«Je trouve légitime que les jeunes manifestent»

InterviewDepuis trois mois, le conseiller fédéral Guy Parmelin a un autre costume. Le nouveau chef de l’Économie se confie sur son département et son inquiétude sur le climat.

Le nouveau chef de l’Économie annonce des mesures pour faire baisser la «régulationnite aiguë».

Le nouveau chef de l’Économie annonce des mesures pour faire baisser la «régulationnite aiguë». Image: Jean-Paul Guinard

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Cela fait presque cent jours qu’il a quitté l’armée et les sportifs d’élite pour se mettre au chevet des entreprises, chercheurs, apprentis, étudiants et employés. De passage à Begnins, près de ses terres, le conseiller fédéral Guy Parmelin (UDC), 59 ans, nous a livré ses impressions.

Avez-vous pris des cours d’anglais durant ces cent jours?
Je ne réponds pas à ce genre de questions.

Mais c’est important, non?
Yes, it is.

Préférez-vous le costume de ministre de l’Économie à celui de ministre de la Défense?
C’est différent. J’ai toujours été passionné par la formation. Mon département s’occupe d’apprentissage conjointement avec les partenaires sociaux et les Cantons. J’ai aussi la chance d’avoir beaucoup de contacts avec les milieux universitaires et les hautes écoles. On dépense des milliards de francs dans la formation et la recherche. On doit veiller à ce que chaque franc soit investi de la manière la plus efficiente possible, afin d’avoir le meilleur effet de levier par la suite. Je vise une optimisation des financements et peut-être plus de transparence en montrant mieux ce que l’on fait.

Au niveau économique, jurez-vous par la théorie de la main invisible, de la saine concurrence ou d’une intervention raisonnable de l’État?
C’est une bonne question. J’ai pu lire que le meilleur ministre de l’Économie en Suisse était celui qui ne fait rien. Ce n’est pas totalement exact. Le chef de département peut faciliter les contacts et contribuer à débloquer les situations problématiques, comme celle que connaît aujour­d’hui l’OMC. En parallèle, nous pouvons conclure des accords de libre-échange. Cela paraît simple sur le papier, mais il faut toujours veiller à trouver des ententes équilibrées avec d’autres pays.

Serez-vous un ministre interventionniste, qui régule à tout va?
En aucun cas. Tout le monde se plaint de la surcharge des régulations, mais les alléger est un processus assez compliqué. Si je prends le dossier agricole, les Cantons et les agriculteurs disent que le système arrive à ses limites et qu’il faut trouver une solution. Mais du moment où vous versez des paiements directs pour des prestations, il est normal que vous vouliez contrôler leur matérialité. Et vous entrez du même coup dans la bureaucratie. Au 1er janvier 2020, nous allons engager un premier train de simplifications pour tenter de faire baisser cette «régulationnite aiguë».

On parle aujourd’hui d’une surtaxe sur les billets d’avion qui viendrait financer les technologies vertes. Une perspective économique intéressante?
Je suis très sceptique par rapport aux subsides. On reproche très souvent à l’agriculture de bénéficier de paiements directs. Parlons franchement: certains disent même qu’elle vit aux crochets de la société. Et ces mêmes milieux voudraient que les entreprises dont ils sont proches bénéficient aussi de subventions? Je trouve qu’il y a là deux poids, deux mesures.

Êtes-vous inquiet pour le climat?
Il faut regarder ce qui se passe. Il y a effectivement une modification du climat. On constate que les orages sont plus violents, qu’il y a davantage de périodes de sécheresse. J’ai vécu la tragédie de Bondo comme ministre de la Défense. La Suisse a pris des engagements dans le cadre des Accords de Paris. Il s’agit maintenant de les concrétiser. Mais je ne suis pas persuadé qu’en imposant des taxes, vous allez motiver les gens à changer leurs comportements. Et en Suisse vous avez tout un arrière-pays qui finance lui aussi les infrastructures des villes, lesquelles disposent de trains toutes les quinze minutes. En revanche, ces régions excentrées n’auront jamais le bus au quart d’heure et elles auront toujours besoin de voitures.

Les jeunes dans la rue, vous trouvez ça bien?
Je trouve légitime qu’ils manifestent leur préoccupation et leur intérêt pour la politique. Mais je rappelle aussi qu’il y a un moyen simple de faire passer ses idées, c’est d’aller voter. La participation aux élections cantonales zurichoises n’a atteint que 32%!

On voit votre parti en difficulté sur le climat. L’UDC fait donc fausse route?
Non. Je crois qu’il y a les grands effets de manches d’un côté, et le concret de l’autre. Chacun doit se demander ce qu’il est prêt à faire individuellement pour le climat, avant de demander que l’État agisse. Si je prends mon cas personnel, et en toute modestie, nous avons amélioré l’isolation de notre maison, posé des panneaux solaires thermiques, remplacé le mazout par des pellets, puis installé des panneaux photovoltaïques.

L’angoisse climatique n’est donc pas de la faute des médias, comme le disent des ténors UDC?
J’aimerais bien avoir les statistiques de la Radio romande sur les opinions diffusées le matin en faveur et contre des mesures supplémentaires. Ensuite, je pourrai me prononcer.

Dans une autre vie, vous dirigiez l’exploitation agricole familiale. Vous en avez tiré des leçons économiques?
Dans ce cadre-là aussi, vous devez tous les jours prendre des décisions stratégiques. Vous devez anticiper et sentir les marchés à développer.

Comme ancien patron, vous avez parfois préféré engager de la main-d’œuvre étrangère?
Dans certains secteurs agricoles, vous ne trouviez tout simplement pas de main-d’œuvre indigène. Alors oui, le personnel temporaire, pour les vendanges, venait parfois de France, d’Espagne ou d’Italie.

Mais quand vous allez dire à des patrons «Il vaut mieux engager un Suisse de 55 ans qu’un Européen de 35 ans», c’est un discours auquel vous croyez?
C’est un autre problème. Je pense que les milieux économiques doivent sérieusement se poser la question. On parle de l’employabilité des 50 ans et plus, mais il y a d’autres sujets d’interrogation. Est-ce que l’économie n’est pas allée trop loin dans la facilité en engageant des travailleurs par le biais de la libre circulation des personnes? Il est possible que ce soit le cas. Lors de la campagne sur l’initiative «Contre l’immigration de masse» en 2014, un jeune père de famille qui travaillait dans une entreprise de la région m’avait dit: «J’ai voulu demander une augmentation, mais le patron a répliqué qu’il y avait dix personnes prêtes à prendre ma place.» On doit être attentif à ces problèmes et veiller aussi à soigner la formation continue.

Avec l’UE, comment fait-on?
Le Conseil fédéral a toujours été clair. Il y a eu ces négociations sur l’accord institutionnel. Le gouvernement a décidé d’ouvrir une consultation très large pour connaître l’appréciation de différents milieux sur le sujet et, surtout, pour qu’ils pointent les problèmes. Une fois la synthèse faite, le Conseil fédéral décidera de la marche à suivre.

Mais c’est un exercice alibi.
Je ne suis pas d’accord avec vous! Si le Conseil fédéral était venu avec une consultation normale sur un projet fini et l’avait transmis au parlement, il y aurait eu les mêmes critiques. On aurait dit que le gouvernement se défausse sur le législatif avant que ce dernier lui renvoie le dossier pour qu’il retourne négocier.

Notre avenir économique passe par nos voisins européens, ou par le Japon, les États-Unis, la Chine?
La Suisse fait du commerce avec tout le monde, de manière équitable et équilibrée. Nous avons plus de 100 accords avec l’UE. Nous ne voulons pas briser ces traités. Nous ne sommes pas dans une position analogue au Brexit. Nous voulons poursuivre nos relations économiques dans un environnement pacifié. (24 heures)

Créé: 01.04.2019, 06h57

«L’UDC a sa place au Conseil d’État vaudois»

Nous sommes en année d’élections fédérales. L’un des enjeux est la majorité de droite UDC-PLR au parlement. Au gouvernement, cette majorité fonctionne-t-elle?

Les séances du Conseil fédéral sont confidentielles, comme vous le savez. Nous représentons tous un parti qui suit des lignes directrices et défend des intérêts. Ensuite, il nous appartient de trouver des majorités dans l’intérêt général.

Mais à quatre – deux PLR et deux UDC –, ça suffit pour faire des majorités?

Vous oubliez qu’ensuite les dossiers vont au parlement, voire au peuple! Si vous voulez faire avancer des projets, vous devez impérativement «mettre de l’eau dans votre vin».

Quel est votre pronostic pour octobre?

Je ne suis pas Madame Soleil. Mais je crois que la Suisse se caractérisera toujours par une certaine stabilité.

Dans le canton de Vaud, la défaite de Pascal Dessauges, c’est bis repetita?

En tant que membre de l’UDC, je suis évidemment déçu. Je pense sincèrement que ce parti a sa place au Conseil d’État. Mais il ne faut pas se décourager. Il faut suivre une ligne claire, persévérer, former encore des candidats. La roue tourne.

Avec Oskar Freysinger et Yvan Perrin, l’UDC romande ressort les anciens. Y a-t-il un problème de relève?

J’ai vu Yvan Perrin récemment. Je peux vous dire qu’il sait encore très bien ce que c’est que la politique! Laissons les électeurs choisir. Il y a aussi des jeunes qui montent dans différents cantons. Un renouvellement va se faire. Mais il faut continuer à travailler, cela prend du temps. J’ai été candidat au Conseil national la première fois en 1987, mais je n’ai été élu que seize ans plus tard! Je constate qu’on est plus prompt au découragement de nos jours.

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Vous oubliez qu’ensuite les dossiers vont au Parlement, voire au peuple! Si vous voulez faire avancer des projets, vous devez impérativement «mettre de l’eau dans votre vin».

Quel est votre pronostic pour octobre?


Je ne suis pas Madame Soleil. Mais je crois que la Suisse se caractérisera toujours par une certaine stabilité.

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Avec Oskar Freysinger et Yvan Perrin, l’UDC romande ressort les anciens. Y a-t-il un problème de relève?


J’ai vu Yvan Perrin récemment. Je peux vous dire qu’il sait encore très bien ce que c’est que la politique! Laissons les électeurs choisir. Il y a aussi des jeunes qui montent dans différents cantons. Un renouvellement va se faire. Mais il faut continuer à travailler, cela prend du temps. J’ai été candidat au Conseil national la première fois en 1987, mais je n’ai été élu que seize ans plus tard! Je constate qu’on est plus prompt au découragement de nos jours.

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