L'UDC tire à boulets rouges sur la révision de l'asile

Votations 5 juinLe parti a lancé lundi sa campagne en faveur du référendum contre la loi sur lequel les Suisses doivent se prononcer en juin.

Les ténors du parti étaient tous présents lundi devant la presse à Berne.

Les ténors du parti étaient tous présents lundi devant la presse à Berne. Image: Keystone

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Non à une culture de bienvenue irresponsable et onéreuse. Non aux avocats gratuits et aux expropriations. C'est par ces arguments principaux que l'UDC a sorti le grand jeu et tous ses ténors lundi à Berne pour lancer sa campagne pour le référendum contre la révision de la loi sur l'asile sur laquelle le peuple votera le 5 juin prochain.

Pour rappel, le peuple devra dire s'il soutient ce grand projet porté par la ministre de la justice Simonetta Sommaruga. La révision doit accélérer les procédures en réunissant les mêmes acteurs au même endroit et garantir un traitement équitable grâce à un avocat gratuit pour les requérants. Auteure du référendum, l'UDC s'insurge justement contre les avocats gratuits et la possibilité d'expropriation prévue pour loger des requérants. Selon elle, la réforme ne renforcera pas la lutte contre les abus.

L'UDC ne conteste pas la tradition de l'asile, mais pour la sauvegarder, il faut combattre les abus, a souligné le conseiller national zurichois Roger Köppel. «Dans l'Europe d'aujourd'hui, nous n'avons pas affaire à une crise des réfugiés, mais à une crise au niveau de la direction politique»,-a-t-il expliqué devant la presse. «L'Europe est elle-même responsable de l'afflux de migrants en raison d'une politique de bienvenue à la Merkel, et les gouvernements ne distinguent plus les vrais réfugiés des fa»ux, estime-t-il.

Politique de bienvenue

Hic selon l'UDC: alors que la Suisse est directement touchée par ce chaos sur l'asile, au lieu de renforcer la protection de ses frontières, elle fait juste l'inverse. «Au lieu de nous fermer aux faux réfugiés, Simonetta Sommaruga veut accroître nos capacités d'accueil en expropriant aux besoins des terrains afin d'y construire des centres, et renforcer notre culture d'accueil en proposant des avocats gratuit»s, critique Roger Köppel. Ce qui augmentera la demande, craint-il. «Nous devons stopper cette folie de l'asile. »

La conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz s'en prend également aux avocats gratuits mis à disposition des requérants. «Cette innovation ne manquera pas de constituer un magnifique appel d'air pour la migration vagabonde qui trouvera chez nous une facilité qu'elle n'a pas ailleurs», critique-t-elle. En Suisse, les requérants sont pris en charge de A à Z, ce qui n'est pas le cas ailleurs. Les coûts ne manqueront donc pas d'exploser, d'autant que la majorité des demandeurs d'asile ne trouve pas d'emploi et se retrouvent donc, après 5 ou 7 ans aux services sociaux, à la charge des cantons et des communes.

Faux chiffres du gouvernement

En outre, le conseiller national argovien Andreas Glarner, chef de campagne, le projet de Simonetta Sommaruga repose sur des chiffres faux. La révision estime à 24'000 le nombre de requérants par année, alors qu'en 2015, la Suisse en a accueilli près de 40'000. En outre, elle admet que 40% des requérants sont des cas Dublin et peuvent donc être renvoyés dans les pays européens du premier accueil. Or, dans les faits, l'an dernier, seuls 6% des gens ont été renvoyés.

Pour le conseiller national bernois Adrian Amstutz, président du groupe UDC aux Chambres, l'UDC ne veut pas que la Suisse devienne la destination favorite des migrants économiques et autres profiteurs de notre système social. Il faut donc, selon lui, prendre des mesures efficaces en réintroduisant à nouveau les contrôles aux frontières, avec le soutien de l'armée si nécessaire. «On peut ainsi mettre fin aux activités des bandes criminelles et brutales de passeurs et faire un premier tri dans l'afflux de migrants. »

Effets collatéraux

Un retour des contrôles qui aurait des effets collatéraux bénéfiques, selon le Bernois qui cite l'exemple de Genève: «lorsque la France a réintroduit les contrôles aux frontières après les attentats du 13 novembre à Paris, le nombre de cambriolages à Genève a brusquement baissé de 14% en décembre 2015.»

Enfin, le président de l'UDC Suisse, Toni Brunner, est revenu sur l'annonce dans la presse dominicale que le parti ne mènerait pas de campagne dans les journaux et ne placarderait pas d'affiches. On ne veut pas mettre de moyens énormes, ce n'est qu'un référendum, a-t-il fait valoir. Ce sont les partis cantonaux qui devront se battre, a-t-il fait savoir. Et la presse doit faire son travail d'information, a-t-il ajouté. Mais le comité présent a reconnu que le parti ne disposait pas de moyens financiers illimités et qu'il se réservait pour d'autres campagnes.

(nxp)

Créé: 04.04.2016, 15h35

Entretien avec Céline Amaudruz, conseillère nationale genevoise

Pourquoi s'opposer à cette révision?

Céline Amaudruz: premièrement parce qu'elle est mauvaise. Je tiens à rappeler que l'UDC a lancé son référendum dans la mesure où on a essayé de l'améliorer avec plus de 70 amendements qui n'ont pas été retenus au Parlement. Aujourd'hui elle ne nous satisfait pas pour de nombreuses raisons. 1. Les coûts. Elle va faire exploser les coûts au niveau suisse. Les pays qui nous entourent n'ont pas du tout la même notion par rapport à l'aide sociale, par rapport à l'accueil. Cela va créer des problèmes au niveau de l'expropriation des biens. Ce n'est pas tolérable. Enfin, prévoir un avocat gratuit alors que les Suisses n'en ont pas, cela nous paraît totalement injuste par rapport à l'égalité de traitement.

Le secrétariat d'Etat aux migrations a présenté un bilan de son projet-pilote à Zurich en disant que les procédures avaient pu être accélérées et qu'il y avait des économies à faire. Vous ne voulez pas économiser dans ce secteur-là?

Nous pensons d'abord que ceci est faux. Ils sont partis sur un chiffre dans leur rapport qu'il y aurait 24'000 demandes alors qu'on sait que l'on va en avoir près de 40'000. Déjà quand vous faitres une estimation de coûts avec de mauvais chiffres aux départ, ce n'est pas juste. Ensuite, il faut voir qu'ils partent du principe que 25% des requérants feront recours. C'est clairement illusoire. Tout le monde sait que du moment où vous avez la possibilité de faire des recours, et bien vous le faites. Enfin, évidemment que l'UDC est pour accélérer les procédures, mais au lieu d’accélérer simplement ces procédures, il faudrait aussi renvoyer les gens, ce que aujourd'hui on ne fait pas.

Si le peuple s'oppose à cette révision le 5 juin, est-ce que la loi actuelle suffit, selon vous?

Elle suffit, car si on l'applique correctement, elle répond à tous les besoins que nous pourrions avoir. De ce fait, nous pensons que la nouvelle loi qui est présentée va empirer la situation et va faire un appel d'air. Alors que nous savons que si nous appliquons la loi et que nous prenons d'autres mesures, nous réglerons mieux la situation de l'asile.

L'UDC Suisse va peu s'impliquer dans la campagne puisqu'elle ne placardera aucune affiche et n'enverra pas de tout-ménage. Pourquoi ce choix?

Déjà, il ne s'agit plus d'une initiative que nous lançons, mais d'un référendum que nous opposons à une loi. Nous voulons que ce soit les partis cantonaux qui s'engagent un maximum dans la mesure où ce sont les cantons et les communes qui seront directement touchés par cette révision.

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