Votation à haute tension sur les gens du voyage

Canton de BerneUn projet d’aire de transit de 36 places à plus de 3 millions de francs oppose l’UDC au reste des partis. Verdict des urnes le 9 février.

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Personne ne défend l’occupation sauvage de champs par les gens du voyage. Cela provoque la colère des paysans touchés, surcharge les maires des communes qui doivent jouer les médiateurs, et cette anarchie mécontente tout le monde. Roms, Yéniches et Sintis compris, eux qui demandent depuis longtemps à pouvoir bénéficier d’aires de transit aménagées afin de pouvoir vivre selon leur mode de vie nomade.

Voilà pourquoi le Canton de Berne a décidé de prendre le taureau par les cornes. Il a ficelé un projet d’aire de transit sur l’A1, entre Morat (FR) et Berne. Une aire de repos sur l’autoroute existe déjà à cet endroit. Elle sera agrandie pour créer 36 places, destinées à accueillir des caravanes. L’aménagement va coûter 3,3 millions de francs. Le Canton prendra aussi en charge les coûts d’un gardien pour gérer le lieu. Mais il compte peu ou prou rentrer dans ses frais grâce aux taxes de stationnement. Prudent, il n’exclut pas cependant des frais de fonctionnement à sa charge pouvant aller jusqu’à 60'000 francs par an.

Éviter le chaos

Les partisans du projet, qui vont de la gauche au PBD, applaudissent. «Les gens du voyage sont des gens comme nous, déclare le député bernois Christoph Zimmerli (PLR). Ils ont le droit de vivre dans notre beau pays. Voilà pourquoi ils doivent pouvoir parquer leurs caravanes sur des aires prévues à cet effet.» La conseillère nationale Verte Christine Badertscher estime que le nouveau site permettra d’éviter à l’avenir tout chaos quand de grands groupes de voyageurs se présentent.

Cette solution présentée comme pragmatique, et qui passe en votation le 9 février, ne convainc absolument pas les référendaires de l’UDC. Ils trouvent l’aménagement luxueux (90'000 francs par emplacement) et les frais de fonctionnement trop élevés. Et ils redoutent surtout l’effet «d’aimant» cantonal qu’entraînera le lieu, qui pourra accueillir 180 personnes. Une crainte qui est partagée à l’UDC loin à la ronde, même dans l’Oberland bernois. «Comme présidente de commune, je comprends que les habitants de Wileroltigen s’y opposent», s’exclame Madeleine Amstutz, cheffe de la commune de Sigriswil.

Clôture de 2m de haut

L’opposition résolue de la Commune de Wileroltigen, c’est la partie délicate qu’a dû traiter le Conseil d’État. Pour tenter d'apaiser les craintes, il a prévu d’entourer l’aire de transit d’une clôture de 2 mètres de haut, rendant impossible aux gens du voyage un accès direct au village. La seule façon d’arriver ou de quitter le site est donc de prendre l’autoroute.

Cette «mise en quarantaine» traduit bien la méfiance envers les gens du voyage. Même chez certains «partisans» du oui, il s’agit avant tout de régler «un problème». Le président des Sintis de Suisse, Fino Winter, s’en émeut. «La Suisse est notre pays. Mais le racisme a fortement augmenté. Nous le ressentons lors de nos déplacements.» La députée socialiste Sarah Schönenberger rappelle aussi que les Yéniches, Sintis et Roms sont des minorités protégées et qu’elles ont droit à des aires de stationnement.

À l’inverse, le conseiller national UDC Erich Hess refuse que l’argent des contribuables subventionne des gens du voyage venant de l’étranger. «Ces gens ne respectent souvent pas nos lois et laissent des montagnes de déchets et d’excréments après leur passage.»

Terre sacrifiée?

C’est dans cette ambiance un peu pesante qu’un député Vert, dont le parti soutient fermement le projet, a jeté un pavé dans la mare. Comme l’a révélé le journal «Der Bund», Michel Seiler s’oppose au crédit pour des raisons... écologiques. «Vu l’état de la planète, l’État ne doit pas sacrifier de terre agricole en faveur de groupements motorisés, d’où qu’ils viennent», dit-il en substance. Il estime que chacun doit repenser son mode de vie, les gens du voyage compris.

Le projet du Conseil d’État sera-t-il validé par la population? Si on regarde les forces politiques en présence, on pourrait penser que l’aire de stationnement passera comme une lettre à la poste. Mais rien n’est moins sûr. Un sondage de Tamedia (le groupe qui édite ce journal) a dévoilé que 57% des personnes interrogées disent non à une telle aire de transit alors que 38% seulement l’approuvent. Il pourrait donc se reproduire ce qui s’est passé avec le durcissement des conditions de naturalisation des étrangers. Cette initiative, lancée également par les Jeunes UDC, avait convaincu en 2013 une majorité de Bernois contre l’avis de tous les autres partis. Un résultat net qui avait même eu des répercussions au niveau fédéral.

Créé: 02.02.2020, 16h12

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