Ils veulent baisser les rentes pour sauver les retraites

Deuxième pilierUne initiative iconoclaste a été lancée en Suisse alémanique. Ses auteurs, des retraités, cherchent des appuis romands.

Josef Bachmann, citoyen zurichois de 69 ans, est à l’origine de l’initiative populaire qui cible les rentes du 2e pilier.

Josef Bachmann, citoyen zurichois de 69 ans, est à l’origine de l’initiative populaire qui cible les rentes du 2e pilier. Image: FABIENNE ANDREOLI

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Il y a le feu dans la maison! C’est en substance l’appel de Josef Bachmann, ancien gérant de caisse de pension. À la retraite depuis deux ans, cet Alémanique de 69 ans lance une initiative pour «assurer la stabilité financière de l’AVS et de la prévoyance professionnelle, tout en garantissant l’équité entre les générations». Les remèdes proposés sont défrisants, puisque même les rentes du 2e pilier déjà versées pourraient être baissées. Leur auteur en a conscience: il y a de quoi créer des tensions. Mais pour lui, on n’a pas le choix.

Les initiants ont entamé la récolte des 100'000 signatures nécessaires début avril outre-Sarine. Ils cherchent actuellement des contacts en Suisse romande pour y développer des relais. Une fois ces liens établis, leur page internet sera traduite en français. Le but est d’y parvenir dans le mois à venir. Leur texte s’intitule «Pour une prévoyance vieillesse respectueuse de l’équité intergénérationnelle» (ou plus simplement «Prévoyance oui – mais équitable»). Il propose que l’âge de la retraite soit le même pour les hommes et pour les femmes, et qu’il soit ajusté à l’espérance de vie. Les rentes du 2e pilier seraient adaptées en fonction des rendements des placements, de la démographie et du renchérissement. Cette flexibilité vaudrait aussi pour les rentes en cours, qui pourraient être baissées par étapes «modérées» ou relevées s’il y avait une amélioration. Pourquoi briser ce tabou? Les rentes du 2e pilier sont aujourd’hui financées en partie sur le dos des actifs. Les initiants soulignent que cette redistribution atteint 25% du montant total. D’après les estimations de la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle, les transferts ont oscillé entre 5,3 et 8,4 milliards de francs par année entre 2014 et 2017. «Une réforme fondamentale est nécessaire, mais le parlement n’ose pas la proposer au peuple», diagnostique Josef Bachmann.

Le sexagénaire admet que neuf retraités sur dix seront spontanément opposés à ses propositions. «Mais beaucoup n’ont pas conscience que leurs rentes sont payées grâce aux jeunes. Quand on le leur explique, ils admettent que cela ne va pas. Il ne faut pas oublier qu’on parle de l’argent de leurs enfants ou de leurs petits-enfants.» Le Zurichois a peaufiné ses arguments et les réponses fusent. Avec un tel système, les rentiers ne pourront plus compter sur des revenus fixes? «Quand le 2e pilier a été rendu obligatoire, il y avait une inflation de 3,5%: les sommes effectives diminuaient déjà.» Et puis, les baisses préconisées seraient progressives et faibles, d’environ 1% par année. Quid des plus pauvres? «Ils bénéficient des prestations complémentaires. En réalité, ce sont surtout les riches qui touchent les 2es piliers les plus élevés et profitent le plus du subventionnement croisé à la charge des jeunes générations.»

Un texte jugé «surréaliste»

Le projet n’est soutenu par aucun parti. Josef Bachmann, qui se dit de sensibilité Vert’libérale, y voit aussi une façon de rester au-dessus des luttes partisanes. Trois conseillers nationaux font néanmoins partie du comité d’initiative: Thomas Weibel (Vert’libéral/ZH) et Bruno Pezzatti (PLR/ZG), qui ne se représentent pas aux élections fédérales d’octobre, ainsi que Franz Grüter (UDC/LU). Parmi ses 23 membres, on trouve aussi l’ancien conseiller national Toni Bortoluzzi (UDC/ZH). À noter que la moitié du comité est formée de retraités. «Parmi les jeunesses des partis, nous ne comptons que le coprésident des Jeunes Vert’libéraux. Je suis déçu que d’autres présidents n’aient pas suivi», déplore Josef Bachmann.

«Les retraités doivent pouvoir planifier leur futur»

À Berne, le conseiller aux États Didier Berberat (PS/NE) qualifie cette initiative de «surréaliste»: «Le texte propose quasi tout ce que le peuple a refusé ces dernières années. Il cumule les obstacles et je ne vois pas comment il pourrait être accepté.» Le Neuchâtelois critique un projet qui saperait la solidarité entre les générations et remettrait en cause tout le système de la prévoyance vieillesse. «Les retraités doivent pouvoir planifier leur futur», renchérit la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD). Elle rappelle que le Conseil fédéral a lancé des projets pour renflouer l’AVS. Et pour le 2e pilier, des travaux sont menés par les partenaires sociaux, dont les résultats devraient être connus ce printemps. Comme Didier Berberat, Isabelle Moret conclut que des réformes sont nécessaires, mais pas dans cette direction.

L’accueil est également négatif du côté des défenseurs des intérêts des aînés. «Il est évident que la hausse des transferts des personnes actives vers les retraités, que le législateur n’avait pas prévue, doit être limitée», commente Judith Bucher, porte-parole de Pro Senectute. Mais pour l’organisation, l’initiative de Josef Bachmann va «trop loin»

Créé: 28.04.2019, 21h24

Le système de prévoyance approche de ses limites

Du point de vue comptable, les caisses de pension suisses – soit les avoirs du 2e pilier – se portent bien. Selon le moniteur du premier trimestre 2019 publié par Swisscanto Prévoyance vendredi dernier, tous les indicateurs sont au vert.
Le taux de couverture – soit le rapport entre la fortune des caisses et les rentes à verser – est estimé à 113,1% en moyenne dans le privé et à 106,9% pour les institutions de prévoyance de droit public à capitalisation totale. Pour rappel, un taux de 100% permet théoriquement aux caisses de pension de tenir leurs engagements.

Cette bonne santé au premier trimestre a permis de rattraper entièrement les pertes de l’année 2018, mais le milieu reste très fluctuant. «Une chose est certaine, nous avons eu affaire à deux trimestres marqués par l’instabilité», affirme Adam Casey, spécialiste des fonds de pension chez Willis Towers Watson, cité dans la dernière étude trimestrielle du cabinet de conseil. «Il semble que le cycle économique ait atteint un tournant et qu’il y ait un risque de récession imminente», avertit-il aussi.

Cette instabilité, conjuguée aux prévisions démographiques, inquiète les spécialistes. Pour Thomas Gächter, professeur en droit des assurances sociales à l’Université de Zurich, «c’est une véritable bombe à retardement». Dans une interview accordée à nos confrères de Swissinfo, il estime que les rentes versées ont longtemps été trop élevées. Et que la jeune génération en paiera le prix. «Ils ont versé beaucoup, mais toucheront moins. Ils ont contribué à payer les rentes de leurs aînés.»

Cette même génération semble consciente des incertitudes qui planent sur leurs futures retraites. Une récente étude de l’institut Demoscope démontre ainsi qu’un tiers des actifs de moins de 25 ans investissent dans un 3e pilier. Ils n’étaient encore qu’un quart en 2012.

Julien Wicky

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