Uber et consorts s’invitent sous la Coupole fédérale

Economie numériqueLa pression s’accentue pour que la Suisse ne rate pas la révolution industrielle 4.0.

Pour Adèle Thorens, la révolution de la numérisation est «inéluctable», et il s’agit d’en tirer parti pour, entre autres, optimiser l’utilisation des ressources.

Pour Adèle Thorens, la révolution de la numérisation est «inéluctable», et il s’agit d’en tirer parti pour, entre autres, optimiser l’utilisation des ressources. Image: Keystone

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«Nous sommes en retard.» Coprésidente des Verts, Adèle Thorens est déterminée à faire s’intéresser le Conseil fédéral à l’industrie 4.0. La Vaudoise s’apprête à déposer deux interventions au sujet de cette révolution industrielle qui chamboule les modèles commerciaux actuels. Il s’agit d’encadrer et d’exploiter positivement les changements plutôt que de les subir.

L’industrie 4.0? Pour le commun des mortels, cela se traduit aujourd’hui déjà par les services de taxis Uber ou de logements Airbnb. C’est aussi le potentiel de l’utilisation ciblée des données dans la publicité, sur les réseaux sociaux, ou encore la probable démocratisation de l’imprimante 3D et ses applications un peu folles. Plus généralement, dans l’industrie, ce terme exprime la 4e révolution après la machine à vapeur, l’électricité puis l’électronique, qui rendra nos activités économiques de plus en plus numériques.

«Le plus grand défi repose sans doute sur les nouveaux modèles de prestations de services, explique Peter Grütter, président de l’Association suisse des télécommunications (asut). A l’avenir, nous posséderons beaucoup moins et utiliserons beaucoup plus de services. Cela aura d’énormes conséquences sur le développement, la production, la logistique ou encore le commerce. Ces transformations arriveront très vite. L’industrie musicale est un bon exemple, avec le remplacement progressif du CD et des disques par le streaming digital.»

La France se prépare à cette révolution: elle a lancé l’initiative «Usine du futur». L’Allemagne planche depuis 2011 sur le sujet aux plus hauts niveaux de l’Etat. Les Pays-Bas ont adopté un rapport sur la «Smart Industry» en 2014 et ont commencé à développer des laboratoires «accélérateurs de l’innovation».

Conseil fédéral frileux
Et en Suisse? Dans la pratique, rien ne bouge au Conseil fédéral. Et le parlement commence à s’impatienter. En mars, un postulat de la conseillère nationale Edith Graf-Litscher (PS/TG), signé par 52 élus de tous bords, plébiscitait un rapport sur le sujet. Le gouvernement y a apporté en mai une réponse de Normand: d’un côté, il reconnaît que «la Suisse devra se préparer à des changements dans de nombreux secteurs économiques». De l’autre, il relativise: il n’est pas sûr que la révolution 4.0 soit si «rapide» et «radicale».

Echaudée par cette réponse, Adèle Thorens va revenir à la charge. «Cette révolution est inéluctable. Elle peut présenter un risque en matière de conditions de travail et de protection des données, ce qui exige des mesures d’accompagnement. Mais elle présente surtout des chances pour l’environnement, pour les consommateurs et pour la qualité de vie», relève la Vaudoise. Car qui dit numérisation de l’économie dit aussi télétravail (donc des routes et des trains moins bondés), consommation individualisée, ou encore optimisation de l’utilisation des ressources. «Selon les prévisions de la Global eSustainability Initiative , la numérisation pourrait nous permettre d’épargner, d’ici à 2020, près de 16% des émissions mondiales de CO2», souligne la coprésidente du Parti écologiste suisse. Les Verts en font aussi un cheval de bataille contre les difficultés issues du franc fort. «Nous sommes le parti de l’économie de demain», assène Adèle Thorens.

La démarche a trouvé une première oreille attentive dans les milieux économiques. L’asut, qui représente des mammouths tels ABB, IBM ou encore La Poste, est enthousiaste. «A l’interne, comme au niveau international, notre faîtière s’engage pour que le développement vers la digitalisation avance en Suisse de manière rapide et avec succès», relève Peter Grütter.

Plate-forme lancée

L’association se réjouit d’autant plus de la démarche d’Adèle Thorens qu’elle pourrait jouer un rôle-clé dans le processus. Dans l’une de ses deux interventions, la conseillère nationale propose de confier la réflexion sur la numérisation de l’économie et la mise en œuvre éventuelle de mesures à une plate-forme ad hoc. Elle cite, comme option, la plate-forme Industrie 2025, lancée cette année par les organisations Swissmem, Electrosuisse, SwissT.net et, justement, l’asut. «Nous sommes ouverts à la collaboration avec d’autres entreprises, les autorités et des organisations pour atteindre notre but», conclut Peter Grütter. (24 heures)

Créé: 25.09.2015, 21h30

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