L’UDC remet la criminalité sur le tapis

Elections fédéralesLarguée sur le climat, l’UDC veut en revenir à ses fondamentaux. Elle dénonce l’insécurité en Suisse et les «non-intégrés».

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ballottée sur les enjeux environnementaux, peu lisible sur l’explosion des primes maladie, l’UDC cherche visiblement à changer le curseur. À deux mois des élections fédérales, le premier parti du pays réinvestit un terrain sur lequel il se sent à l’aise: l’insécurité. Son président, Albert Rösti, l’a martelé mardi à Berne, en présentant un nouveau document stratégique: «Notre but pour la prochaine législature est que la Suisse reste libre et sûre.» Or, assure le Bernois, «dans l’espace public, nous sommes proches de l’anarchie». Albert Rösti désigne la cible: «La violence porte un nom: les étrangers mal intégrés. La hausse de la violence en Suisse est importée.»


Lire aussi: «Pour l'UDC, revenir avec la criminalité étrangère va être compliqué»


Les chiffres UDC et les autres

Deux mois après la grève féministe, l’UDC dénonce en particulier les violences faites aux femmes. La Genevoise Virna Conti, vice-présidente des Jeunes UDC Suisse, exprime le sentiment d’insécurité qu’elle ressent au quotidien, partagé selon elle par toutes les femmes. Pour appuyer son propos, elle rappelle entre autres l’agression sauvage de cinq jeunes femmes il y a un an dans la Cité de Calvin. On fait remarquer que les trois jeunes hommes mis en examen ne sont pas des «étrangers mal intégrés»: ils résidaient en France. Albert Rösti balaie: «C’est le problème de Schengen: on ne contrôle plus les frontières.» Virna Conti relève pour sa part que ces prévenus entrent aussi dans la statistique fédérale de la criminalité, comme des étrangers non résidents.

Car pour appuyer son propos, à défaut d’actualité, le parti se sert d’une recette éprouvée: les statistiques. L’UDC sert une multitude de chiffres dans son papier stratégique. Ils sont exacts, mais incomplets. Le parti ne précise pas, par exemple, que le nombre total d’infractions au Code pénal dénoncées en 2018 a diminué de 1,4% et qu’il est en constante baisse depuis 2013. Au registre des condamnations, en 2018, les étrangers étaient en effet surreprésentés. Mais les étrangers résidant en Suisse (permis B et C) endossaient 24% des condamnations pour une part d’environ 25% dans la population. Prise délit par délit, la proportion d’auteurs étrangers – résidents ou de passage – varie cependant largement.

Pour l’UDC, un responsable est tout désigné: c’est l’État, jugé trop laxiste. Virna Conti appelle en particulier la gauche à «enlever ses œillères idéologiques» et appuie là où ça fait mal: «Le constat est évident: une forte proportion d’hommes immigrés mal intégrés a non seulement un autre rapport avec la violence, mais aussi une conception du rôle de la femme totalement dépassée du point de vue suisse.»

Le conseiller national Mauro Tuena (UDC/ZH) dépeint une situation catastrophique dans sa ville gouvernée par la gauche: «À Zurich, des groupes de migrants contrôlent complètement la zone au bord du lac au point qu’il n’est plus guère possible de s’asseoir tranquillement sur un banc», assure-t-il.

Fermer les frontières

Dans son papier stratégique, l’UDC détaille les solutions qu’elle préconise: elle veut renforcer les peines. Surtout, le premier parti du pays ressort les deux propositions qui l’ont porté ces dernières années. Pour Mauro Tuena, «les criminels étrangers condamnés doivent enfin être systématiquement expulsés. Il faut cesser d’invoquer le cas de rigueur, qui n’est qu’un mauvais prétexte.» En 2018, une expulsion du territoire a été ordonnée dans 71% des cas où une des infractions pour lesquelles le législateur a prévu une expulsion obligatoire a été commise. Bien trop peu, selon l’UDC.

Le parti plaide aussi pour son initiative populaire de «limitation» qui veut dénoncer l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne et viendra devant le peuple probablement en 2020. Mais le médecin allemand ou l’informaticien espagnol sont-ils vraiment les fauteurs de troubles que vise le parti? Albert Rösti explique que l’UDC n’a rien contre la main-d’œuvre étrangère nécessaire à l’économie. Mais il voit dans l’ouverture des frontières de manière générale une des causes du mal.

L’UDC propose encore d’expulser les «enfants des ghettos» tombés dans la criminalité. Des exemples? Le Bernois Albert Rösti doit réfléchir. Puis il cite la Reit­schule, le lieu culturel alternatif de la capitale fédérale.

Créé: 13.08.2019, 18h52

Articles en relation

«Pour l'UDC, revenir avec la criminalité étrangère va être compliqué»

Élections fédérales Engluée sur la question du climat, qui inonde l’agenda politique, l’UDC remet en avant la thématique de l'insécurité. Une stratégie qui a ses chances? Entretien avec le politologue Pascal Sciarini. Plus...

Le vrai et le faux des statistiques sur la violence

Justice L’Office fédéral de la statistique a publié les chiffres des infractions au Code pénal pour 2018. Avec 432'754 actes, la Suisse voit la criminalité reculer de 1,4% par rapport à 2017. Plus...

La criminalité sur le web a explosé

Sécurité La cybercriminalité a augmenté dans toute la Suisse. Un indicateur précis doit encore voir le jour. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.