Vera Weber change de ton et tente de trouver un compromis

Résidences secondairesLa présidente d’Helvetia Nostra tend la main à ses adversaires, à quelques jours d’un débat crucial sur la Lex Weber à Berne.

Vera Weber est vice-présidente de la Fondation Franz Weber.

Vera Weber est vice-présidente de la Fondation Franz Weber. Image: Keystone

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Trop d’exceptions sont prévues à l’application de la Lex Weber. «C’est inacceptable!» lançait Vera Weber, présidente d’Helvetia Nostra, hier à Berne. La loi d’application, qui sera examinée par le Conseil national le 7 mars, prévoit de nombreux assouplissements adoubés par le Conseil des Etats. Vera Weber dénonce «une entorse à la volonté populaire», l’initiative pour limiter les résidences secondaires ayant été acceptée par le peuple suisse en 2012.

Cela dit, plus question de lancer des menaces ou des anathèmes. La fille de Franz Weber change de ton. Elle tend la perche au parlement: «J’appelle au­jourd’hui à trouver un compromis. Je crois que c’est possible, et pas seulement parce que je suis optimiste de nature. Nous devrions discuter posément de tous les aspects de cette loi autour d’une table. Je crois qu’on peut encore arriver à un résultat qui fera grincer des dents mais qui soit au final accepté par tout le monde.»

Pourquoi cette volonté soudaine de chercher le dialogue?
Il y a eu trop de confrontations. La loi est combattue par énormément d’intérêts particuliers. Les lobbyistes des cantons alpins, les représentants de l’immobilier et de la construction ont peint le diable sur la muraille en disant que cet article allait faire perdre des milliers de places de travail. Mais une porte qui se ferme, c’est aussi une autre porte qui s’ouvre. Cette loi pourrait être une chance pour le tourisme suisse et pour la place économique, ce que le Conseil fédéral et le parlement ont ignoré jusqu’à présent.

Une chance, vous en êtes sûre?
Oui, ce serait l’occasion de repenser les offres touristiques dans nos montagnes, avec d’autres activités et des possibilités d’hébergement qui ne passent pas par un bétonnage sans fin. Il n’y aura pas de place pour construire des résidences secondaires à l’infini. Chercher de nouvelles solutions vaut mieux que d’employer les vieilles recettes et refuser d’appliquer la volonté du peuple.

N’est-ce pas un peu tard pour un dialogue, après les deux ans de polémiques qui ont suivi la votation?
Peut-être, mais mieux vaut tard que jamais. J’ai constaté que la confrontation ne mène à rien. Si on doit lancer un référendum après les décisions du parlement, cela prolongerait d’autant l’insécurité juridique pour les régions de montagne. Or ce n’est pas ce que nous voulons. En 2012, en acceptant l’initiative, le peuple a voulu cesser de défigurer notre patrimoine, mais c’était aussi dans l’intérêt des montagnes elles-mêmes.

N’est-ce pas un constat d’échec pour votre action jusqu’à présent?
Absolument pas, j’aimerais sincèrement trouver une solution dans l’intérêt de toutes les parties, de la protection de la nature, du tourisme et des cantons alpins.

Pour chercher un compromis, il faut lâcher du lest. Sur quelles exceptions êtes-vous prête à entrer en matière?
Je ne veux pas citer d’articles précis aujourd’hui, tout cela doit être discuté dans le détail. Cela dit, la possibilité d’autoriser des résidences secondaires à condition de les proposer à la location sur des plates-formes Internet n’est pas acceptable pour nous: elle ne prévoit aucune obligation de louer les logements. La réaffectation des hôtels en résidences secondaires n’est pas non plus acceptable.

Pendant la campagne, vous évoquiez vous-même cette possibilité de transformer les hôtels existants!
Oui, mais on a donné le petit doigt et on s’est fait manger tout cru. Nous avons toujours dit que ce serait possible, mais de manière limitée, uniquement pour des cas de force majeure, comme des décès ou des divorces. Avec le projet actuel, le parlement veut en faire une possibilité systématique qui encouragerait des propriétaires à faire de nouvelles résidences secondaires. C’est un réel danger pour les stations touristiques, qui souffrent déjà des lits froids.

La crise du franc fort ne plaide-t-elle pas pour un assouplissement de la loi?
Je ne vois pas en quoi les résidences secondaires seraient une solution au franc fort. Celui-ci va dissuader les clients étrangers d’acheter des résidences secondaires en Suisse.

Pourquoi imaginez-vous que le Conseil national refusera les exceptions à la loi voulues par le Conseil des Etats?
Le National est peut-être plus proche du peuple, il peut mieux entendre cette crainte exprimée par les Suisses de voir leur patrimoine collectif détruit par des résidences secondaires. J’ose croire qu’une prise de conscience est encore possible.

Si le parlement persiste à vouloir affaiblir la loi, lancerez-vous un référendum ou une nouvelle initiative?
Nous n’excluons rien, mais il est prématuré d’en parler. Le processus parlementaire n’est pas terminé. Nous attendrons d’avoir la loi finale sous les yeux et de l’examiner en détail avant de prendre une décision quelconque.

Créé: 19.02.2015, 13h35

Les opposants se pincent

Les opposants à la Lex Weber se pincent pour y croire. «Cet appel au dialogue est un curieux rebondissement, alors que le dossier a été mis en œuvre jusqu’à présent dans un climat conflictuel», s’étonne le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD). Pour la droite, les cantons de montagne, les milieux économiques et immobiliers, le projet de loi d’application n’est nullement déséquilibré. Au contraire.

En théorie, on ne pourra plus construire de résidences secondaires dans une commune si son patrimoine bâti en contient déjà 20%. Mais les exceptions sont nombreuses:
1. Des logements pourraient être construits à condition qu’ils soient proposés à la location sur des plates-formes commerciales; 2. Des hôtels pourraient être transformés en partie en résidences secondaires; 3. Des résidences pourront être aménagées dans des bâtiments protégés et «dignes d’être conservés».

Ces dispositions font bondir la gauche à Berne. On s’achemine vers «une loi emmental qui ouvre la porte à tous les abus», dénonçait l’an dernier le sénateur Robert Cramer (Verts/GE). Le National pourrait étendre encore ces exceptions le mois prochain. Sa Commission de l’aménagement du territoire propose d’autoriser la transformation de vieux hôtels en résidences secondaires. Elle ne veut pas non plus limiter l’agrandissement des résidences existantes.

Cerise sur le gâteau, elle propose de déclarer la loi urgente. Ce qui garantirait son application durant une année au minimum, malgré un référendum. «J’espère bien qu’on le fera, les régions de montagne ont besoin de sécurité juridique, explique le Valaisan Christophe Darbellay (PDC). Les exceptions respectent l’esprit de l’article constitutionnel. Vous savez, ce n’est ni la spéculation ni les lits froids qui intéressent les stations de montagne.» Olivier Feller se dit, lui aussi, confiant à l’idée d’un nouveau passage devant le peuple: «La loi est équilibrée avec ces exceptions. L’autonomie des cantons et des communes a été rabotée, et la survie des régions périphériques est prise en compte. Avec cela, on peut gagner un référendum.»

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