«Pour l'UDC, revenir avec la criminalité étrangère va être compliqué»

Élections fédéralesEngluée sur la question du climat, qui inonde l’agenda politique, l’UDC remet en avant la thématique de l'insécurité. Une stratégie qui a ses chances? Entretien avec le politologue Pascal Sciarini.

Albert Rösti, président de l'UDC.

Albert Rösti, président de l'UDC. Image: Keystone

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Mardi matin à Berne, des représentants de l'UDC ont présenté un document stratégique sur la criminalité et l’insécurité qui, selon eux, touchent la Suisse de plein fouet. «La violence porte un nom: les étrangers mal intégrés», cible le président Albert Rösti. Le parti propose de durcir le catalogue des peines, de renvoyer plus rigoureusement les «criminels étrangers» ou encore de rétablir les contrôles aux frontières.


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Le nombre total d’infractions au Code pénal dénoncées en 2018 a pourtant diminué de 1,4% par rapport à 2017. Il est en constante baisse depuis 2013. Sans actualité particulière, l'UDC parviendra-t-elle à ramener les projecteurs sur l'un de ses terrains de prédilection d'ici aux élections fédérales d'octobre? Décryptage avec Pascal Sciarini, politologue à l’Université de Genève.

L’UDC qui n’arrive plus à dicter l’agenda politique, ça vous surprend?
Oui et non. Le parti est passé maître en la matière, mais à chaque fois qu'il a réussi à le faire, il a pu profiter d'une conjoncture favorable. Il y a quatre ans, l'UDC a réussi à positionner la problématique des réfugiés parce qu’il y avait en même temps la crise migratoire en Europe. Il faut une réalité concrète et objective pour pouvoir utiliser une thématique, l'exploiter et l'amplifier. Sinon, c’est très compliqué, même pour l’UDC.

Cela signifie-t-il que sa tentative de remettre le thème des violences liées aux étrangers sur le devant de la scène est vouée à l’échec?
Ça ne va pas forcément être un échec complet, mais ça va être compliqué. À moins que l’UDC ne soit aidée par une actualité qui montre une augmentation de ces cas ou que les médias embrayent et couvrent largement ce genre de faits divers. Mais actuellement, ce sont d’autres thèmes qui l’emportent, à commencer par l’environnement et le changement climatique. Ces thèmes sont prioritaires, comme les assurances maladie, l’AVS ou les relations avec l’Europe.

Comment faut-il comprendre cette tentative? Le but est-il de resserrer les rangs au sein de son électorat?
L’UDC sait qu’elle est associée et jugée crédible sur ce dossier. C’est donc de bonne guerre pour le parti de se mettre en avant et pertinent de vouloir faire remonter ce thème dans la liste des préoccupations, à commencer par celles de ses électeurs. Car on sait que l’UDC est très forte dans sa capacité à mobiliser son propre électorat. C’est d’ailleurs ce qui lui vaut ses très hauts scores lors des élections.

Que l’UDC refuse d’embrayer sur le climat revient-il à dire qu’elle a renoncé à gagner de nouveaux électeurs?
La possession d’un enjeu, ça ne se décide pas ou ça ne se manipule pas du jour au lendemain. On ne devient pas crédible sur une thématique comme celle de l’environnement si on n’a pas fait auparavant des propositions ou si on ne s'est pas intéressé à ce thème durant des années. La réputation d’un parti sur un enjeu se construit sur la durée. Et de ce point du vue, c’est normal que l’UDC ne tente pas de s’afficher sur ce thème. Tout le monde sait que ce n’est pas sa préoccupation première. Pire, si elle le faisait, ça servirait les arguments de la gauche.

L’UDC est-elle donc condamnée à se taire sur le climat?
Elle peut, à la marge, mettre en avant le fait qu’elle défend les paysans, qui sont directement concernés par la question, et apporter des contributions. L’autre solution serait, et certains élus le font, d’entonner le credo des climatosceptiques, un peu à la Donald Trump. Mais c’est également dangereux, car il y a maintenant une telle unanimité au sein de la population, des médias, mais aussi des scientifiques, sur le fait qu’il faut lutter contre le réchauffement climatique que ce serait un peu une stratégie suicidaire.

Créé: 13.08.2019, 17h01

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