Les élus suisses jugent la France dans un état décadent

Elections françaisesMacron est qualifié «d’ectoplasme» ou de «valise vide». Fillon émerge comme le choix par défaut en dépit de ses casseroles.

«Ce qui me fascine, c’est ce lamento général sur le fait qu’on ne sait pas qui sera élu», Ada Marra, parti socialiste, Vaud.

«Ce qui me fascine, c’est ce lamento général sur le fait qu’on ne sait pas qui sera élu», Ada Marra, parti socialiste, Vaud. Image: PHILIPPE MAEDER -A

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Qu’est-ce qui frappe particulièrement les parlementaires suisses dans la présidentielle française? Pour qui voteraient-ils s’ils avaient le passeport français et que pensent-ils des candidats proposés? Voilà les questions que nous avons commencé à poser aux élus francophones siégeant au Parlement suisse à Berne.

Chaque jour, de nouveaux élus seront interrogés.


Dominique de Buman, parti démocrate-chrétien, Fribourg

Qu’est-ce qui vous fascine ou vous rebute dans l’élection présidentielle française?
Ce qui me rebute, c’est l’état de décadence de la politique française tous partis confondus. Il y a une ambiance de fin de République, avec toutes les affaires. Cela m’attriste car j’aime la France. La Suisse n’est pas parfaite, loin de là. Mais chez nous, il y a plus d’élections, plus de proportionnelle et surtout plus de votations populaires qui empêchent les élus de s’endormir et qui corrigent constamment le tir. C’est notre chance. En France, chaque candidat à la présidentielle chauffe ses troupes avec ses marottes. Mais il y a peu de débats contradictoires sur les sujets de fond vraiment importants: politique économique, d’urbanisme, d’intégration des étrangers, participation à l’Otan, etc. Le débat reste cloisonné. Pour qui voteriez-vous si vous étiez Français?
François Fillon, malgré toutes les bêtises qu’il a faites. C’est le seul qui a le format pour la présidence, qui a un programme avec les réformes nécessaires. Il a aussi montré suite aux affaires une capacité de résistance, voire de résilience, face à l’adversité médiatique. Or les Français ont besoin d’un capitaine dans la tempête. Mais je ne voterais pas pour lui de gaîté de coeur. En tant que centriste, je ne peux pas voter pour Macron. C’est une «valise vide» qui n’a pas de programme et qui n’aura pas de majorité parlementaire.


Ada Marra, parti socialiste, Vaud

Qu’est-ce qui vous fascine ou vous rebute dans l’élection présidentielle française?
On sait que le système politique est en bout de course. Mais ce qui me fascine, c’est ce lamento général sur le fait qu’on ne sait pas qui sera élu. Mais c’est la démocratie! Je ne comprends pas ceux qui estiment que tout devrait être plié avant une élection.

Pour qui voteriez-vous si vous étiez Français?
Mon coeur balance entre Hamon et Mélenchon. Je voterais d’abord pour le premier car il appartient à une aile du PS qui m’est proche, avec notamment la défense du revenu universel. C’est aussi le seul candidat qui parle du lien social. C’est bien, car en France il faut tout reconstruire. Cela ne va pas bien entre les classes sociales et sur le plan économique et politique. J’aime le côté tribun de Mélenchon. Mais il raconte des insanités sur la Syrie. Il sert trop la soupe à Assad alors qu’il pourrait se contenter de dire que c’est un interlocuteur incontournable. Macron? C’est un ectoplasme dont la seule cohérence est toujours d’affirmer tout et son contraire dans la même phrase.


Michaël Buffat, parti démocratique du centre, Vaud

Qu’est-ce qui vous fascine ou vous rebute dans l’élection présidentielle française?
Le fait que l’on parle plus des affaires que des programmes politiques.

Pour qui voteriez-vous si vous étiez Français?
Je ne sais vraiment pas pour qui je pourrais voter. Peut-être pour Fillon mais il a trop d’affaires qui lui collent à la peau. Les emplois en faveur de sa famille, les costards, cela fait beaucoup.


Olivier Feller, parti libéral radical, Vaud

Qu’est-ce qui vous fascine ou vous rebute dans l’élection présidentielle française?
«Ce qui me rebute, c’est la déliquescence des institutions politiques en France et des personnes qui les incarnent. Il y a un manque de droiture et de rigueur qui ne peut conduire qu’au mécontentement et au populisme. Je suis particulièrement ébranlé par l’affaire Fillon, un républicain de droite proche de mes idées. Il tranchait avec le style agité bling bling de Sarkozy. Il était posé, rigoureux et réfléchi. Mais être candidat à la présidentielle, ce n’est pas seulement présenter un programme. C’est aussi avoir un comportement personnel exemplaire. Ce qui n’a pas été le cas de François Fillon avec ses emplois en faveur de sa famille, les costumes reçus, etc.

Pour qui voteriez-vous si vous étiez Français?
«Au premier tour, je voterai blanc. Au second aussi, si je devais départager entre Le Pen et Mélenchon. Sinon au second tour, j’éliminerais le candidat d’extrême droite ou d’extrême gauche. Encore un mot sur Macron. On ne sait pas où il se positionne ni ce qu’il pense. Ce serait un excellent conseiller fédéral dans un gouvernement de coalition en Suisse. Mais il ne correspond pas aux institutions françaises. S’il est au second tour avec Fillon, je choisirais ce dernier compte tenu du système majoritaire en France. Fillon a un appareil de parti et des élus en France. Mais cela ne sera pas un bon quinquennat.


Carlo Sommaruga, conseiller national, parti socialiste, Genève

Qu’est-ce qui vous fascine ou vous rebute dans l’élection présidentielle française?
«Je trouve inquiétant que des candidats, comme Marine Le Pen ou François Fillon, fassent l’objet de procédures pénales et puissent faire campagne comme si de rien n’était. Cela rappelle les sombres heures de la politique italienne avec Silvio Berlusconi qui se présentait aux élections pour éviter des poursuites pénales.Tout cela jette le discrédit sur les institutions. L’autre chose que j’observe, c’est la fin du bipartisme en France et une aspiration au changement. Cela dit, la France reste dans un système politique de caste où les principaux candidats sortent des grandes Ecoles et/ou ont une longue carrière politique, voire d’apparatchiks, derrière eux. C’est différent en Suisse».

Pour qui voteriez-vous si vous étiez Français?
Pour Benoît Hamon car il propose un programme social démocrate pro européen mais en rupture avec la politique sociale libérale. En 2e choix, je voterais Mélenchon qui devra de toute façon s’appuyer sur le PS pour gouverner. Macron? Il vient de nulle part. C’est un produit de la banque qui s’inscrit dans une logique libérale, dont la campagne est celle d’une rock-star et et qui pourra difficilement compter sur une majorité à l’Assemblée».


Yves Nidegger, Union démocratique du centre, Genève

Qu’est-ce qui vous fascine ou vous rebute dans l’élection présidentielle française?
«La démocratie, jadis canalisée par les partis, est devenue sauvage. L’arrivée des primaires en France a fait apparaître l’isolement des états-majors par rapport à la base. Comme aux USA. Trump a d’abord été d’abord élu contre la volonté de l’appareil républicain. Le résultat? Aux USA, comme en France, nous avons beaucoup de candidats qui ne représentent qu’eux-mêmes. Avec toute la difficulté qu’il y aura pour eux d’avoir une majorité parlementaire. C’est une césure pour la démocratie. Macron n’a pas de parti, Mélenchon a récupéré les communistes, Le Pen n’aura que quelques sièges à l’Assemblée nationale, Fillon et Hamon sont lâchés par les leurs.

Pour qui voteriez-vous si vous étiez Français?
Je suis très heureux de ne pas devoir voter. Je ne saurais que faire. A la rigueur Fillon. Le Front national, lui, n’a pas un programme de gouvernement. Il faudrait 10 ans à Marine Le Pen pour que la France se remette de la sortie de l’euro. Or elle ne les a pas. Macron? C’est un peu un produit Facebook, vous savez ces gens dont on ne sait rien du profil à part ce qu’ils veulent bien montrer. Macron arrive de nulle part et va nulle part. Contrairement à Mélenchon qui lui a un programme communiste d’approche marxiste. Qui comprend la haine des classes.»


Frédéric Borloz, Parti libéral radical, Vaud

Qu’est-ce qui vous fascine ou vous rebute dans l’élection présidentielle française?
«Je déplore la surutilisation des sondages qui faussent le jeu politique et oriente le débat. Je constate aussi qu’il faut relativiser la portées des primaires, dont certains souhaitent s’inspirer en Suisse. Cela crée des tensions avec l’appareil du parti.»

Pour qui voteriez-vous si vous étiez Français?
«En tant que libéral radical, je suis naturellement attiré par François Fillon. Il propose un vrai programme politique. Emmanuel Macron, lui, a un programme qui évolue au fur et à mesure que les autres en parlent. Quant à Le Pen, non merci. Mélenchon est une personnalité sympathique mais pas son programme. (24 heures)

Créé: 19.04.2017, 13h49

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