Les Suisses n’ont jamais autant perçu d’héritage

FiscalitéLes Suisses rejoignent l’au-delà toujours plus riches, révèle une étude. Le volume des successions ne cesse d’augmenter.

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Les Suisses auraient hérité de 61 milliards en 2011, selon les calculs des économistes Marius Brülhart et Elodie Moreau, respectivement chercheurs à l’Université de Lausanne et de Zurich. Cela représente 13% du revenu national, soit plus du double qu’en 1975 (5%). L’étude, mise en lumière par la télévision suisse alémanique SRF, démontre que les 40 mil­liards avancés par les partisans de l’initiative sur l’impôt sur les successions sont sous-estimés, et de loin. «Pour 2015, on atteindra probablement les 76 milliards, ajoute Marius Brülhart. Et encore, cette estimation est elle aussi prudente, car elle ne tient pas compte de certains facteurs comme les propriétés à l’étranger.»

Pas de registre

Le volume exact des héritages est difficile à évaluer en Suisse. L’impôt sur les successions est géré par les cantons et chacun applique son propre système. «Les can­tons établissent des statistiques assez aléatoires, commente Marius Brülhart. On ne sait pas vraiment qui hérite de qui. Personne n’a jugé indispensable de tenir un registre précis.»

Les deux scientifiques ont contourné l’obstacle en s’inspirant de la méthode de l’économiste français Thomas Piketty. Le volume total des héritages est évalué grâce à un calcul mêlant – pour faire simple – le taux de mortalité et la fortune moyenne des personnes décédées. L’étude tient également compte des donations effectuées avant le décès; une pratique dont la fréquence a augmenté avec l’espérance de vie et qui permet de démentir l’aphorisme de l’humoriste américain Fred Allen: «L’héritage est un gâteau que vous recevez lorsque vous n’avez plus de dents pour le manger.»

Et le gâteau est toujours plus gros. L’étude, observant l’évolution sur un siècle, constate que non seulement les ménages (riches et de la classe moyenne) vivent plus confortablement, mais le volume de la fortune des personnes arrivant en fin de vie a considérablement augmenté depuis les Trente Glorieuses. «La Suisse possède un système de retraite qui fonctionne bien, une grande part des personnes âgées ont la possibilité d’épargner pendant la retraite, ou du moins de ne pas dépenser leurs économies», ajoute Marius Brülhart. Autrement dit, de façon moins élégante: aujourd’hui, en Suisse, on vit et on meurt plus riches qu’avant.

Tirer profit

Le volume des héritages tend ainsi à atteindre le même niveau que celui d’avant les deux guerres mondiales. Thomas Piketty fait le même constat en France et en Alle­magne ( voir infographie ). Ce dernier est d’ailleurs régulièrement cité par les partisans de l’impôt fédéral sur les successions. Selon eux, l’héritage représente un système inégal qui creuse le fossé des classes et ternit l’égalité des chances. L’impôt sur les successions permettrait d’atténuer le phénomène.

Les chiffres de l’étude servent donc les arguments des initiants? «Ils donnent surtout davantage de poids à ceux qui y perçoivent une source potentielle de recettes publiques», répond l’auteur. Marius Brülhart estime que les cantons pourraient profiter de cette masse croissante de fortunes transférées pour augmenter les impôts sur les successions, et ce sans craindre une fuite du contribuable dans les cantons voisins. «Les analyses montrent que l’augmentation – ou l’absence de baisse – de l’impôt sur les successions n’a que très peu d’effets sur le comportement des personnes âgées aisées. Il est donc tout à fait concevable de laisser cet impôt entre les mains des cantons plutôt que de le transférer au niveau fédéral.»

L’économiste préconise cependant cette solution dans le but de baisser d’autres impôts, à l’instar de celui sur la fortune ou sur le revenu. «Cela pourrait être une piste dans les réflexions sur la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), où des pertes de recettes importantes sont à craindre, notamment à Genève et Vaud», conclut l’économiste. (24 heures)

Créé: 06.05.2015, 06h59

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