Trois continents en dix jours, Schneider-Ammann en fait-il trop?

EpuisementLe conseiller fédéral se lance dans un périple économique autour du monde. A Berne, beaucoup s’inquiètent pour son état de santé.

A la tête du département de l’Economie, Johann Schneider-Amman multiplie les déplacements à l’étranger, comme ici à en mars dernier à Bruxelles.

A la tête du département de l’Economie, Johann Schneider-Amman multiplie les déplacements à l’étranger, comme ici à en mars dernier à Bruxelles. Image: EPA

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Russie, Indonésie, Arabie saoudite, Etats-Unis. Le tout en dix jours chrono. C’est un véritable marathon économique qu’est en train d’effectuer Johann Schneider-Ammann. Parti dimanche, le Bernois passera 48 heures dans chaque pays. L’objectif de ces visites? «Développer les relations commerciales bilatérales, analyser les perspectives du libre-échange, ainsi que le climat des investissements», explique le Département de l’économie.

Un voyage des plus astreignants qui surprend et qui inquiète. L’an dernier, c’est à la suite de nombreux périples effectués à l’occasion de son année de présidence que le conseiller fédéral PLR était apparu très fatigué au Parlement. Ce qui avait alimenté les spéculations sur son retrait.

Rebelote cette année. Car le Bernois n’est pas parti dans les meilleures dispositions. «Lors de la dernière session, il est de nouveau apparu épuisé, nous confie un membre de son parti. Ça se voit à son physique. Il n’est pas au mieux de sa forme.» Sous couvert de l’anonymat, on nous décrit un homme qui manque d’énergie. «Lors du débat sur la marine marchande, il était crevé, il somnolait. Il a eu des blancs de plusieurs secondes alors qu’il était en train de lire ses notes», ajoute un socialiste. Ce voyage est-il trop ambitieux? «C’est la question que beaucoup se posent à Berne, reconnaît un membre du PDC. On sent qu’il est au bout du rouleau.»

Pourquoi donc se lancer dans un tel périple? «Johann Schneider-Ammann s’est toujours vu comme un ambassadeur de l’économie, explique un démocrate-chrétien. Il est contre tout interventionnisme, mais gagner des contrats à l’étranger, ça, il aime.» Un socialiste abonde. «Pour lui, sa mission au Conseil fédéral, c’est de favoriser le libre-échange.» Et un membre du PLR de nous narrer la dernière assemblée du parti, où Johann Schneider-Ammann s’est même vanté de ces voyages. «On sait pourtant qu’il a du mal à récupérer du décalage horaire et qu’il dort mal en avion. Sa passion l’emporte-t-elle sur sa santé?»

Une marionnette?

Pour certains, le tableau serait même plus sombre que cela. Affaibli, Johann Schneider-Ammann serait devenu la «marionnette» de son département. Un «automate» que l’on enverrait là où les perspectives économiques sont les plus intéressantes. «Un ministre, il n’y a rien de mieux pour ouvrir la porte aux investissements dans un pays étranger, résume un conseiller national. La question est de savoir ce que Johann Schnei­der-Ammann décide et ce qu’il se contente d’exécuter.» Un scénario qui peine à convaincre. «Si c’est le cas, ses collaborateurs ne doivent pas beaucoup le pousser, souligne un socialiste. Il est sur la même longueur d’onde que son département.»

Du côté de la présidence du PLR, on coupe court aux rumeurs. «Johann Schneider-Ammann ne voyage pas contre sa volonté, répond Philippe Nantermod, vice-président. L’Economie est un département qui exige de nombreux déplacements à l’étranger.»

Toute cette agitation relance toutefois la question d’un prochain retrait du gouvernement. Alors qu’on le donnait généralement partant, le Bernois a été doublé par Didier Burkhalter, qui a pris tout le monde de court. Il se dit même sous la Coupole que Johann Schneider-Ammann aurait préféré être mis au courant avant pour «se coordonner». «Une double vacance aurait aidé le parti, explique un élu PDC. Cela aurait permis de mieux appréhender la question de la représentation des femmes et des minorités linguistiques.»

Johann Schneider-Ammann restera-t-il jusqu’en 2019? C’est en tout cas ce que répètent les services du principal intéressé. «C’est peut-être uniquement une stratégie pour enlever de la pression, commente malicieusement un libéral-radical. Cela permettrait à Johann Schneider-Ammann de prendre sa décision en toute tranquillité.» Une démission en cours de mandat est-elle encore possible? «Je ne vois plus beaucoup de créativité dans sa politique», tacle ce même PLR. Et de rappeler que le retrait du gouvernement est une des rares décisions qu’un conseiller fédéral peut prendre seul.

Créé: 11.07.2017, 10h24

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