Les Verts contre-attaquent sur le CO2

ClimatLe Parti écologiste exige un rapport sur la captation et l’utilisation du carbone. Le texte séduit à gauche et à droite.

La conseillère nationale verte vaudoise Adèle Thorens est à la manœuvre.

La conseillère nationale verte vaudoise Adèle Thorens est à la manœuvre. Image: ODILE MEYLAN

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C’est une lueur d’espoir pour le climat. Une semaine après le rejet de la loi sur le CO2 – torpillée au National par une alliance contre nature gauche-UDC – une piste se dessine pour lutter contre le réchauffement. Des élus de tous les partis ont cosigné un postulat sur les émissions de CO2 dites «négatives». Il s’agit de demander au Conseil fédéral d’analyser dans un rapport le potentiel, le coût et les risques que représentent la captation puis le stockage de carbone dans le sol, les couches géologiques ou les végétaux, mais aussi son utilisation dans l’industrie ou l’agriculture (voir encadré).

À la manœuvre, la conseillère nationale Adèle Thorens (Verts/VD). «L’échec de la loi sur le CO2 montre combien il est difficile d’avancer pour réduire les émissions de CO2. Je le regrette car le problème n’est ni financier ni technologique, mais résulte d’une forme de dogmatisme ou d’incompétence. Or l’urgence est telle que toutes les pistes doivent être analysées.»

Si elle demande au Conseil fédéral de se pencher sur les émissions négatives, c’est suite au rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce dernier a rappelé, mi-octobre, la nécessité d’une action immédiate. Pour stabiliser le réchauffement à 1,5 degré, la «neutralité carbone» doit être atteinte vers 2050. Mais pour tenir ce cap, la réduction des émissions ne suffira pas; il faudra aussi retirer du CO2 de l’air. Le solde excédentaire déjà émis est considérable et sa durée de vie est d’une centaine d’années. «Nous devons lutter contre les émissions à venir, mais aussi contre celles que nous avons déjà produites», précise Adèle Thorens.

Alors que la loi sur le CO2 a vu les partis s’affronter, il semble désormais se dégager un consensus pour agir sur les émissions négatives. «Il y avait une crainte chez les écologistes, reconnaît Adèle Thorens. Devoir recourir à la captation, c’est une sorte de constat d’échec sur les mesures de réductions. Mais cela ne nous empêche pas de continuer à lutter pour ces dernières.» Le message est passé. Au final, le groupe des Verts s’est rallié au texte, tout comme des élus influents des deux côtés de l’hémicycle: le président du groupe socialiste, Roger Nordmann (PS/VD), le président de l’USAM, Jean-Francois Rime (UDC/FR), l’ancien président du National, Dominique de Buman (PDC/FR), ou la vice-présidente des Vert’libéraux, Isabelle Chevalley (VD).

Réalisable?

Christian Wasserfallen (PLR/BE) est aussi de la partie. «Il reste beaucoup de questions sur cette technologie, explique le vice-président du PLR. Est-ce économiquement réalisable? Quel potentiel cela représente-t-il? Faut-il revoir la réglementation étatique pour mieux promouvoir la recherche? Quels sont les éventuels problèmes de toxicité? Bref, c’est une piste pour réduire la concentration de CO2, et je veux des précisions du Conseil fédéral.»

Jean-Pierre Grin (UDC/VD) soutient lui aussi la proposition. «Ça peut être intéressant pour l’agriculture. Prenez la betterave à sucre. C’est un excellent capteur de CO2. En valorisant ce type de production, on peut réduire l’emprunte sur le climat. C’est beaucoup plus intéressant que de laisser des champs en jachère car l’herbe, en se décomposant, rejettera le CO2 qu’elle a capté.» Une situation gagnant-gagnant. «Il suffit de penser au bilan carbone du sucre importé par rapport à une consommation locale.»

Adèle Thorens imagine déjà une future politique agricole orientée sur le captage du CO2. «Les paysans nourrissent la population, participent à la préservation du paysage et produisent des énergies renouvelables. À terme, ils pourraient devenir des acteurs de la préservation du climat.»

Mais ce n’est pas la seule branche qui pourrait «profiter» des émissions négatives. Les forêts sont d’excellents capteurs, à condition que le bois soit ensuite utilisé pour la construction et ne pourrisse pas. Le CO2 capté dans l’atmosphère peut être utilisé par l’industrie chimique ou transformé en matériaux. De quoi générer des revenus dans une perspective d’économie circulaire.

Mais attention, prévient Adèle Thorens, «ces technologies ne pourront pas remplacer la réduction des émissions». Et dans ce domaine, la balle est désormais dans le camp du Conseil des États qui doit reprendre à zéro la révision de la loi sur le CO2.

Créé: 18.12.2018, 17h36

Aspirer le CO2

Captation
Certaines entreprises ont déjà mis en place de véritables aspirateurs à CO2. Ils se trouvent à la sortie d’installations émettrices, ou pompent directement le carbone dans l’atmosphère.

Utilisation
Une fois filtré, le gaz carbonique peut être utilisé pour doper la croissance de cultures. Il peut également être transformé en polymères (plastiques), en composants de médicaments et même en matériaux de construction. Ou encore servir à la production de carburants synthétiques.

Stockage
Parfois le CO2 est tout simplement stocké, sous des lacs, dans certains sols fertiles ou dans des couches géologiques.

Revitalisation
Il est également possible de capter du CO2 de façon «naturelle», par le biais de revitalisation de zones humides - à ce titre, les tourbières sont de très bons capteurs - ou de plantation de forêts ou de certains types de cultures. À condition toutefois que les végétaux soient utilisés et ne pourrissent pas. Les algues sont également de bons aspirateurs à gaz carbonique.

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