L’UDC embarque les tireurs dans sa croisade contre l’UE

Droit des armesLe peuple devrait avoir le dernier mot sur la loi qui vise à durcir la détention d’armes. Le référendum est officiellement lancé.

Les tireurs et l'UDC dénoncent un diktat de l'UE sur les armes.

Les tireurs et l'UDC dénoncent un diktat de l'UE sur les armes. Image: Keystone

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Le cocktail est explosif. Et ce n’est pas pour déplaire à l’UDC. La Communauté d’intérêt du tir suisse (CIT) a décidé de saisir le référendum pour contrer le durcissement de la loi sur les armes. «Cette modification votée par le Conseil fédéral et le parlement signifie la fin du tir en tant que sport populaire en Suisse, ce qui est inacceptable pour nous», a plaidé Luca Filippini, son président, devant la presse vendredi.

Représentant 14 associations et totalisant près de 200 000 membres, la CIT a facilement les moyens de récolter les 50 000 signatures nécessaires. Le peuple devrait donc avoir le dernier mot sur cette question. De quoi augurer une campagne en forme de pain bénit pour le parti de Christoph Blocher. À l’origine de ce projet figure en effet une nouvelle directive européenne. Voilà l’occasion pour l’UDC de fustiger le «diktat de Bruxelles», dont le but – avoué ou non – est de «désarmer les Suisses».

Lignes rouges

Les référendaires ont beau dire qu’il s’agit d’un combat de la société civile, il y a des images qui ne trompent pas. Lors de la conférence de presse, Luca Filippini était flanqué des quatre conseillers nationaux UDC – Jean-Luc Addor (VS), Jean-François Rime (FR), Werner Salzmann (BE) et Sylvia Flückiger-Bäni (AG) – qui occupent les coprésidences du comité.

La situation n’est pas vraiment étonnante, sachant qu’au parlement, c’est l’UDC qui a tenté de s’opposer à la révision de la loi. Reste cette question, la CIT – qui se veut apolitique – n’est-elle pas en train de se faire instrumentaliser? «Nous ne sommes pas des politiciens, répète Luca Filippini. Notre combat est basé sur des faits. Nous craignons que cette loi dynamique rende toujours plus difficile l’accès aux armes. L’UDC partage nos inquiétudes. C’est tout.» Il espère encore que d’autres élus bourgeois rejoindront la coalition par la suite.

Pourtant, le vernis de cette alliance entre politique et société civile a déjà commencé à craqueler, au fur et à mesure que la discussion portait sur Schengen. La révision de la loi découle en effet des mesures antiterroristes de l’UE. Comme il s’agit d’un développement de l’acquis de Schengen, la Suisse s’est engagée à reprendre le droit européen d’ici à 2019, sous peine de voir l’accord dénoncé. Et sur ce point précis, les prises de position divergent.

«Nous ne sommes pas contre Schengen, répète Luca Filippini. Nous avons à plusieurs reprises tenté de trouver une solution pour éviter de devoir lancer le référendum. Mais nous avons été contraints de le faire.» Malgré les dérogations obtenues par Berne, il estime que des lignes rouges ont été franchies.

Première défection

À ses côtés, les élus UDC avaient l’air bien moins catastrophé par l’idée de faire couler Schengen. «La dénonciation de cet accord n’est pas notre but, affirme Werner Salzmann. Mais il faut bien se rendre compte que le Conseil fédéral a menti en 2005 lorsqu’il a dit que l’accord n’aurait pas d’impact sur le droit des armes.» Jean-François Rime, quant à lui, minimise les avantages de Schengen. «Il y a des points positifs, mais aussi négatifs.»

À l’image de Jean-Luc Addor, tous estiment que cet argument d’une dénonciation de l’accord est «utilisé pour faire peur». Pour eux, l’UE n’a pas intérêt à se passer de cette collaboration avec la Suisse en matière de sécurité pour un point d’accrochage aussi anecdotique. «D’autant plus que la République tchèque a demandé l’annulation de cette directive», rappelle le Valaisan.

Officiellement l’UDC n’a pas encore décidé si elle allait soutenir le référendum. L’assemblée doit encore se prononcer. Du côté de la CIT, les choses sont réglées. Et une première défection a déjà été enregistrée. Ainsi, Chasse Suisse, la faîtière des chasseurs, restera en retrait. «Comme membres, nous respectons la décision de lancer le référendum, explique Hanspeter Egli, son président. Mais nous n’allons pas activement nous engager. Nous laissons nos sections cantonales faire ce qu’elles veulent.»


Cette loi antiterroriste rate-t-elle sa cible?

La nouvelle loi sur les armes découle d’une directive de l’UE qui veut mieux lutter contre le terrorisme. Avec cette révision adoptée par le parlement, les armes semi-automatiques – comme celles utilisées lors des récents attentats – seraient placées dans la catégorie «armes interdites» et donc soumises à autorisation exceptionnelle.

Toutefois, la Suisse a négocié des exceptions. Les tireurs sportifs pourront toujours acquérir et utiliser ces armes. Mais ils devront prouver qu’ils sont membres d’une société de tir ou qu’ils utilisent leur arme régulièrement. Pour les armes d’ordonnance, rien ne change. Les chasseurs ne sont pas concernés. Les détenteurs d’armes interdites auront trois ans pour s’annoncer. Pour lutter contre le marché noir, le traçage sera aussi amélioré.

Le comité référendaire dénonce une loi «liberticide, inique, inutile, dangereuse et antisuisse». Il estime que la révision de la loi viole le principe de proportionnalité. «Il n’y a pas d’adéquation entre les restrictions proposées et le but sécuritaire recherché, affirme Jean-Luc Addor. Cette loi ne servirait à rien car aucun attentat n’a été commis avec une arme légale. La Suisse reste un des pays sûrs alors que la France, qui connaît un droit des armes restrictif, vit depuis trois ans dans un pseudo-état d’urgence». Pour lui, le droit de posséder une arme est ancestral, or on va en faire un privilège. «Cette révision détruit le rapport de confiance entre l’État et le soldat de milice.»

Pire, selon les référendaires, l’application de la directive européenne serait dangereuse. Elle engendrerait un monstre bureaucratique et détournerait la police de ses tâches de sécurité sur le terrain.

F.QZ/ATS

Créé: 05.10.2018, 19h41

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