«Non, l’UDC n'est pas en crise»

Stratégie énergétiqueLe président Albert Rösti combat la loi sur l’énergie alors que son parti accuse plusieurs défaites dans les urnes.

Albert Rösti (UDC/BE) dénonce l'interventionnisme de l'Etat dans la politique énergétique de la Suisse.

Albert Rösti (UDC/BE) dénonce l'interventionnisme de l'Etat dans la politique énergétique de la Suisse. Image: Jean-Paul Guinnard

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Albert Rösti est un homme sous pression. Porte-voix des opposants à la Stratégie énergétique, le président de l’UDC doit aussi remettre de l’ordre dans son propre camp. Son parti a perdu plusieurs votations sur ses thèmes privilégiés, mais il a surtout enregistré de lourds échecs électoraux en Romandie. Le Bernois se dit lui-même «alarmé» par la situation. Interview.

L’UDC est-elle en crise?

Non. Nous avons eu quelques échecs en votations et lors d’élections, mais on ne peut pas parler de crise. L’UDC a atteint des sommets, il est donc difficile de progresser. Mais le parti est uni sur son programme. Notre objectif prioritaire est de combattre l’adhésion insidieuse à l’Union européenne. Il y a aussi unanimité sur les questions migratoire et fiscale.

Comment expliquez-vous vos revers en Suisse romande?

Chaque cas est différent. A Neuchâtel, c’est dû à des problèmes de personnes. L’électeur déteste les bagarres internes, et punit dans les urnes. Dans le canton de Vaud, on peut tirer le même parallèle à Lausanne. Mais le tableau n’est pas aussi négatif que les médias le disent. Globalement, l’UDC est restée stable. Malgré notre échec au Conseil d’Etat, nous avons augmenté notre pourcentage à Fribourg. Et même si on a beaucoup parlé de la non-élection d’Oskar Freysinger, nous avons gagné deux députés en Valais. Et dans le canton de Vaud, Jacques Nicolet fait un bon résultat.

L’UDC Vaud a-t-elle raison de s’allier avec les Vert’libéraux?

Cette alliance serait sans doute impossible dans une élection parlementaire. Pour le gouvernement vaudois, c’est différent. Le centre droit doit s’unir pour gagner. Ce n’est pas qu’une alliance de façade. Au niveau fédéral, nous sommes proches sur les questions financières ou des retraites.

Vous avez critiqué plusieurs sections pour leur manque d’engagement. Pourquoi?

J’ai délivré deux messages. Il faut rester motivés, c’est évident. Mais ce qui m’a beaucoup énervé, ce sont quelques guerres de personnes. On doit travailler pour l’électeur, pas pour soi-même. Je veux motiver les membres, mais aussi être exigeant pour éviter d’autres déconvenues. Si cela fait réagir, c’est qu’on a visé juste. Mes critiques ne s’adressent pas qu’aux sections romandes, mais aussi à Bâle-Campagne et à Soleure, où j’attendais de meilleurs résultats.

Faites-vous une autocritique?

Bien sûr. Je me suis demandé si je n’aurais pas dû être plus présent, ou si j’aurais dû intervenir plus tôt. On peut toujours faire mieux. Mais je prends mes responsabilités. Je vais exiger une analyse profonde des sections. Je veux savoir qui fait quoi et jusqu’à quand.

En combattant la Stratégie énergétique, vous prenez le risque d’une nouvelle défaite.

Parfois vous devez mettre la tactique de côté, et faire ce qui vous semble juste. Cette stratégie est un véritable changement de paradigme. C’est peut-être moins émotionnel que l’asile ou la migration, mais c’est primordial pour l’économie. Le peuple doit avoir son mot à dire. L’UDC a toujours combattu ce projet durant son élaboration, il est normal qu’elle le combatte aussi dans les urnes.

Comme président de l’AVES (association du nucléaire) et de Swissoil (lobby du mazout), vous défendez aussi vos propres intérêts…

J’étais contre cette stratégie bien avant d’être engagé par ces organisations. J’ai pris ces fonctions parce que je crois à l’importance d’un équilibre dans les différentes formes d’énergie. Ce mix énergétique, dont l’hydraulique est la part la plus importante, a fait le succès de notre approvisionnement.

Comment fait-on pour remplacer le nucléaire?

Il n’y a pas d’urgence, car les centrales ne vont pas toutes fermer en même temps. Personne ne sait quelle sera la meilleure alternative dans trente ans. Il y aura peut-être une nouvelle technologie qui n’existe pas encore. C’est à l’économie de décider, pas à l’Etat. Nous ne voulons pas d’une économie planifiée ni d’une politique industrielle à la soviétique. Ce qui est sûr, c’est que la Stratégie énergétique est irréaliste. Les subventions pour le solaire vont tuer les barrages, alors que les éoliennes vont défigurer le paysage. Et tout cela, sans assurer l’approvisionnement.

Un oui n’est-il pas nécessaire pour sauver l’hydraulique?

Au contraire! Si les barrages souffrent, c’est parce que les prix de l’électricité ont chuté à cause du subventionnement du solaire allemand. En arrosant de subventions les renouvelables en Suisse, nous allons augmenter la pression. Le montant de 0,2 centime pour l’hydraulique prélevé sur les 2,3 centimes prévus pour aider les renouvelables, c’est une farce. On va donner 180 millions par an aux barrages qui produisent 60% de l’électricité, alors qu’on va injecter plus d’un milliard dans des énergies concurrentes qui représentent 2,5% du mix énergétique.

Que dites-vous aux paysans qui comptent sur ce projet pour augmenter leur revenu?

Selon mes estimations, ces débouchés ne représentent qu’une plus-value de 2% du revenu global de l’agriculture. Certains paysans pourront gagner de l’argent en se lançant dans le solaire ou le biogaz, mais tous les autres devront payer la facture. Electricité, diesel, mazout et essence seront plus chers. Et l’agriculture est très gourmande en énergie.

«Avec une panne d’électricité de deux jours, la douche froide est une réalité»

Vous évoquez 3200 francs de plus par ménage et promettez des douches froides. Vous faites dans le fait alternatif?

Pas du tout. Cette estimation provient d’études et a été validée par des professeurs. Si vous devez passer à un nouveau système d’approvisionnement intégrant les renouvelables, si vous devez améliorer les réseaux, diminuer la consommation, obtenir des certificats d’énergie et rénover des bâtiments, alors vous êtes plus proche de ce chiffre que des 40 francs avancés par les partisans. Il est là, le fait alternatif! De plus, cette stratégie n’apporte aucune solution sûre pour l’approvisionnement énergétique. On risque le black-out. Avec une panne d’électricité de deux jours, la douche froide est une réalité.

La stratégie permet d’investir de l’argent en Suisse. Vous n’êtes plus patriote?

Economiquement et politiquement, c’est une supercherie. Les panneaux solaires et les éoliennes sont construits à l’étranger. L’argent partirait en Chine. Et si notre économie est aussi performante dans l’industrie des machines, c’est parce qu’elle peut compter sur un bas prix de l’énergie. Avec cette énergie bon marché, on crée des produits à haute valeur ajoutée. Si vous renchérissez l’énergie, vous diminuez les marges. Concernant la création de postes, toutes les études montrent qu’un tel système ne crée pas d’emploi, car l’argent qui part en subventions n’est pas investi ailleurs.

Etes-vous surpris que des défenseurs de la nature vous soutiennent dans ce combat?

J’ai espéré ce soutien. Il faut être honnête, en tant que président de l’UDC, je ne suis pas perçu comme un protecteur de la nature, car j'ai du mal avec le discours des Verts. Mais étant né à Kandersteg (BE), je suis sensible à la beauté de la montagne. Je n’arrive pas à comprendre que les Verts qui combattent le rehaussement du barrage du Grimsel soient prêts à installer 1000 éoliennes sur notre territoire. C’est comme s’il y avait un mât tous les 300 mètres entre Genève et le lac de Constance.

Créé: 04.05.2017, 07h03

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