«Il y a eu des trahisons soit des Vert’libéraux, soit du PS»

SuisseSi la défaite de la candidate écologiste Regula Rytz était prévisible, son faible score interpelle.

Image: Keystone

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Elle avait mis sa boucle d’oreille fétiche, cette feuille dorée qui pend sous son lobe gauche. Un cadeau de sa grand-mère. A son arrivée dans l'hémicycle, ce mercredi matin, Regula Rytz affiche un sourire que lui rendent affectueusement ses collègues écologistes. Mais en les voyant embrasser chaleureusement leur présidente, candidate au Conseil fédéral, on sent déjà que la surprise dont rêvent les Verts n’aura pas lieu. Une forme de résignation dans l’attitude.

Quelques heures plus tard, le verdict tombe. Ignazio Cassis est réélu. On entend quelques applaudissements dans les rangs PLR. Regula Rytz prend acte dignement. «Nous étions prêts à prendre nos responsabilités, mais les partis bourgeois n’en ont pas voulu, réagira-t-elle plus tard. Je félicite les conseillers fédéraux pour leur élection. Ils devront faire face à des défis énormes en matière de climat. Il faudra trouver des solutions, et les trouver vite.»

Au sein du groupe écologiste, c’est la résignation qui l’emporte. Pour la sénatrice Adèle Thorens (Verts/VD), ce résultat est un vote de pouvoir. «Le Conseil fédéral reste la chasse gardée de quelques partis. Le parlement a fait comme s’il ne s’était rien passé le 20 octobre.» Dans le même esprit, Lisa Mazzone, vice-présidente des Verts, critique «ce cartel du pouvoir qui refuse de faire vivre l’esprit de la concordance».

Un poignard dans le dos?

Si la non-élection de Regula Rytz était attendue, ce qui surprend, c’est toutefois la faiblesse de son score. Alors que le PLR tessinois engrange 145 voix, elle n’en récolte que 82. C’est peu. Très peu. Le soir précédant le vote, le président du groupe des Verts, Balthasar Glättli (ZH), espérait encore atteindre les 100 voix.

Que s’est-il passé? «Il y a eu des trahisons soit chez les socialistes, soit chez les Vert’libéraux», lâche Aline Trede (Verts/BE). Car les chiffres sont clairs. Dans ce nouveau parlement, la gauche totalise 83 suffrages, cela signifie donc qu’il y a eu des défections côté socialiste. Et ce, alors même que Regula Rytz avait le soutien unanime du groupe. Plusieurs élus ont-ils planté un poignard dans le dos de leur partenaire historique? «Je n’y crois pas, répond Mathias Reynard (PS/VS). C’est un vote gauche-droite typique, avec quelques individualités qui se sont exprimées de part et d’autre.» Samuel Bendahan (PS/VD) abonde: «J’ai de la peine à imaginer qui aurait pu ne pas voter pour Rytz.»

«C’est un vote gauche-droite typique, avec quelques individualités qui se sont exprimées de part et d’autre»

Les Vert’libéraux, eux, avaient laissé la liberté de vote. La Vaudoise Isabelle Chevalley, vice-présidente du parti, assume. «En ne présentant qu’une seule candidate clivante, les écologistes ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes d’avoir échoué. La preuve, elle ne fait même pas le plein des voix à gauche.» En effet, plusieurs élus vert’libéraux affirment avoir voté pour la candidate des écologistes. Les coups de crayon socialistes auraient-ils été plus nombreux qu’on ne le dit au PS? Certains Verts ne seraient pas étonnés. «On leur a pris des sièges», rappelle une élue. Dans ce grand marché de dupes qu’est l’élection au Conseil fédéral, le secret du vote fait qu’on ne saura jamais qui dit la vérité.

Si les Verts accusent le coup, les partis bourgeois ont réussi leur pari. Dans la salle des pas perdus, deux PLR se félicitent du score d’Ignazio Cassis. «Il fait mieux que certains conseillers fédéraux qui n’étaient pas attaqués ces dernières années, se réjouit le premier. On peut sabrer le champagne. L’année est réussie», ajoute son collègue. Car bien que Karin Keller-Sutter, qui passait en dernier, ait souffert de représailles comme son score moyen l’atteste, le parti sauve ses deux fauteuils. «Tant le Tessin que la Suisse orientale restent représentés au Conseil fédéral», salue Petra Gössi, présidente du PLR.

«Personne ne renie le poids des Verts, mais les changements ne doivent pas se faire dans la précipitation»

Du côté UDC et PDC, plusieurs élus saluent une journée où les mots concordance, stabilité et respect des institutions ont résonné. «Le signal qui a été donné aujourd’hui est fort, explique Vincent Maitre (PDC/GE). Personne ne renie le poids des Verts, mais la stabilité du gouvernement ne peut pas être bouleversée dans la précipitation. Il faut réfléchir en profondeur à la façon dont nous voulons répartir le pouvoir. C’est bien pour cela que le PDC invite les autres partis à rediscuter la formule magique.»

Reste qu’on se demande quand viendra le tour des Verts. «Malgré ce résultat, nous gardons toute notre légitimité à avoir un siège au Conseil fédéral, et nous évaluerons à chaque vacance l’intérêt de lancer un candidat», prévient Balthazar Glättli. Des déclarations qui se heurtent à la réalité politique actuelle. Au sein du collège, les quatre plus «anciens» sont socialistes et UDC. Or le parti agrarien est celui qui a la plus grande légitimité à avoir deux sièges. Quant aux ministres PS, les Verts excluent déjà de les attaquer.

Créé: 11.12.2019, 17h39

La PDC Viola Amherd obtient le deuxième meilleur score de l’histoire

C’est elle la nouvelle chouchou du Parlement. Avec 218 voix sur 232 bulletins valables, la démocrate-chrétienne valaisanne Viola Amherd réalise un score canon pour sa réélection au Conseil fédéral. Seul le socialiste Hans-Peter Tschudi a fait mieux dans l’histoire suisse, mais il faut remonter à 1971. «C’est la preuve que tout le monde se rend compte à Berne que la présence du PDC au sein du Conseil fédéral est importante», réagit Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL). Mais pour la conseillère nationale, ce score est aussi une reconnaissance de l’action de Viola Amherd. «Elle fait du très bon travail comme ministre de la défense. Elle est capable de trouver des compromis entre les pôles de gauche et de droite. C’est exactement l’attitude qu’on attend du centre.» C’est une bonne revanche en tous cas pour la Valaisanne, qui avait été minorisée dans la répartition des dicastères après sa première élection au Conseil fédéral.





Cet excellent score ferait presque oublié que la femme du jour, c’est bel et bien Simonetta Sommaruga. La socialiste a été élue présidente de la Confédération pour la deuxième fois et succède à l’UDC Ueli Maurer. Dans un discours courageux, la Bernoise a exhorté le Parlement a ne pas se montrer egoïste, mais ouvert sur l’extérieur. «Nous ne devons jamais oublier que c’est grâce à l’Union européenne qu’il y a la paix autour de notre pays. Et que nous sommes aussi des Européens.»

Après Simonetta Sommaruga et le canton de Berne en 2020, ce sera Vaud qui devrait être à l’honneur en 2021, puisque Guy Parmelin a été élu à la vice-présidence du Conseil fédéral. L’UDC a toutefois obtenu un score moyen, avec 168 voix sur 183 bulletin valables. Cinquante-deux bulletins blancs ont été déposés dans les urnes.

A noter enfin le score assez faible de Karin Keller-Sutter. La femme forte du Conseil fédéral n’a recueilli que 169 voix. 21 voix sont allées à un autre PLR saint-gallois, Marcel Dobler. Trente-sept bulletins étaient blancs. Selon plusieurs parlementaires, les bulletins blancs seraient une action revancharde des écologistes après avoir échoué à déboulonner Ignazio Cassis, l’autre conseiller fédéral libéral-radical. Quant aux votes pour Marcel Dobler, il s’agirait d’un coup de l’UDC, pour bien faire comprendre à Karin Keller-Sutter que son engagement contre l’initiative dite de limitation, qui veut en finir avec la libre-circulation des personnes avec l’UE, ne passe pas.

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