Visite contrastée de deux lieux de culte musulmans

Reportage La grande mosquée et une association islamique ont ouvert leurs portes dans le cadre de la semaine des religions.

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La plus grande mosquée de Suisse, celle du Petit-Saconnex, sunnite, et l’Association islamique et culturelle d’Ahl-el-Bayt, aux Acacias, chiite, ont ouvert samedi leurs portes au public. Cette tradition soutenue par les autorités genevoises depuis 2009, année de la votation sur les minarets, s’inscrit dans le cadre des 10 ans de la semaine des religions. Reportages contrastés.

Au Petit-Saconnex, la visite revêt un caractère particulier. La Fondation culturelle islamique de Genève est en crise. Deux imams français sont fichés S pour radicalisation par les renseignements de l’Hexagone. Tandis que le troisième, un Algérien, vient d’être licencié. Des fidèles dénoncent, sous forme de pétition, la mauvaise gestion de la fondation et son manque d’actions pour lutter contre la radicalisation. Dans ce contexte, son directeur général, Ahmed Beyari, a accepté de nous rencontrer tout en refusant une interview. L’ancien diplomate saoudien a préféré s’exprimer devant d’autres médias lors de cette journée portes ouvertes.

Une mosquée «très belle»

Parole donc aux visiteurs présents. Parmi eux, de nombreux parents accompagnent leurs enfants aux cours de langue arabe, comme chaque samedi. Amine, 50 ans, un imprimeur français, fait régulièrement les trajets depuis Bellegarde, parce qu’il a confiance dans cette mosquée. «Je viens récupérer mes filles, explique-t-il. Il y a bien des écoles près de chez moi, mais celle-ci est meilleure. En une année, j’ai vu les résultats.»

Les rires des garçons et des filles, avec ou sans foulards, résonnent dans la cour intérieure coiffée d’une verrière et pavée de marbre de Carrare. L’exposition de calligraphies et les pâtisseries orientales n’intéressent guère un couple venu spécialement du Valais pour prendre conseil auprès du secrétaire de la fondation. «Notre fils s’est converti il y a six mois. Il veut partir à Médine. On est inquiet, par rapport à beaucoup de choses», confie la maman, sans vouloir s’exprimer davantage.

Un groupe de cinq personnes se forme pour suivre une visite de la grande salle de prière recouverte de mosaïques. Béatrice, 56 ans, catholique non pratiquante, découvre le lieu de culte de son mari: «C’est le bâtiment qui m’intéresse. Cette mosquée est très belle.» Son époux, lui, exprime sa colère face aux articles de presse sur la fondation. Un autre fidèle enchaîne: «Je fréquente la mosquée depuis trente ans. Je la connais de A à Z. Pour moi, ça va bien.» La démarche de pétitionnaires musulmans le laisse sceptique. «Que veulent-ils faire? Quelles sont leurs compétences pour parler de ça?» questionne-t-il.

Un jeune homme tient à dire ce qu’il a sur le cœur. Abdelrahmane, 20 ans, en djellaba blanche, ne serre pas la main aux femmes, «par respect» pour elles. «On en a marre d’être pointé du doigt. J’ai mes pratiques orthodoxes. Je ne fais de mal à personne. On ne veut pas faire peur aux gens. Il faut arrêter de dire que la mosquée abrite des islamistes. Ces journées portes ouvertes montrent qu’on est ouvert au dialogue.»

«Créer un dialogue»

Aux Acacias, l’ouverture au dialogue s’exprime dès l’accueil, chaleureux et souriant. Dans cet appartement qui sert de lieu de culte, une pièce recouverte de tapis, de tentures et de rideaux accueille une cinquantaine de visiteurs qui se voient offrir, sur un plateau, du thé, de l’eau et des jus de fruits.

Azam et Faraj Nazy, un couple iranien d’une septantaine d’années, racontent «la honte» de leur fils lorsqu’il dit qu’il est musulman «parce que les gens pensent qu’être musulman, c’est être terroriste. Or, relève la dame, établie en Suisse depuis trente-six ans, les musulmans ne devraient jamais faire de mal. Il existe un seul Dieu pour tous.» Non loin, Michel, 74 ans, «protestant parpaillot» est venu «écouter en espérant créer un dialogue constructif. Mes amis musulmans sont malheureux, ils en veulent aux imams modérés de ne pas faire le ménage.» A côté, une ethnopsychiatre désire «mieux connaître et comprendre les milieux dont sont issus certains de [ses] patients».

«L’un des objectifs de notre association, qui est indépendante de tout gouvernement et ne vit que des cotisations, est de faire en sorte que nos jeunes puissent garder leur culture d’origine tout en se sentant bien en Suisse. Nous devons respecter les lois de la société où l’on a choisi de vivre», présente le président d’Ahl-el-Bayt, Vahid Khoshideh.

Un discours apprécié par Pierre Maudet. Invité par l’association pour s’exprimer sur les spiritualités et la citoyenneté, le conseiller d’Etat répondra, pendant une heure, aux questions du public, après avoir souligné l’importance pour l’Etat d’«entretenir un dialogue avec des communautés organisées». Expliquant son projet de loi sur la laïcité, le magistrat rappelle que cette dernière doit «permettre à chacun de se sentir bien dans l’espace public sans se sentir entravé dans sa pratique privée de la religion». Et de souligner: «On est d’abord citoyen, soumis à la loi civile. Puis on peut avoir une vie spirituelle. Les deux appartenances ne doivent pas s’opposer.»

Créé: 13.11.2016, 17h28

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Treize communautés musulmanes

A Genève, 13 communautés musulmanes sont recensées, appartenant à quatre courants différents de l’islam: ahmadisme, chiisme, soufisme et sunnisme. Le seul édifice religieux construit à ce jour est celui de la mosquée du Petit-Saconnex.

Une carte d’identité de chaque lieu figure sur le site Internet info-religions-geneve.ch. Ce site réalisé par le Centre intercantonal d’information sur les croyances recense au total
400 communautés religieuses et spirituelles, ainsi que 270 lieux de cultes dans le canton.

Genève figure parmi les agglomérations suisses qui comptent la plus grande diversité en termes de traditions et courants religieux.

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