogue. Mais le véritable dialogue ne consiste pas en deux monologues. Chacun doit se mettre à la place de l’autre et c’est à partir de ce sentiment d’empathie que l’on pourra aller de l’avant.

(24 heures)

Créé: 02.03.2015, 08h43

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