La votation sur l’immigration de l'UE démarre sur des couacs

Votation fédérale du 17 maiKeller-Sutter est seule au front, les ultimatums pleuvent et la rente-pont pour les travailleurs âgés prend l’eau.

«Il n’est pas utile d’avoir trois conseillers fédéraux au début et de perdre la votation», a souligné Karin Keller-Sutter

«Il n’est pas utile d’avoir trois conseillers fédéraux au début et de perdre la votation», a souligné Karin Keller-Sutter Image: Keystone

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La Suisse doit-elle mettre fin à la libre circulation des personnes avec l’Union européenne (UE)? Cette question cruciale sera tranchée par le peuple le 17 mai prochain. Les Suisses voteront sur l’initiative UDC, dite de «limitation». Ou de «résiliation» — tout dépend par quel bout de la lorgnette on regarde (lire l’encadré). Ce texte est rejeté par presque tous les partis, par les cantons et par les organisations patronales et syndicales. Le Conseil fédéral pourrait donc théoriquement s’enfoncer dans son fauteuil et fumer la pipe. Eh bien, pour l’ambiance lounge, il faudra repasser. À Berne, la tension est palpable. Et les couacs se succèdent, comme on l’a vu ce mardi lors du lancement officiel de la campagne par la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter (KKS).

Seule au front

Premier étonnement: le gouvernement n’est pas venu en force pour combattre l’initiative. Mardi à Berne, KKS est montée seule au front, flanquée du président de la Conférence des gouvernements cantonaux, le Saint-Gallois Benedikt Würth. La cheffe du Département de justice et police est certes responsable technique du dossier sur la libre circulation, mais l’enjeu de la votation dépasse de loin son département. L’absence d’Ignazio Cassis, chef des Affaires étrangères, est pour le moins curieuse. On se souvient qu’à la fin de 2013, trois conseillers fédéraux tenaient le crachoir pour torpiller la précédente initiative de l’UDC sur le contingentement des travailleurs européens. Ils répétaient en boucle combien la votation était importante, d’où leur présence massive.

Y a-t-il une démobilisation du Conseil fédéral? Karin Keller-Sutter dément et lâche: «Ce n’est pas le lancement de la campagne qui compte, mais le résultat final. Il n’est pas très utile d’avoir trois conseillers fédéraux au début et de perdre la votation à la fin.» C’est ce qui s’était passé le 9 février 2014 avec la votation contre l’immigration de masse, un souvenir douloureux pour les sept Sages. Mais KKS se montre cette fois optimiste. Elle note que le camp des partisans de la libre circulation est bien plus uni qu’en 2014.

Apaiser les craintes des travailleurs quinquagénaires

Malheureusement pour KKS, la division repart de plus belle. Mardi dans le «Blick», la présidente du PLR, Petra Gössi, a demandé au Conseil fédéral de fixer un ultimatum aux syndicats pour qu’ils acceptent un compromis sur l’accord-cadre avec l’UE. Haut-le-cœur du président du PS, Christian Levrat, qui accuse à son tour le PLR de jouer avec le feu en torpillant la rente-pont pour les chômeurs de 60 ans. Un projet auquel KKS tient. Elle y voit un moyen d’apaiser les craintes des travailleurs quinquagénaires face à la concurrence des jeunes travailleurs bon marché de l’UE. Mais le Parlement est en train de taillader méchamment ce projet.

Comme les «emmerdes» volent toujours en escadrille, KKS doit aussi éteindre le feu à propos de l’UE. Cette dernière a exigé péremptoirement à Davos que le Conseil fédéral approuve l’accord institutionnel dans les neuf jours suivant la votation du 17 mai. Keller-Sutter, qui connaît l’allergie des Suisses face aux ukases de l’étranger, déclare «qu’il n’est pas question de se laisser mettre sous pression». Elle fait cependant tout pour parler le moins possible de l’accord-cadre susceptible de déchirer son camp.

Des arguments forts

Dernier couac: le choix de KKS de venir à la conférence de presse avec le seul Benedikt Würth. L’homme est Saint-Gallois comme elle et a disserté pendant de longues minutes sur l’économie de son canton. C’est bien joli, mais les grosses tensions touchant les travailleurs étrangers concernent plutôt les cantons du Tessin et de Genève.

Le Conseil fédéral vole-t-il vers une nouvelle défaite dans les urnes? Pas forcément. KKS a martelé les arguments forts qui plaident pour la préservation des accords bilatéraux avec l’UE: une économie suisse florissante, un chômage au plus bas depuis vingt ans, une immigration européenne diminuée de moitié au fil des ans et des exportations massivement tournées vers les pays voisins. «L’initiative joue avec les places de travail et la prospérité suisse», avertit-elle. La campagne ne fait que commencer.

Créé: 12.02.2020, 06h44

Est-ce une initiative de limitation ou de résiliation?

Quelle version? Que se passera-t-il si les Suisses adoptent la proposition de l’UDC le 17 mai? Deux scénarios s’affrontent. Le vocabulaire utilisé par les uns et les autres les résume. Vous le verrez sur les affiches: l’UDC parle d’une initiative de limitation de l’immigration. Ses adversaires qualifient le texte d’initiative de résiliation. Quelle est la bonne version? Tout dépend du pari que l’on fait sur l’avenir. La nouvelle initiative de l’UDC veut que la Suisse règle de manière autonome l’immigration des étrangers. Comme en 2014 avec son texte «contre l’immigration de masse». Mais cette fois-ci, le parti se montre beaucoup plus clair sur la marche à suivre en cas de oui. C’est écrit dans les dispositions transitoires. Si l’initiative est acceptée, le Conseil fédéral aura un an pour négocier la fin de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Et s’il n’y arrive pas, il devra dénoncer le texte dans un délai de trente jours. Comme cet accord est lié à six autres par une clause guillotine, si l’un tombe, les autres – les accords sur les marchés publics, les obstacles techniques au commerce, l’agriculture, la recherche, le transport aérien et les transports terrestres – tombent aussi.

Vue de l’esprit Pour les adversaires de l’UDC, c’est une initiative de résiliation car ils sont persuadés que la négociation de la libre circulation est impossible. Ils rappellent qu’il s’agit de l’un des piliers fondamentaux de la construction européenne. EconomieSuisse met en garde: «L’acceptation de l’initiative signifierait la fin de la voie bilatérale avec l’UE.» Pour l’UDC, cette lecture est exagérée. «C’est une question d’optimisme ou de pessimisme, affirme le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE). Il y a un problème à résoudre: nous voulons reprendre le contrôle sur l’immigration. Dans un monde optimiste, on résout ce problème entre amis. Dans l’autre optique, on casse tout. Mais vu les intérêts en jeu, c’est une vue de l’esprit de penser que nos voisins directs seraient prêts à tout casser. Nous trouverions des solutions.»
Lise Bailat

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