«Faire voyager les élèves pour 5 fr., ce serait génial»

Camps scolairesUn forfait spécial sur le prix des transports afin de sauver les camps de ski et autres sorties de classe: l’idée fait son chemin à Berne

L’idée circule de faire bénéficier les sorties de classe des mêmes avantages que les militaires en service, dont les frais de transport sont pris en charge par l’État.

L’idée circule de faire bénéficier les sorties de classe des mêmes avantages que les militaires en service, dont les frais de transport sont pris en charge par l’État. Image: CHRIS BLASER

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Une menace plane sur les camps de ski et autres sorties de classe. Dans un arrêt de décembre 2017, le Tribunal fédéral conclut qu’il n’est plus possible de prélever une participation auprès des parents pour les activités scolaires, à l’exception des frais de nourriture. Sans cet apport financier, bon nombre de ces excursions pourraient disparaître. Cette situation émeut de nombreux élus à Berne, qui cherchent des solutions. La dernière en date: s’attaquer au prix des transports.

Derrière cette idée: Benjamin Roduit (PDC/VS). Le conseiller national connaît bien la situation. Cet enseignant a été recteur d’un collège à Sion. Dans une motion, il demande au Conseil fédéral de remplir un rôle de coordination auprès des transports publics et privés afin d’aboutir à des améliorations de l’offre ou des réductions de tarif pour les élèves dans le cadre spécifique des activités scolaires obligatoires.

«Le Conseil fédéral répète que la scolarité obligatoire est du domaine des cantons, mais sur ce point précis des transports, la base légale nationale existe, s’enthousiasme Benjamin Roduit. Je ne parle pas de subventions, mais on pourrait imaginer des solutions sur le modèle des militaires (lire ci-contre), ou des tarifs dégriffés aux heures creuses. Faire voyager les élèves pour 5 francs par jour, ce serait génial!» Il en appelle à la cohésion nationale. «Les cantons et les communes n’ont pas tous les mêmes capacités financières.»

Le Valaisan est appuyé par son groupe, mais pas seulement. Sa motion est cosignée par des élus socialistes et UDC, à l’image de Manfred Bühler (UDC/BE). «Mon soutien n’engage pas celui du parti, mais en tant qu’élu d’une région périphérique, je suis sensible à cette question des coûts des transports. Renoncer aux camps de ski serait dommageable pour un pays de neige comme la Suisse.» Philippe Nantermod (PLR/VS) ne fait pas partie des cosignataires, mais peut «tout à fait imaginer soutenir ce projet».

Sensibilité du parlement

Ces voix favorables, tant à droite qu’à gauche, laissent envisager une majorité en plénum. D’autant plus qu’il existe une sensibilité au parlement pour ce thème. Ainsi le postulat de Duri Campell (PBD/GR), qui demande d’étudier les possibilités de soutien de la Confédération pour les camps sportifs obligatoires des écoles, a été plébiscité jeudi.

Pour la question des transports, des contacts ont également été pris avec la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). Le porte-parole n’infirme ni ne confirme cette information. «La CDIP n’a pas d’avis sur cette question», réagit Michel Rohrbach, qui précise toutefois que «les coûts de transport constituent une charge importante» de ces sorties. Cesla Amarelle, conseillère d’État vaudoise et membre du comité de la CDIP, est plus prolixe. «Nous sommes attachés au statu quo, qui ne provoquait jusqu’à présent pour ainsi dire aucune contestation de la part des parents. Après l’arrêt du TF, toute proposition visant à limiter les conséquences de cette jurisprudence mérite d’être discutée. Si la Confédération veut contribuer aux frais de transport des élèves, ce geste sera bienvenu.»

Financement crucial

Reste à convaincre les entreprises de transport. Benjamin Roduit se félicite d’avoir le soutien de Martin Candinas (PDC/GR). Le conseiller national est aussi président de la LITRA, association qui regroupe tous les acteurs liés de près ou de loin aux transports publics. Ce dernier réagit avec prudence. «Je soutiens d’abord cette motion en tant qu’élu grison et vice-président du groupement des régions de montagne», précise-t-il. Il reconnaît toutefois qu’un tel projet pourrait être gagnant-gagnant pour les transporteurs. «Il vaut mieux avoir plus de voyageurs qui paient moins que pas de voyageurs du tout.»

Le nerf de la guerre sera à nouveau le financement. La réaction de l’Union des transports publics (UTP) est assez claire à ce sujet. «Il n’y a aucune raison de s’opposer à une table ronde sur ce thème, écrit Roger Baumann, porte-parole de l’UTP. Si nous sommes invités, nous y participerons.» Mais il renvoie le paquet à son expéditeur. «Il est clair que le financement du manque à gagner devrait être à la charge des communes et des cantons.»

Créé: 09.06.2018, 13h40

Pour les militaires, un cadeau à 44 millions

Faire voyager les élèves à un tarif préférentiel dans tout le pays, l’idée n’est pas vraiment révolutionnaire. Cette situation, les militaires la connaissent
déjà. Ils peuvent circuler «gratuitement» sur le réseau des compagnies de chemin de fer, de cars, de trams ou même de bateaux. Pour ces soldats ou gradés, l’ordre de marche devient un abonnement général limité à la période de service. Cette prestation est offerte
par la Confédération depuis le 1er janvier 2000. Son coût? 44,7 millions de francs, selon les chiffres de 2017. Sachant que l’an passé, un peu plus de 5,5 millions de jours de service ont été accomplis. «Ce montant représente un investissement d’un peu plus de 8 francs par militaire par jour de service», calcule Delphine Allemand, porte-parole de l’armée.

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