L’UDC monte au front après les attentats terroristes

SécuritéLe parti réclame l’expulsion de tous les djihadistes potentiels. Les autres formations développent d’autres idées.

Adrian Amstutz, chef du groupe parlementaire UDC/BE,veut, avec son parti, des mesures immédiates.

Adrian Amstutz, chef du groupe parlementaire UDC/BE,veut, avec son parti, des mesures immédiates. Image: Philippe Maeder

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L’attentat en France sur le prêtre égorgé a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase UDC. Adrian Amstutz, chef du groupe parlementaire fédéral, s’est fendu mercredi d’une longue diatribe où il fustige «les conséquences d’une immigration démesurée et incontrôlée, d’une culture naïve de bienvenue et des conceptions multiculturelles totalement à côté de la réalité». Il estime qu’il est «grand temps d’agir avant que des femmes et des hommes ne soient assassinés en Suisse également».

Expulsions

Que propose concrètement le plus grand parti de Suisse? De prendre des mesures immédiates dans plusieurs domaines. D’abord il réclame l’expulsion de tous les djihadistes potentiels qui ont été repérés par le Service de renseignement de la Confédération (SRC). Il exige le même traitement pour tous les requérants d’asile déboutés. Et enfin, il réitère sa demande d’envoyer l’armée à la frontière sud pour épauler les gardes-frontière.

La vice-présidente de l’UDC, Céline Amaudruz, dénonce elle aussi le laxisme des autorités. «Qui reconnaîtra enfin que l’arrivée massive et mal contrôlée de migrants musulmans met en danger la vie de nos concitoyens, ce qu’Angela Merkel a fini par reconnaître récemment? Qui avouera la grande tromperie des accords Schengen et Dublin qui ne se sont jamais révélés capables de nous protéger?»

La gauche s’étrangle

Cette rhétorique de l’UDC passe très mal à gauche. «Je suis choquée par cette impudeur et ce manque de retenue, réagit la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD). Nous ne devons pas faire de la basse récupération et rajouter de l’insécurité à l’insécurité.» Elle se dit prête néanmoins à discuter de mesures supplémentaires. Elle approuve d’ailleurs la nouvelle loi sur le renseignement, qui vise à donner plus de pouvoir au SRC. Elle estime que le groupe antiterroriste TETRA fait du bon travail, comparé au passé, et que la clé, c’est la prévention en amont pour aider la police à repérer les personnes qui se radicalisent. «Cela bien sûr, sans tomber dans la délation.»

Philippe Nantermod, vice-président du PLR, ne croit pas un instant que l’armée aux frontières empêchera un homme déterminé et prêt à mourir de commettre un attentat. «Aucune société, même la pire dictature, ne peut l’empêcher. La lutte contre le terrorisme prend du temps. On l’a vu avec la Fraction Armée rouge en Allemagne. Ce n’est pas en fliquant tout le monde ou en expulsant la moitié des gens qu’on résout ce genre de problèmes.» Cela dit, il approuve l’expulsion des étrangers qui représentent un danger pour la Suisse, quand c’est possible. «Mais il faut aussi arrêter de faire croire, comme le fait l’UDC, que tous les réfugiés du Moyen-Orient sont des terroristes. Seules quelques personnes ont commis un attentat.»

Centres de requérants

Le président de la Commission de politique de sécurité des Etats, Isidor Baumann (PDC/UR), ne croit pas aux mesures immédiates. «Ce qu’il faut faire en premier, c’est échanger un maximum de renseignements avec les pays qui ont été touchés par les attentats afin de profiter de leur expérience. Puis, deux priorités s’imposent. Un, accepter la nouvelle loi sur le renseignement en septembre. Deux, surveiller étroitement ce qui va se passer dans les grands centres fédéraux pour l’accueil des requérants d’asile. Avec les événements survenus ces dernières semaines, il est légitime de détecter les comportements suspects à l’intérieur de ces centres. Ce n’est pas Caritas qui va faire ce travail. Il faut un service de sécurité efficace dans ces établissements.» Quant à l’expulsion rapide des requérants d’asile déboutés, il la trouve justifiée. «Ce qui est survenu en Allemagne montre qu’on ne peut plus se permettre de délai de grâce.»

La votation fédérale sur la nouvelle loi sur le Renseignement aura lieu le 25 septembre. Le contexte terroriste favorise ses partisans. Mais les opposants pourront aussi arguer qu’un des agresseurs du prêtre était connu des autorités, ce qui n’a pas empêché l’attentat.

Créé: 28.07.2016, 06h54

Que fait la Suisse avec ses djihadistes?

Depuis 2001, 77 individus ont quitté notre pays pour se rendre dans des zones de combat – la Syrie, l’Irak, la Somalie, l’Afghanistan et le Pakistan –, et la tendance va en s’accentuant depuis 2013. Que fait la Suisse de ces «vovageurs motivés par le djihad»? Sans se prononcer sur des cas précis, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) indique la procédure en vigueur. C’est lui qui informe le Ministère public de la Confédération (MPC) lorsqu’il identifie un terroriste potentiel. Sur la base de ces soupçons, le MPC enjoint l’Office fédéral de la police (FedPol) de mener une instruction pénale. «Dans ce cadre, la personne peut être placée en détention préventive si les soupçons sont suffisamment fondés», indique Anne-Florence Débois, porte-parole de FedPol. Cette détention peut durer jusqu’au procès.

FedPol peut ordonner l’expulsion d’un étranger criminel qui a purgé sa peine en Suisse si ce dernier représente encore un danger pour la sécurité intérieure du pays. Le Conseil fédéral prévoit de soumettre à consultation un projet qui permettrait à FedPol de confisquer un passeport ou d’imposer des visites régulières dans des postes de police.

Aujourd’hui, seul un juge peut prononcer ces mesures dites préventives. De même qu’il incombe aux tribunaux des cantons d’ordonner le port d’un bracelet électronique ou d’assurer le suivi des djihadistes revenus en Suisse. Parmi les dix retours recensés jusqu’ici, un jeune Valaisan resté trois mois en Syrie en 2014 a été condamné. Il a écopé de 600 heures de travail d’intérêt général avec sursis. Soumis à une psychothérapie, il a aussi eu l’obligation de réaliser un travail photographique sur le thème de la paix. Un autre cas est connu: celui d’un Genevois de 21 ans arrêté à l’aéroport de Zurich le 8 juin, à son retour de Turquie. Il est en détention préventive.

Si une personne sous mandat d’arrêt international pour soutien à une organisation terroriste est arrêtée sur sol suisse, elle est extradée vers le pays où elle sera jugée. C’est ce qui s’est passé avec le Français Adel K., l’un des assaillants de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray (F).
Romain Carrupt

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