Avec sa truffe, il sonde valises et voyageurs à Cointrin

Genève«Gonzo», le chien des gardes-frontière vient d’être formé à la détection des espèces protégées. Reportage à l’aéroport.

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Inquiet, le garçon s’avance. En face de lui, l’animal fait presque sa taille. Rencontre inattendue au terminal A de Cointrin, à la descente de l’avion. Derrière, les autres voyageurs le pressent. Ils veulent rentrer chez eux. La bête, elle, ne dégage aucune agressivité. Contraste saisissant, qui finit par rassurer l’enfant. Une caresse puis le verdict: «C’est un loup!»

«Un berger allemand», corrige sa mère. Lionel, sergent maître-chien acquiesce: «Il s’appelle Gonzo». 42 kilos, le poil long et sombre, à 6 ans, le chien des gardes-frontière dégage une autorité de chef de meute, sans jamais élever la voix. La truffe aux aguets, il est en mission ce dimanche en fin d’après-midi. Son objectif: sonder valises et passagers. A la recherche de stupéfiants naturellement, mais aussi d’espèces animales protégées, dans le cadre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Une nouvelle compétence quasi unique en Suisse, acquise l’année dernière. A ce jour, deux chiens seulement sont concernés dans le pays. Ils sont basés à Genève.

«Le flair du garde-frontière»

Quatre gardes-frontière, deux inspecteurs de la police judiciaire et Gonzo, l’opération du jour a tout du test. «Ce n’est que la troisième du genre», confirme Daniel, sergent-major. Au programme: cinq arrivées à contrôler. A 16h30, la journée vient de commencer et Lionel s’inquiète déjà pour son compagnon: «Plus de 700 voyageurs à renifler, ça va faire long pour lui.»

Le chien vient d’enfiler un collier en tissu bleu. «Le signal, explique Lionel. Gonzo est aussi formé à la défense. Il porte alors un collier métallique. Là, il vient de passer en mode recherche, plus doux.» Et ça marche, le chien semble s’amuser. Il renifle un bébé à même la poussette, avant de lui lécher le visage.

Puis vient la touche. Un homme, la cinquantaine, propre sur lui, vient de répondre au contrôle d’identité des gardes-frontière. Le chien flaire le bagage à main noir et ne le lâche plus. Un à deux grammes de marijuana. «Un consommateur, analyse Daniel. La prise est mineure, mais prouve l’efficacité du flair de Gonzo.» Au point de rendre l’humain accessoire? «Nous sommes complémentaires. Le chien a par exemple du mal à repérer les mules (ndlr: nom donné aux personnes ingurgitant de la drogue afin de la transporter). Le flair du garde-frontière et des questions bien senties se révèlent alors efficaces.»

Une tête de singe

Le débarquement prend fin. Aucune prise estampillée CITES. Les agents sont déçus, elles font en général forte impression. «On parle d’animaux vivants, de serpents, d’araignées, voire de perroquets transportés à même les valises, raconte Daniel. Le plus commun reste la viande de brousse et les peaux. Nous sommes tombés récemment sur une tête de singe.» L’ivoire? Trop lourde pour être transportée par les passagers, elle est à chercher du côté du fret.

Gonzo en est à son troisième vol. Il est 20 h, et les fouilles non fructueuses commencent à peser. Un jeune homme passe, un sac en bandoulière. Le berger allemand bondit. A l’intérieur, rien de compromettant, mais des chaussures en cuir. «Gonzo est stressé, il a besoin de résultats», analyse Lionel.

Absent pour le quatrième contrôle, le chien signera son retour à 23 h, pour le dernier des cinq avions. Rien à signaler, fin de l’opération. Avec 9885 pas et 7,1 km parcourus au compteur, Lionel tire la langue. Gonzo aussi. (24 heures)

Créé: 01.05.2015, 09h23

Contrôles autorisés

L’espace Schengen, dont fait partie la Suisse, prévoit la libre circulation des personnes, et non celle des marchandises, une prérogative qui concerne uniquement les pays membres de l’Union européenne. Ainsi, pour des raisons de sécurité, un voyageur peut se voir demander ses papiers d’identité par les gardes-frontière, dans le cadre d’un contrôle douanier de ses affaires, lors de son arrivée en Suisse.

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