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La vie extraterrestre est à portée de télescope spatial

Des astrophysiciens européens issus de «l’Ecole genevoise» ont découvert sept planètes très semblables à notre bonne vieille Terre.

Le télescope James Webb est en cours de fabrication.
Le télescope James Webb est en cours de fabrication.
Agence spatiale canadienne

Au téléphone, Didier Queloz ne masque pas son enthousiasme: «C’est un saut énorme dans la recherche de la vie ailleurs que sur Terre, lance-t-il. On savait que ça arriverait, mais on n’imaginait pas que ce serait aussi vite!» De quoi parle l’astrophysicien genevois? D’une «découverte majeure», poursuit-il, sous la forme de sept exoplanètes (lire ci-dessous). Mieux, certaines d’entre elles sont de taille et de température semblables à la Terre.

Evidemment, ces planètes ont été détectées grâce à des calculs, mais ne sont pas visibles. Dame! Elles tournent autour d’une petite étoile nommée Ultracool Dwarf (naine ultra-froide, en français!) ou encore TRAPPIST-1. Cette dernière luit, faiblement selon Didier Queloz, à 40 années-lumière de la Terre. Bien plus loin que Proxima du Centaure, l’étoile la plus proche de nous, qui ne se situe qu’à 4,2 années-lumière du Soleil, une distance tout de même respectable. «Imaginez: si les habitants d’une planète gravitant autour de TRAPPIST-1 pouvaient recevoir nos images, ils s’apprêteraient à visionner en direct les exploits des skieurs suisses… aux Jeux olympiques de Sapporo, il y a quarante ans», s’amuse l’astrophysicien.

Autour d’une petite étoile

Beaucoup plus sérieusement, cet événement fait l’effet d’un véritable tremblement de terre dans les milieux scientifiques. La NASA, l’agence spatiale américaine, tenait d’ailleurs une conférence de presse hier soir à son propos, et un article vient d’être publié dans la prestigieuse revue Nature. Or, cette découverte, on la doit à une équipe d‘astrophysiciens européens réunis dans le cadre du programme d’observation TRAPPIST. Celui-ci a été initié par Michaël Gillon, chercheur à l’institut STAR de l’Université de Liège, et Didier Queloz, professeur à l’Observatoire de la Faculté des sciences de l’Université de Genève (UNIGE) et à l’Université de Cambridge. L’ESO (Observatoire européen austral), l’Université de Berne et la NASA collaborent également à ces recherches.

Longtemps, les astrophysiciens ont délaissé les très petites étoiles, jugées trop peu brillantes. TRAPPIST-1 a en effet la taille de Jupiter. Mais c’est pourtant grâce à son observation, qui s’est réalisée dans le cadre d’un programme préliminaire au grand projet baptisé SPECULOOS, que l’équipe européenne a fait cette découverte «au-delà de toutes nos attentes», relève Didier Queloz. Car sur les sept petites planètes, trois sont situées dans la zone dite «habitable», donc susceptibles d’abriter la vie.

Etudier leur atmosphère

Mais sous quelle forme la verrait-on apparaître, cette vie? C’est là qu’intervient un instrument de dernière génération, gavé de technologie et actuellement en cours de finition: le télescope spatial James Webb. «Son lancement est prévu en 2018, s’enthousiasme de plus belle le scientifique genevois. Il sera envoyé derrière la Lune, à bord d’une fusée Ariane, et fonctionnera durant cinq à dix ans. L’idée est d’avoir une centaine d’exoplanètes à observer et comparer afin d’engranger un maximum d’informations.»

Il s’agira ainsi d’étudier, pour la première fois, l’atmosphère de ces planètes, repérer des traces d’eau, voire d’autres molécules. «Et donc, peut-être, d’y déceler de la vie, enchaîne Didier Queloz. Il s’agit là d’une étape majeure dans la recherche du vivant.»

Question de profane: la petite étoile TRAPPIST-1 luisant faiblement, les planètes qui gravitent autour ne risquent-elles pas d’être beaucoup trop glaciales pour abriter une vie quelconque? «Non, précise l’astrophysicien, car elles sont aussi beaucoup plus proches de leur soleil.» De quoi rêver…

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L'exoplanète, une découverte genevoise

La belle aventure des exoplanètes est intimement liée à la Cité de Calvin. Et elle dure depuis près de vingt-deux ans! C’est en effet en juillet 1995 que Michel Mayor, astrophysicien de l’Observatoire de Genève, et son assistant de l’époque, un certain… Didier Queloz, découvrent l’existence de la première exoplanète. Elle s’appellera dès lors 51 Pegasi b.

Pourquoi ce patronyme trivial? L’explication est assez simple. Lorsque les astrophysiciens découvrent une étoile, ils lui donnent un nom, le plus souvent en rapport avec la constellation qui l’abrite. Ainsi, 51 Pegasi est la 51e étoile repérée dans la constellation de Pégase. Le petit «b» indique qu’il s’agit d’une exoplanète et que c’est la première à avoir été découverte autour de l’étoile en question. Les suivantes s’appelleront donc 51 Pegasi c, d, et ainsi de suite.

Plus de 2000 exoplanètes – soit des planètes se trouvant en dehors de notre système solaire – ont été identifiées depuis 1995. Et les chercheurs genevois sont passés maîtres dans l’art de les traquer, puisqu’ils en ont découvert plus de 250. Mais comment font-ils pour les trouver? En effet, elles sont tellement éloignées de notre Terre, et de surcroît noyées par l’intense luminosité de leur étoile, qu’elles en deviennent totalement invisibles, même au télescope. Il n’y a pourtant pas là de quoi stopper la curiosité des scientifiques, qui ont imaginé des «outils» leur permettant de les déceler. Ainsi, l’observation minutieuse – et parfois très longue – d’une étoile donnée leur permet d’en déduire qu’une ou plusieurs exoplanètes gravitent autour. Les astrophysiciens guettent notamment la baisse de luminosité de l’étoile, qui peut être synonyme du passage d’un corps céleste devant elle, ou ses mouvements, car les corps célestes s’influencent entre eux.

De là à imaginer la vie sur ces exoplanètes, il y a encore un pas. Enorme! 51 Pegasi b est d’ailleurs, comme bien d’autres, une géante gazeuse (140 fois la masse de la Terre) impropre à toute forme de vie.

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