Viola Amherd: «Aucun système n’est garanti sûr à 100%»

ArméeLa conseillère fédérale veut investir dans les communications et la cyberdéfense. Malgré Crypto, elle ne renonce pas à acheter américain.

La cheffe du Département de la défense veut mettre la main au porte-monnaie pour que «l’armée reste opérationnelle en cas de crises et de cyberattaques».

La cheffe du Département de la défense veut mettre la main au porte-monnaie pour que «l’armée reste opérationnelle en cas de crises et de cyberattaques». Image: KEYSTONE

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La conseillère fédérale Viola Amherd a présenté jeudi sa liste d’emplettes pour l’armée en 2020. La facture soumise au parlement s’élève à 2,7 milliards de francs. Parmi ses trois priorités, la ministre compte moderniser les moyens de télécommunications, «pour que l’armée reste opérationnelle en cas de crises et de cyberattaques». Un montant de 600 millions de francs est prévu à cet effet. Une enveloppe de 837 millions doit par ailleurs servir à acheter du matériel pour la troupe. Là encore, la PDC l’a souligné: «Il y a notamment des moyens pour la cyberdéfense et la protection informatique.»

Investissements salués

Le fait que Viola Amherd mette l’accent sur le domaine cyber est globalement salué par les parlementaires. «Les investissements dans la cyberdéfense au sens large sont absolument indispensables, relève la conseillère nationale Jacqueline de Quattro (PLR/VD). Les hostilités militaires ne se passent plus comme au temps de grand-papa. Nous devons nous prémunir contre les nouvelles menaces.» Mais dans le contexte de l’affaire Crypto, cette entreprise installée en Suisse qui a servi de base arrière à une opération d’espionnage sans précédent des services de renseignement allemand et américain, la question de l’origine des fournisseurs des nouveaux systèmes se pose.

«L’affaire Crypto nous a rappelé la dure réalité: le matériel que nous achetons doit nous protéger et ne pas servir d’intermédiaire pour nous écouter ou nous affaiblir dans nos autres missions, dont la promotion de la paix, estime Jacqueline de Quattro. Il faut être vigilant dans nos achats. Mais à ce stade, sans connaître les conclusions de l’enquête sur Crypto, exclure un fournisseur d’un pays me semble prématuré.»

Viola Amherd assure qu’elle se montrera vigilante. «Lorsqu’on achète du matériel pour l’armée, on le contrôle toujours et on regarde si ces systèmes sont sécurisés, assure la conseillère fédérale. Ce sont les cryptologues de l’armée qui le font. Nous contrôlons ce qui peut l’être, mais on ne peut pas garantir une sécurité à 100%, que l’on achète en Chine, aux États-Unis ou en Europe.» Le commandant de l’armée, Thomas Süssli, précise: «Les tests que nous menons vont parfois très loin. Mais chaque appareil est différent. C’est pourquoi nous ne pouvons pas assurer une sécurité à 100%.» Et n’acheter que du matériel suisse n’est pas possible. «Aujourd’hui, il n’y a plus de produits avec uniquement des composants suisses.»

Ne pas se faire d’illusions

Pour le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU), il ne faut pas se faire d’illusions: «Quelqu’un a dit que nous sommes un «pays occidental neutre». Cela veut bien dire que nous sommes dans un camp. Dans ce sens, acheter israélien ou américain ne semble pas un problème pour nos autorités. Mais on sait ce qui nous attend ensuite.» Le socialiste ajoute: «Notre armée doit être capable de se défendre à l’interne. En revanche, il ne faut pas qu’elle soit surdimensionnée.» Il est ainsi beaucoup plus remonté contre l’investissement de 438 millions de francs prévu dans le message 2020 pour continuer d’utiliser les chars de grenadiers. «C’est une dépense inutile!»

Parmi les autres crédits demandés, 29 millions doivent servir à aménager la place d’armes de Chamblon, qui accueillera l’école d'hôpital aujourd’hui située à Moudon. Viola Amherd soumet aussi au parlement un plafond de dépenses pour la période 2021-2024 de 21,1 milliards. La somme doit servir à faire tourner l’armée et à l’équiper. C’est sur ce budget que seront pris 6 milliards pour acheter de nouveaux avions de combat, dès 2022, si le peuple l’accepte en septembre.

Créé: 20.02.2020, 19h45

«Pas de mon époque»

Affaire Crypto

Jeudi à Berne, les communicants entourant le chef de l’armée et la ministre Viola Amherd avaient un mot d’ordre: ne pas laisser poser de questions sur l’affaire Crypto.

Or le commandant de corps Thomas Süssli a été directement interpellé pendant la conférence de presse. Ce n’est pas un hasard. Il a été chef de la Base d’aide au commandement et du Centre des opérations électroniques, à savoir le lieu où travaillent les cryptologues de l’armée.

La question se pose: est-ce que ce centre a profité des écoutes menées par les services de renseignements américain et allemand avant ou pendant la période où il le chapeautait?

Signe de la nervosité ambiante, le porte-parole du Conseil fédéral, André Simonazzi, n’a pas laissé au haut gradé le temps d’ouvrir la bouche: «Ce n’est pas le thème de la conférence de presse.»

Thomas Süssli a en revanche répondu à nos questions après le point presse. «Il est vraiment important d’attendre les rapports de l’ancien juge Niklaus Oberholzer et de la Délégation des commissions de gestion. Seul le travail historique permettra de comprendre des faits qui remontent à loin», a-t-il dit.

Et d’ajouter: «Cela ne concerne pas mon époque au Centre des opérations électroniques.»

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