Vaud et Genève sont fous de rage contre la fin abrupte du moratoire des médecins

SantéLes cantons ne pourront plus geler l’ouverture de nouveaux cabinets. Et prédisent une hausse des primes.

Adversaires déclarés du moratoire, UDC et PLR ont fait bloc, au grand dam d’Alain Berset.

Adversaires déclarés du moratoire, UDC et PLR ont fait bloc, au grand dam d’Alain Berset. Image: KEYSTONE

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Coup de tonnerre vendredi matin au Conseil national. Sans crier gare, la Chambre du peuple a torpillé par 97 voix contre 96 et une abstention, celle d’Isabelle Moret, le projet visant à ancrer définitivement le moratoire sur les nouveaux médecins dans la loi. Dès le 1er juillet prochain, les cantons n’auront donc plus la possibilité de geler les admissions de praticiens étrangers en cas d’afflux trop important.

Adversaires déclarés du moratoire, UDC et PLR ont fait bloc, au grand dam d’Alain Berset. «Comme l’expérience du passé l’a montré, il faudra compter avec une arrivée importante de médecins spécialistes, ce qui fera augmenter les coûts de la santé et donc les primes, a déjà averti le ministre de la Santé.

Patients, médecins, cantons, tout le monde est atterré par la décision du National. Vaud et Genève, qui avaient vécu un afflux massif de praticiens étrangers lors de la première suppression de la clause du besoin, entre 2012 et juillet 2013, ont les pires craintes. Le ministre vaudois de la santé Pierre-Yves Maillard (PS) est hors de lui. «Il s’agit d’un coup politique scandaleux et méprisable, fomenté dans le secret par le PLR et l’UDC».

Hausse de primes en vue

Comme Alain Berset, le socialiste prédit un nouvel envol des primes vaudoises, qu’il estime à 500 francs par an pour une famille de deux enfants. «C’est lamentable!» tonne-t-il.

Constat partagé par son homologue genevois Mauro Poggia, qui parle d’une hausse de 150 francs par an et par assuré. «Nous sommes atterrés, lâche-t-il. Nous savions que le vote serait serré, mais nous pensions avoir sauvé le minimum. Genève consent déjà de nombreux efforts, notamment sur la possibilité laissée aux médecins membres de l’UE de travailler 90 jours sur notre territoire sans autorisation nécessaire. Un frontalier peut donc travailler chez nous deux jours par semaine, quarante-cinq semaines par an, et ce aux frais de l’assurance suisse!»

Mauro Poggia rappelle que la santé n’est pas un bien de consommation. «La droite estime qu’elle favorise ainsi la loi du marché et le libéralisme. Mais c’est faux. Dans le domaine de la santé, l’offre crée la demande. Cette manœuvre n’a qu’un seul but, celui de servir les intérêts de leurs amis les assureurs.» Derrière ce vote, se cache la volonté des caisses maladie d’abolir le libre choix du médecin par le patient, dénoncent d’une même voix Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia.

Au détriment des patients

La Fédération des médecins suisses, la FMH, ne comprend pas ce retournement de situation. «Nous nous sommes montrés coopératifs et nous étions prêts à accepter le compromis proposé au parlement. Actuellement, aucune solution de remplacement n’est sur la table», s’inquiète Jürg Schlup, son président.

Même désarroi du côté de la Fédération suisse des patients, qui dénonce une décision prise unilatéralement pour les intérêts des assureurs au détriment des assurés et des patients.

SantéSuisse, en revanche, salue la décision du Conseil national. L’association des assureurs suisses plaide plus que jamais pour un système médical libéral, durable et abordable. «Cela signifie que le droit de facturer à 100% et dans tous les cas ne doit pas être garanti à chaque fournisseur de prestations agréé. Ce sont plutôt la qualité et l’efficience qui devraient servir de critères déterminants pour décider qui a le droit ou non de facturer à charge de l’assurance de base», estime-t-elle dans un communiqué.

Il n’y a pas eu de débat, vendredi, au National mais les arguments de la droite sont connus. Elle estime que le moratoire n’a aucunement freiné la hausse des coûts de la santé, ni résolu la pénurie des médecins généralistes, ni empêché la désertification médicale dans les régions périphériques. Pour les centres urbains notamment, SantéSuisse voit un autre inconvénient majeur. «Le moratoire actuel entraîne une discrimination des jeunes médecins et crée de facto un cartel privé de médecins déjà établis».

Créé: 18.12.2015, 21h18

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