La vente de marchandises au guichet ne passe plus

La PosteUn élu UDC veut que le géant jaune cesse de vendre du «bric-à-brac» dans ses offices. Il a en partie été entendu lundi.

Image: Pascal Frautschi -a

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Des cartes postales, de la colle, mais aussi des bijoux, des téléphones, des chocolats: certains offices postaux se sont transformés en magasins de quartier ou en kiosques ces dernières années. Une orientation qui ne plaît pas du tout à Rudolf Joder. Ce conseiller national (UDC/BE) a déposé une initiative parlementaire en mars. Celle-ci demande que La Poste renonce à commercialiser tout bien ou service qui n’a rien à voir avec son activité de base. Ce que l’élu qualifie de «bric-à-brac».

Lundi, un premier débat très attendu sur cet objet a eu lieu dans la commission compétente du National. Selon nos informations, cette dernière partage l’agacement de Rudolf Joder. Mais pas au point de soutenir son initiative.

500 millions par an

La commission va adresser un postulat aux Chambres fédérales, pour que le Conseil fédéral remette de l’ordre dans la stratégie de vente de La Poste. Laquelle n’est pas une mince activité: elle rapporte 500 millions par an au géant jaune. «Nous demandons certes un rendement aux entreprises fédérales. Mais nous condamnons les excès de vente actuels», résume le conseiller national Olivier Français (PLR/VD), membre de la commission.

C’est ainsi une position médiane entre l’initiative Joder, qui veut bannir tous les produits dérivés, et La Poste, qui dit beaucoup compter sur cette manne pour équilibrer ses comptes et offrir ainsi des prestations moins rentables. Le géant jaune a d’ailleurs adressé un courrier aux commissaires pour leur demander de lui laisser une entière liberté dans sa pratique commerciale.

Le sujet rebondira aux Chambres. Questions à Olivier Feller (PLR/VD), qui a signé l’initiative parlementaire Joder, et à Anne Mahrer (Verts/GE), qui s’oppose à une interdiction totale des produits dérivés aux guichets postaux.


POUR

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Anne Mahrer Conseillère nationale (Verts/GE): «Au Conseil fédéral de définir des limites»

– Est-ce la mission de La Poste de vendre des chocolats ou des téléphones aux guichets?
Si on lit et la loi et les objectifs assignés à La Poste, ce n’est pas exactement ce qu’il est prévu qu’elle fasse. Et cela pose problème à certains. Personnellement, cela m’a souvent interpellée, ne serait-ce que dans l’office postal de ma commune. Certains offices vont jusqu’à vendre, dit-on – je ne l’ai jamais vu –, des jeans et toutes sortes d’articles que l’on va plutôt acheter dans d’autres commerces. Est-ce une concurrence déloyale? La question se pose et nous n’avons pas terminé d’en discuter en commission.

– Mais vous pouvez vivre avec?
Oui, dans la mesure où cela ne dépasse pas un certain nombre d’articles et si La Poste reste «dans les clous», c’est-à-dire qu’elle remplit sa mission de service universel. C’est ce qu’il est convenu d’attendre de sa part.

– Mais La Poste dégage 500 millions de francs avec la vente de produits dérivés. Les détaillants traditionnels ont de quoi se sentir floués…
Ce n’est pas rien. De plus, l’an dernier, La Poste a fait des rentrées très importantes grâce au commerce en ligne. Et, forcément, elle doit livrer chez les gens, cela fait partie de ses compétences. C’est un plus qui entre dans ses prérogatives. Mais, bien sûr, cela pourrait, pour certains commerces, être une forme de concurrence déloyale. Tout dépend de la proportion que cela prend. Et puis le consommateur doit peut-être aussi se dire: je vais dans le commerce spécialisé plutôt que de faire mes achats à La Poste. Il y a le bon sens, la liberté individuelle de choisir de favoriser le commerce spécialisé.

– La gauche tolère la vente de produits annexes et la droite libérale veut la restreindre. C’est le monde à l’envers!
Oui, en tout cas pour les collègues plus libéraux c’est un peu le monde à l’envers. Mais là, on ne se trouve pas encore dans une dérive! On peut s’en approcher dans le domaine numérique, lorsqu’on voit le supermarché que La Poste offre en ligne. C’est pourquoi il faudra recadrer la vente des produits. C’est la responsabilité du Conseil fédéral dans les objectifs stratégiques.


CONTRE

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Olivier Feller Conseiller national (PLR/VD): «La Poste ne respecte pas la loi actuelle»

– Pourquoi La Poste ne devrait-elle pas vendre des bijoux et autres?
Parce que cela ne correspond pas à sa mission légale. Si on lit la loi sur l’organisation de La Poste, on constate que celle-ci a un certain nombre de missions: le transport d’envois postaux, des services financiers et le transport de voyageurs assuré par Car Postal. La Poste devrait se concentrer sur cette mission prévue par le législateur. En vendant des livres, des portables, des montres et de la nourriture pour animaux, elle ne respecte pas les dispositions légales actuelles.

– Vous nous dites que La Poste est dans l’illégalité?
Si on lit la loi, on ne peut que constater que celle-ci n’est pas respectée par La Poste. Elle a développé des activités qui ne s’inscrivent d’aucune manière dans le champ d’action prévu par le parlement. Sous cet angle-là, elle est dans l’illégalité.

– La vente de ces produits rapporte 500 millions de francs par an à La Poste. Vous voulez renchérir d’autres services?
Non, parce que La Poste est une holding. Elle comprend également PostFinance, qui est une entité stratégique importante. Si l’on tient compte de l’ensemble du groupe, on constate que celui-ci fait un bénéfice chaque année. Et La Poste est en mains de la Confédération, elle a un monopole pour certains types de lettres. On ne peut pas imaginer d’un point de vue logique qu’une société anonyme de droit public se mette à concurrencer l’économie privée. Sinon où est la limite? La Poste peut-elle vendre des vêtements? Aménager des bars? Vendre des salades? Si le politique n’intervient pas au travers de l’initiative de mon collègue Joder, je me demande si La Poste sera capable de se fixer elle-même des limites.

– Cela ne tient-il pas du service public que de vendre certains produits dans des villages isolés?
Je suis prêt à en discuter. Mais il faudrait alors modifier la loi sur l’organisation de La Poste et lui assigner une quatrième mission. Et il me semble que c’est plutôt dans les centres urbains qu’elle fait du chiffre d’affaires en vendant des produits dérivés. (24 heures)

Créé: 20.01.2015, 09h14

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