Le vote électronique en Suisse a du plomb dans l'aile

Initiative populaireDes élus interpartis veulent tuer le e-voting, qui «sape les fondements de la démocratie». Une tuile de plus pour la Confédération.

Les initiants, issus de plusieurs partis allant du PS à l'UDC, veulent tirer la prise du vote électronique avec leur initiative populaire.

Les initiants, issus de plusieurs partis allant du PS à l'UDC, veulent tirer la prise du vote électronique avec leur initiative populaire. Image: Arthur Grosjean

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Cela sent de plus en plus mauvais pour l'introduction du vote électronique généralisé en Suisse. Un comité d'élus interpartis, qui va du PS à l'UDC, a lancé ce vendredi à Berne l'assaut contre ce troisième canal de vote, censé compléter le vote dans les urnes et par correspondance. Ils ont dévoilé le texte de leur initiative populaire qui exige un moratoire d'au moins cinq ans. Ils estiment le vote électronique «dangereux, cher et inutile».

«Le E-voting sape les fondements de la démocratie», affirme carrément le chef du groupe parlementaire des Verts Baltasar Glättli. Il cite un cryptologue américain Bruce Schneir qui affirme: «Les élections poursuivent deux objectifs. Un, le plus évident, est de choisir le vainqueur. Mais le second but est tout aussi important: convaincre le perdant. Si un système électoral n'est pas organisé de façon transparente, compréhensible et traçable, il échoue à satisfaire cet objectif».

«Perte de pouvoir des citoyens»

Pour les initiants, c'est bien là le problème majeur. Le vote électronique est une boîte noire aux mains de quelques informaticiens. «Les simples citoyens perdent le pouvoir de participer eux-mêmes au dépouillement et d'en contrôler le bon déroulement , faute de connaissances suffisantes en informatique», s'émeut l'ancien conseiller national PS Jean Christophe Schwaab. «Les simples citoyens sont privés de leur pouvoir sur ce qui est le coeur même d'une démocratie: les élections et les votations» (voir aussi notre interview de décembre 2018)

A-t-on affaire à un groupement de technophobes qui préfèrent le vote de grand-papa? Pas vraiment. À la présidence du comité d'initiative, on trouve le conseiller national UDC Franz Grüter, président du conseil d'administration d'un centre de stockage de données informatiques. Il connaît donc les risques du métier. Il rappelle les hackings qu'ont subi des entreprises suisses comme UBS ou RUAG et souligne que les grandes puissances cherchent de plus à infiltrer les systèmes de vote des pays étrangers. Nombre de pays, comme la France, l'Allemagne ou la Norvège ont renoncé au vote électronique. Et de conclure: «Nous sommes inquiets avec quelle insouciance et quelle naïveté on essaie d'introduire le vote électronique en Suisse».

Chancelier dans le collimateur

Sont particulièrement visés le Conseil fédéral et la Chancellerie, qui ont lancé une procédure de consultation. Le chancelier Walter Thurnherr est fustigé par les initiants pour son activisme alors qu'il avait promis de placer la sécurité comme priorité première. Ils ne comprennent pas cette précipitation d'autant plus que «le e-voting, comme on l'a vu entre autres à Genève, n'augmente par la participation des jeunes au scrutin», comme le relève Nicolas Rimoldi, un jeune PLR.

Le texte de l'initiative demande un moratoire minimum de 5 ans. Le parlement peut ensuite le lever si une percée technologique lui permette d'assurer la sécurité du vote. Mais les conditions sont drastiques puisque le processus de vote doit pouvoir être vérifié de bout en bout sans connaissances particulières. Un peu à l'image des scrutateurs qui recomptent les bulletins en cas de problème.

«La capitulation de Genève»

Le Conseil fédéral va devoir affronter un vent de plus en plus mauvais contre le vote électronique. Alors que la Chancellerie fédérale vantait les vertus de deux systèmes de vote en concurrence, celui de Genève et de la Poste, la foudre a frappé. Genève, faute de participation financière des autres cantons, a tiré la prise. Les initiants se félicitent de cette «capitulation», d'autant qu'elle avait été précédée par une faille de sécurité. Ils concentrent maintenant leurs tirs sur la Poste, qui a confié l'élaboration du système informatique de vote à une société espagnole. Et comme la Poste a déjà été affaiblie par «l'affaire Car Postal», on verra si elle tient le choc pour son système d'ores et déjà contesté.

Créé: 25.01.2019, 13h13

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