«Il y a une vie après la politique»

Au revoirDoris Leuthard tire le bilan de douze années au Conseil fédéral. Si elle ne dit rien sur son avenir, elle l’imagine déjà bien rempli.

Doris Leuthard remettra vendredi les clefs du DETEC à Simonetta Sommaruga.

Doris Leuthard remettra vendredi les clefs du DETEC à Simonetta Sommaruga. Image: Keystone

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Cette fois, elle n’a pas pleuré. À l’image d’une pop star qui n’en finit pas de revenir sur scène au gré des rappels, Doris Leuthard a fait ses adieux pour la troisième fois. Elle avait versé quelques larmes en annonçant son retrait, à la fin de septembre. Rebelote au début de décembre, au moment de prendre congé de l’Assemblée fédérale. Cette fois, la ministre n’a eu qu’un œil qui rit dans ce bar de la capitale où elle a invité les médias pour revenir sur ses douze ans au Conseil fédéral.

«J’ai dû recevoir une trentaine de demandes d’interview pour faire mon bilan, explique Doris Leuthard. Mais je préfère que l’on fasse cela ici, de façon décontractée. Vous pouvez commander ce que vous voulez. Ce n’est pas vraiment une conférence de presse.» Dans les faits, ça y a quand même beaucoup ressemblé. La salle était à peine suffisante pour contenir les journalistes venus en nombre pour poser leurs «dernières» questions à celle qui fut la femme forte du Conseil fédéral. Et sur les tables, plus de café et d’eau minérale que de vin.

Son discours portait d’ailleurs sur les médias et leur rôle important dans la démocratie. «À l’heure des fake news, un journalisme de qualité est essentiel, a-t-elle lancé. Et le bon journalisme a besoin de temps.» Avant de dire: «Merci pour ces années excitantes. Pour vous, ça continue, avec beaucoup de défis passionnants l’an prochain.»

Un clin d’œil à plusieurs titres. Sur le mode du «qui aime bien châtie bien», la ministre a toujours eu une relation particulière avec la presse. Dernièrement, elle avait taclé les médias. «Si on les critique et qu’on leur fait remarquer des erreurs, certains réagissent parfois de façon hypersensible.» Avant d’ajouter qu’ils allaient lui manquer. «Chaque conseiller fédéral est un peu vaniteux, et chacun se sent flatté lorsque les commentaires sont positifs.» À la voir rayonner et rire au gré des questions, on ne pouvait que lui donner raison.

Doris Leuthard fascine – et pas seulement les journalistes. La preuve? Une biographie de la conseillère fédérale est sortie lundi dans les librairies alémaniques. «J’ai été informée ce week-end en recevant un exemplaire, mais de mon côté, je n’ai pas l’intention de me mettre à écrire. Et si ça sort aujourd’hui, c’est sûrement à cause des fêtes de Noël», suppose la PDC.

Cette vie trépidante de conseillère fédérale va-t-elle lui manquer? «Naturellement. Mais je me réjouis aussi de ne plus être un personnage public. Je pense vraiment qu’il y a une vie après la politique. Une vie faite d’autres projets. Et je ne vais pas attendre six ou dix mois avant de me lancer dans autre chose.»

A-t-elle déjà des pistes? «J’ai reçu des propositions pour des mandats. Je dois encore les étudier de près. Mais pour le moment, je vais m’octroyer des vacances en janvier et réfléchir à tout cela en février.» Parmi les défis qui l’intéressent, elle cite sans surprise le changement climatique. «C’est le défi du siècle.» Avant de préciser: «Mais je ne veux plus d’une charge de travail aussi lourde que celle que j’ai maintenant. Je veux du temps pour lire, faire du sport, de la musique.» Et profiter des siens: «Ces dernières années, j’ai davantage vu mes collaborateurs que mon mari.»

Doris Leuthard pense également qu’elle restera fidèle à l’adage «servir et disparaître». Elle suivra les décisions du Conseil fédéral mais a promis de ne pas s’immiscer dans les affaires. «Mais si des collègues ont besoin d’un coup de main ou de mon carnet d’adresses, je resterai disponible pour un coup de fil ou un e-mail.»

Au moment de dire au revoir, elle cite les défis qu’elle a relevés: le tunnel de base du Gothard, les fonds routier et ferroviaire, et toute la stratégie énergétique. Elle avoue également être préoccupée. Par la polarisation politique, mais aussi par le défi climatique et le dossier européen. «Nos voisins disent toujours qu’ils vont nous aider, mais il y en a très peu qui le font vraiment.» Appelée à se positionner sur l’accord-cadre avec l’UE, elle a cette formule qui en dit long sur ses chances d’aboutir: «L’espoir meurt en dernier.»

Créé: 17.12.2018, 19h17

Les derniers coups de Doris Leuthard

Avant de remettre les clefs du DETEC à Sommaruga vendredi, Doris Leuthard a pris soin de vider ses tiroirs. Ainsi, lors de la dernière séance du Conseil fédéral, elle a fait passer l’âge pour apprendre à conduire à 17 ans. Une semaine plus tôt, l’Argovienne faisait adopter une révision de l’ordonnance sur l’énergie nucléaire, qui laisse un sursis à la centrale décriée de Beznau (AG). Et ce n’est pas tout. La ministre PDC a révélé un petit scoop lundi en annonçant qu’un fonds pour la digitalisation – son dada – était en discussion. Il serait réalisé sur le même concept que celui pour le rail ou la route.

Doris Leuthard n’a pas seulement réalisé quelques «coups» en Suisse, elle s’est aussi illustrée sur la scène internationale. Juste après le naufrage de la loi sur le CO2 au parlement, elle a plaidé pour des règles contraignantes pour la protection du climat à Katowice, lors de la COP 24. Et pour sa dernière semaine, elle continue sur les chapeaux de roues. Lundi, elle a signé un accord avec le Royaume-Uni sur l’aviation aérienne, afin que les règles restent les mêmes après le Brexit. Ce mardi, elle revêtira une de ses casquettes préférées, celle de «Madame Nouvelles Technologies». Entourée de plus de 50 organisations, elle présentera une feuille de route pour augmenter à 15% la part des véhicules électriques dans les nouvelles immatriculations d’ici à 2022. La mise en œuvre débutera en janvier. De quoi faire durer l’héritage Leuthard.

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