«Un tsunami se reproduira dans un lac de Suisse»

Dangers naturelsUn projet de recherche de l’EPFZ tente de percer les mystères d’un danger naturel peu connu: le raz-de-marée lacustre.

Mardi, un sismographe est lâché dans le lac des Quatre Cantons, où il doit aider à évaluer le danger des tsunamis. KEYSTONE

Mardi, un sismographe est lâché dans le lac des Quatre Cantons, où il doit aider à évaluer le danger des tsunamis. KEYSTONE Image: Keystone

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Le bras d’une grue immerge lentement un sismographe dans les eaux scintillantes du lac des Quatre-Cantons, avant de lâcher prise. L’appareil commence sa descente vers le fond, où il aura pour mission d’aider à mieux connaître un danger naturel peu connu en Suisse: le tsunami lacustre.

Mardi, des scientifiques de l’EPFZ et de l’Université de Berne conviaient la presse à Buochs (NW) pour présenter l’avancement d’un projet de recherche sur ce phénomène qui, loin d’être exotique, s’est déjà produit dans de nombreux lacs suisses. Nos ancêtres de l’arc lémanique en ont été témoins.

Déferlante sur le Léman

En l’an 563, l’éboulement d’un pan de montagne sur le delta du Rhône avait projeté d’énormes quantités de matière dans le lac Léman: la vague ainsi créée atteignait jusqu’à 13 m de haut à Lausanne et 8 m au bout du lac. Elle avait détruit des villages et inondé Genève où elle avait fait plusieurs morts. Le lac des Quatre-Cantons a connu, lui, deux raz-de-marée au XVIIe siècle. Celui de 1601, qui avait été provoqué par un séisme de magnitude 5,9, s’était abattu sur Lucerne.

Ce sont des chutes de pierres ou des avalanches de sédiment, le plus souvent causées par un tremblement de terre, qui provoquent un tsunami lacustre. Un glissement de terrain peut aussi en être l’origine. Quelle différence avec le raz-de-marée marin, comme celui de 2004, qui a fait des ravages en Asie du Sud-Est? Si la hauteur de la vague reste similaire, l’onde peut s’étendre sur des centaines de kilomètres de long dans l’océan contre des dizaines de kilomètres sur un lac.

Quels sont les déclencheurs les plus fréquents? Les mécanismes, les conditions préalables et les dangers? C’est ce genre d’interrogations que le projet – une première en Suisse – tentera de percer. Lancé l’an dernier pour une durée quatre ans, il coûte environ 2 millions de francs, financés par le Fonds national suisse, l’Office fédéral de l’environnement et l’EPFZ.

«Grâce à nos recherches on pourra probablement déterminer l’intensité d’une éventuelle vague»

La réponse à la question «Quelles sont les chances qu’un tsunami se déclenche de nouveau dans un lac suisse?» est déjà connue. Si ces événements sont rares et espacés dans le temps, les chercheurs du projet n’ont aucun doute: «Ils vont se reproduire. On ne peut pas prédire où et quand, ce sera peut-être demain ou dans 100 ans. Mais grâce à nos recherches on pourra probablement déterminer l’intensité d’une éventuelle vague», explique le professeur Flavio Anselmetti, de l’Université de Berne.

Si c’est le lac des Quatre-Cantons qui a été choisi comme laboratoire d’étude, c’est en raison de sa situation dans une «région d’aléa sismique relativement élevé» et pour les «bonnes connaissances sur le fond du lac apportées par des projets de recherche antérieurs», expliquent les scientifiques. Le travail de recherche se compose de cinq parties. L’une d’entre elles consiste à disposer dans les profondeurs du lac neuf sismomètres. «Nous allons enregistrer et interpréter le mouvement sismique naturel. Nous voulons savoir ce qu’il se passe lorsqu’il y a un séisme», détaille la Dr Katrina Kremer, qui a corédigé à l’Université de Genève (UNIGE) une étude sur le tsunami du Léman de l’an 563.

Quelles précautions?

Un autre pan des recherches, auquel participe une spécialiste de l’UNIGE, va tenter, grâce à des forages, d’en savoir plus sur les deux tsunamis qui ont déjà secoué le lac des Quatre-Cantons. Il s’agira aussi de développer la gestion des risques. L’objectif est que ces conclusions puissent être applicables à tous les lacs de Suisse.

Les personnes habitant les rives d’un lac doivent-elles redouter le prochain raz-de-marée? Est-on préparé à y faire face? Flavio Anselmetti laisse la question ouverte, mais souligne l’importance d’informer la population. «Il faudrait éviter de construire des infrastructures vulnérables comme une centrale nucléaire ou un hôpital en bordure d’un lac. Mais les habitants doivent pouvoir reconnaître ce qu’est un tsunami pour réagir en conséquence.» (24 heures)

Créé: 12.09.2018, 06h50

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