«Je veux mettre mon énergie dans d’autres choses»

Conseil fédéralEveline Widmer-Schlumpf tourne la page sans états d’âme. La forte avancée de l’UDC n’a pas joué un rôle décisif dans son retrait, dit-elle.

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Servir et disparaître… avec plaisir. C’est en substance le message qu’a fait passer hier Eveline Widmer-Schlumpf en annonçant son retrait du Conseil fédéral à la fin de l’année. Elle ne quitte pas le gouvernement à bout de souffle, victime des coups de boutoir UDC comme un Samuel Schmid ou inquiète par une réélection compliquée en décembre. Non. «Je veux mettre mon énergie dans d’autres choses», lâche-t-elle simplement. La rumeur de son départ a agité le microcosme bernois hier toute la journée. C’est une télévision privée alémanique qui a eu vent en premier de la conférence de presse surprise de la Grisonne. Fuite au Conseil fédéral? Mystère. L’attente s’éternise. Mais, en fin d’après-midi, la ministre des Finances fédérales apparaît légèrement tendue devant une foule de journalistes. «Je suis surprise de voir autant de monde, d’autant que je vais vous parler d’abord de la fiscalité écologique», attaque-t-elle d’entrée. Rires dans la salle.

Les rires s’estompent rapidement car, voulant bétonner son image de femme de dossiers, Eveline Widmer-Schlumpf tient parole. Elle disserte quelques minutes sur la fiscalité verte «dont elle se réjouit qu’elle soit sous toit». Très vite cependant, elle met fin au suspense sur son retrait: «C’était un grand privilège de siéger à l’Exécutif. Mais ce travail réclame beaucoup d’efforts, surtout dans ma situation spéciale», dit-elle en faisant référence à la taille lilliputienne de son parti.

Est-elle lasse, ou lassée?

A l’heure de dresser le bilan de ses huit années au gouvernement, la conseillère fédérale évoque les grandes affaires auxquelles elle a dû faire face: sauvetage UBS, extradition de Polanski, imprescriptibilité des crimes pédophiles, échange automatique des informations bancaires, etc. Et remercie au passage l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, qui l’a «très fortement soutenue» à ses débuts. Elle relève aussi que la politique est devenue «plus agressive et bruyante» et que l’écho en est démultiplié avec les médias en ligne vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Est-elle lasse, ou lassée? Elle s’en défend énergiquement: «Il vaut mieux arrêter un travail quand il vous procure encore du plaisir. Je n’ai aucun problème, contrairement à d’autres, à lâcher prise.» Une petite pique sans doute à l’égard de Christoph Blocher. Eveline Widmer-Schlumpf assure, quant à elle, qu’elle ne se mêlera bientôt plus de politique confédérale. Elle veut tourner la page. Une décision qu’elle a mûrie au sein de sa famille dès l’été dernier. Elle avait mis dans la confidence sa fidèle porte-parole, Brigitte Hauser. «Une amie», souligne-t-elle de façon inhabituelle avant de louer également la qualité et la pugnacité des cadres de son département.

Le PBD en grand péril?

La victoire historique de l’UDC et l’affaiblissement du centre ont-ils été le déclencheur de son retrait? La ministre PBD assure que non. «Cela a joué un rôle, mais ce n’était pas décisif. J’avais déjà engagé la discussion avec ma famille et mes amis avant les élections fédérales.» Sa décision de partir a cependant été arrêtée au lendemain du scrutin. Elle l’a communiquée à la direction du PBD. Quant aux autres partis centristes, ils l’ont appris «il y a quelques jours». Reste qu’en perdant sa figure de proue au Conseil fédéral, le PBD risque de sombrer corps et biens. Eveline Widmer-Schlumpf n’en croit rien: «Ce n’est pas la fin, mais le début pour le PBD. Il va enfin pouvoir présenter des projets sans qu’on y voie immédiatement ma patte derrière. Fini aussi les accusations d’être «le parti de Widmer-Schlumpf». Mon départ représente donc une chance.»

Ce qui frappait, hier, en écoutant la conseillère fédérale, c’est sa capacité à ouvrir ou à fermer un chapitre de sa vie sans états d’âme, mais après mûre réflexion selon un agenda qu’elle se fixe. Elle a fait irruption par surprise dans une élection fédérale en 2007, et là elle sort tout aussi soudainement du jeu politique alors qu’elle était au centre des calculs. Servir l’Etat et disparaître. La conseillère fédérale refuse d’entrer dans la discussion politicienne sur les deux sièges UDC ou le renforcement du centre. Elle souhaite juste que le monde politique «soit pragmatique, trouve des solutions et n’exploite pas les problèmes».

Eveline Widmer-Schlumpf, qui reste plus que jamais un personnage secret et énigmatique, va rejoindre ses terres grisonnes. Elle confie juste son bonheur de pouvoir enfin se consacrer davantage à sa famille et à ses quatre petits-enfants. Que compte-t-elle faire d’autre? «Des activités qui font sens. Mais ne me demandez pas lesquelles. Cela appartient à ma sphère privée!»

Créé: 28.10.2015, 22h13

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