L’UDC neuchâteloise affronte les vieux démons du nazisme

DémissionLe président des jeunes UDC neuchâtelois se retire. Son tatouage néonazi a suscité la colère de la direction du parti suisse.

Stève Cao a démissionné de la présidence des jeunes UDC neuchâtelois, notamment à cause de ce tatouage néonazi.

Stève Cao a démissionné de la présidence des jeunes UDC neuchâtelois, notamment à cause de ce tatouage néonazi. Image: Facebook

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Non, l’UDC neuchâteloise n’a pas encore touché le fond. Le parti qui fait régulièrement parler de lui avec plusieurs affaires affronte une nouvelle crise. Cette fois, c’est le président de la section jeune qui est au cœur du scandale. Âgé de 30 ans, Stève Cao a démissionné vendredi de toutes ses fonctions politiques: son poste de président, mais aussi son siège au législatif de La Chaux-de-Fonds. En cause, une enquête de la «Zentralschweiz am Sonntag» qui révèle ses accointances avec la scène néonazie.

À l’origine de l’affaire, une photo qui montre un tatouage. L’inscription qui s’étale sur tout son avant-bras ne laisse planer que peu de doutes. «Meine Ehre heisst Treue» est la devise des SS, l’une des principales organisations du régime nazi. Confronté aux recherches du journaliste, le Neuchâtelois parle d’un péché de jeunesse. Affirmant qu’il avait l’intention de l’enlever depuis longtemps, il ajoute qu’il a totalement renoncé à ce genre d’idéologie.

Pas de quoi apaiser les instances nationales du parti. «Les idées d’extrême droite n’ont rien à faire à l’UDC, réagit le président Albert Rösti. C’est intolérable, et je condamne ces comportements. Sans exception.» Pour le Bernois, le jeune homme a pris ses responsabilités en démissionnant. Albert Rösti a toutefois appelé la direction de l’UDC neuchâteloise afin qu’elle se renseigne davantage sur ses membres et que ce genre d’affaire ne puisse plus se reproduire. «Nous ne sommes en aucun cas un nid d’extrémistes», se défend Stéphan Moser, président de la section.

Un parti qui flirte avec la ligne rouge

Cette nouvelle affaire, l’UDC neuchâteloise s’en serait bien passée, elle qui vit des heures difficiles. Sa figure emblématique, Yvan Perrin, avait dû démissionner du Conseil d’État pour des problèmes de santé. Sa tentative de rebondir à la présidence du parti a brusquement pris fin au printemps. L’UDC subissait en effet une bérézina aux dernières élections neuchâteloises. Dernièrement, c’est l’unique élu du parti à Berne, le conseiller national Raymond Clottu, qui était exclu de sa section. D’aucuns décrivent l’UDC neuchâteloise comme une pétaudière, où s’affrontent différents clans sans merci. L’absence de structures stables et d’un encadrement rodé a sans doute permis l’existence de ce dérapage néonazi. Mais ce n’est pas la seule explication. Régulièrement, l’UDC doit faire le ménage et prendre ses distances avec l’extrême droite. Des élus locaux à Saint-Gall ou Schaffhouse ont été éclaboussés. En Valais, le drapeau du IIe Reich accroché dans la cave d’Oskar Freysinger avait suscité de vives polémiques. «Historiquement, la progression de l’UDC s’est initialement faite au détriment de l’extrême droite. Elle a cannibalisé des partis comme les Démocrates suisses», analyse Pascal Sciarini. Pour le politologue de l’Université de Genève, il n’est donc pas étonnant qu’on retrouve aujourd’hui encore, au sein des électeurs de l’UDC, des gens avec un profil très à droite.

Et Pascal Sciarini de pointer du doigt cette forme de double discours des organes dirigeants de l’UDC. «Évidemment, Albert Rösti va et doit condamner toutes dérives néonazies. C’est sans doute de bonne foi, mais cela ne doit pas cacher le fait que son parti flirte régulièrement avec la ligne rouge, en particulier lors de campagnes de votation. En musclant toujours plus son discours pour exister l’UDC a aussi déplacé la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable. Ce qui légitime du même coup certains discours aux relents racistes ou xénophobes.» (24 heures)

Créé: 17.12.2017, 17h38

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