Le visage de la formation

UniversitésY a-t-il trop d’étudiants en sciences sociales? Aperçu de la réalité, entre répartition des élèves et marché du travail.

<b>Universitaires</b>. Les étudiants en sciences humaines et sociales représentent la plus forte proportion des élèves
en Suisse.

Universitaires. Les étudiants en sciences humaines et sociales représentent la plus forte proportion des élèves en Suisse. Image: Keystone

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Début mars, la proposition d’Adrian Amstutz d’instaurer un numerus clausus dans les facultés de sciences sociales a fait beaucoup de bruit. Plus de 45'000 étudiants en sciences humaines, c’est beaucoup trop, assure le président du groupe UDC sous la Coupole, qui regrette dans les colonnes de Blick que les universités suisses forment «bien trop de psychologues, d’anthropologues, de sociologues, d’historiens et de scientifiques culturels», d’autant plus à l’heure de la mise en application du vote du 9 février. Adrian Amstutz préconise, en plus d’une restriction des admissions dans ces facultés (avec pour ambition de les réduire de moitié), un renforcement des matières dures au niveau gymnasial.

Enseignants et étudiants crient au scandale, à la dictature, à l’atteinte à la liberté de choix de formation, un droit inscrit dans la Constitution. L’approche d’Adrian Amstutz est celle de la rationalité: ces étudiants-là ne trouvent pas de travail, leur formation est donc une perte d’argent et de temps, assure-t-il. Restreindre l’accès à ces formations leur rendrait ainsi également service.

Cette analyse est-elle fondée? Comment se répartissent les étudiants dans les facultés suisses? Comment sont-ils absorbés par le marché du travail? Tour d’horizon du paysage universitaire suisse.

Répartition des étudiants

Cette année, 238'000 étudiants fréquentent les universités et les Hautes Ecoles spécialisées (HES) suisses. Pour avoir une image de leur répartition dans les facultés, il faut prendre les chiffres plus détaillés de l’Office fédéral de la statistique (OFS), qui datent de l’année scolaire 2012-2013: il y avait alors 222'656 étudiants, dont 138'621 dans les universités.

Il est vrai que les étudiants en sciences humaines et sociales représentent la plus forte proportion – et de loin – des élèves. Ils étaient 43'870 à fréquenter cette filière cette année-là. Viennent ensuite les facultés des sciences exactes et naturelles (24'011), des sciences économiques (20'979), des sciences techniques (16'238), de droit (15'340), de médecine et de pharmacie (14 053). Quelque 41 030 étudiants sont engagés dans des filières interdisciplinaires et autres.

Les années 1990 ont été marquées par une forte croissance de l’intérêt pour le domaine d’études des sciences humaines et sociales (+36% entre 1992 et 2003, +48% de titres délivrés). Mais rassurons Adrian Amstutz: selon les pronostics établis par une étude de l’OFS, Scénarios 2014-2023 pour le système de formation, l’âge d’or du domaine est bel et bien révolu. Depuis 2004, la tendance s’est inversée. La filière devrait montrer la croissance la plus faible entre 2013 et 2023 (+3%).

L’intérêt des étudiants devrait se porter principalement sur les sciences techniques (95% de croissance entre 2003 et 2023), les sciences économiques (+56%) ainsi que les sciences exactes et naturelles (+54%).

Dans la même logique, on s’attend à une augmentation de 92% du nombre de diplômes délivrés sur la période 2003-2023 en sciences techniques, tandis que la proportion de jeunes gens à décrocher un titre en sciences humaines et sociales ne devrait progresser que de 17% d’ici à 2023.

«Avec une formation plus large que celle d’un médecin ou d’un avocat, par exemple, la période d’orientation est plus longue. Mais, au final,en comparaison avec les autres facultés, les étudiants en sciences humaines et sociales ne s’en sortent pas plus mal que les autres»
Alain Weiss, Coauteur d’une étude de l’OFS

Taux de chômage

Passons à présent à l’absorption de tous ces jeunes diplômés par le marché du travail. Une autre étude de l’OFS – Les personnes diplômées des Hautes Ecoles sur le marché du travail – a suivi pendant cinq ans l’évolution de personnes diplômées en 2008. De manière générale, le taux de chômage chez les diplômés des hautes écoles est faible. Il s’élevait en 2012 à 3,7%, soit en dessous de la moyenne nationale (4,4%). Ce taux diminue en outre fortement après quelques années d’expérience professionnelle: un an après l’obtention d’un master, 5,3% des personnes se retrouvaient au chômage. Quatre ans plus tard, en 2013, seuls 2,3% étaient sans emploi.

Le cliché de l’étudiant mal rasé, éternellement au chômage au sortir de longues années dédiées à la sociologie, a la vie dure. L’étude de l’OFS lui donne cependant tort. C’est vrai, la première année post-diplôme semble bien plus problématique pour les étudiants en sciences humaines et sociales que pour ceux issus des autres disciplines. Le taux de chômage de ceux qui ont obtenu leur master en 2008 s’élevait à 8,5% en 2009. La situation s’améliore toutefois nettement cinq ans plus tard: seuls 2,8% étaient toujours au chômage quatre ans plus tard. «Ces personnes-là ont effectivement besoin de davantage de temps pour s’insérer dans le monde du travail, explique l’un des auteurs de l’étude de l’OFS, Alain Weiss. C’est probablement dû au fait que leur voie est moins tracée que pour les autres. Avec une formation plus large que celle d’un médecin ou d’un avocat, par exemple, la période d’orientation est plus longue. Mais, au final, en comparaison avec les autres facultés, ils ne s’en sortent pas plus mal que les autres.»

Les branches présentant le plus fort taux de chômage cinq ans après l’obtention d’un master sont ainsi celles des sciences exactes et naturelles (mathématiques, physique ou encore biologie…), avec un taux de 3,8%. La catégorie «interdisciplinaire autres» arrive en deuxième position avec 3,4%.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

A l’inverse, les écoles de médecine et de pharmacie sont celles qui offrent la plus grande sécurité de l’emploi, avec un taux de chômage de 0,5%, suivies de la Faculté des sciences techniques (0,8%). S’ils ne sont pas les moins biens lotis face au risque de chômage, les diplômés des sciences humaines se retrouvent en re- vanche souvent à des postes qui ne sont pas en adéquation avec leur niveau de formation. L’étude de l’OFS constate que, cinq ans après l’obtention du diplôme, 63% des titulaires d’un bachelor en sciences humaines et sociales occupent un emploi adapté. Ce chiffre s’élève à 78% pour ceux possédant un master. En moyenne, ce taux s’élève à 65% et 85%. Une fois encore, les diplômés en médecine, en pharmacie (98%) et en droit (94%) arrivent loin devant.

Modèles d’admission

Le numerus clausus reste pour l’instant un système propre aux facultés de médecine. Il n’existe pas de loi uniforme régissant les modèles d’admission des facultés. Les universités fixent donc leurs propres règles.

Ainsi, Zurich a introduit il y a quelques années un test d’aptitude, en plus des examens habituels, pour les étudiants de première année. Ces derniers sont tenus de réussir ces évaluations au cours des deux semestres de la première année, sans quoi ils peuvent être priés de reconsidérer leur choix d’études en cours d’année. Le but est d’éviter une perte de temps et d’argent engrangé par les étudiants indécis ou mal informés sur leur filière. A l’Université de Zurich, la mesure ne concerne que quelques facultés, dont les sciences sociales et humaines. L’EPFZ et l’Université de Saint-Gall sont les seules Hautes Ecoles de Suisse à appliquer un tel système pour l’ensemble des formations bachelor.

Les universités romandes considèrent pour leur part que la maturité constitue un test d’aptitude suffisant pour entrer à l’université. Seule Fribourg a instauré, il y a une quinzaine d’années, un système d’orientation pour les élèves de première année. Ceux qui présentent des difficultés au cours du premier semestre sont vivement encouragés à revoir leur choix. Ces conseils ne représentent toutefois aucune obligation.

(24 heures)

Créé: 25.03.2015, 10h16

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