Yannick Buttet actionne le parachute médical

HarcèlementLe vice-président du PDC démissionne de sa fonction, suspend ses mandats politiques et annonce vouloir soigner son problème d’alcool. Certains élus crient au scandale, d’autres le défendent.

Le conseiller national, photographié ici en 2014, s’est mis en congé parlementaire pour soigner son addiction à l’alcool.

Le conseiller national, photographié ici en 2014, s’est mis en congé parlementaire pour soigner son addiction à l’alcool. Image: KEYSTONE

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Yannick Buttet est en congé maladie. Le vice-président du PDC ne s’est pas présenté lundi matin devant la présidence de son parti, l’organe dirigeant qui l’attendait de pied ferme pour statuer sur son sort. Le conseiller national a préféré actionner le parachute médical et se mettre en retrait. Il a fait savoir par lettre de son avocat qu’il démissionnait de la vice-présidence et qu’il suspendait sine die ses mandats politiques. On ne le verra donc plus siéger comme conseiller national lors de la session parlementaire en cours à Berne. On ne le verra plus ces prochains temps présider la commune de Collombey-Muraz en Valais (lire encadré).


A lire l'édito: Le PDC doit dire à Buttet de se retirer

La lettre de Yannick Buttet commence par ces mots: «Je tiens à apporter mes profondes excuses à mon épouse, à ma famille et aux personnes qui ont été blessées par mon comportement inapproprié, y compris mes collègues du parti.» Le parlementaire valaisan, accusé de harcèlement, annonce qu’il va suivre un traitement médical pour maîtriser sa consommation d’alcool. «Après mon rétablissement, je discuterai avec mon parti cantonal de la poursuite de mon mandat de conseiller national.»

Avec son parti cantonal donc, et pas forcément avec le parti national. Le PDC Suisse va-t-il accepter cette situation embarrassante alors que la conseillère fédérale Doris Leuthard et le président Gerhard Pfister répètent sur tous les tons que le comportement de Buttet est «inacceptable»? Assiégé par les médias dans la salle des pas perdus, le président Pfister évite une fois encore de trancher. La semaine dernière, il affirmait ne pas vouloir prendre seul une décision. Lundi, il déclarait qu’il ne pouvait pas arrêter une position tant que la présidence n’a pas entendu le principal intéressé. Quand on le questionne sur le dégât d’image pour son parti, il répond un brin excédé: «Vous croyez que je suis content d’une telle affaire?»

Au PDC, l’affaire divise. Il y a ceux qui, comme Élisabeth Schneider-Schneiter, demandent ouvertement le départ de Buttet du National. D’autres veulent temporiser en attendant une clarification des faits et une décision de justice. puisqu’une plainte pénale pour harcèlement a été déposée en Valais. Et enfin il y a ceux qui, sans absoudre Buttet, estiment qu’il peut conserver son mandat. C’est le cas de Claude Béglé (VD), qui explique sur Facebook: «L’homme, tel que je l’ai connu, m’est apparu en général comme un chic type et un homme compétent. On ne peut que regretter la chasse à courre à laquelle certains se livrent. Il est si facile de crier avec les loups.»

Avis diamétralement opposé et sec du conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE): «Buttet fait preuve de lâcheté. Il essaie de se poser lui-même en victime de l’alcool alors que son comportement avec les femmes est inadmissible.» Pour lui, il n’y a pas à tergiverser: Buttet doit démissionner de son mandat de conseiller national. «Si son parti ne le pousse pas vers la sortie, il le traînera comme le sparadrap du capitaine Haddock jusqu’aux prochaines élections fédérales.»

Isabelle Chevalley (Verts’lib/VD) est tout aussi remontée: «Le problème, c’est que Buttet n’a toujours pas compris la gravité de sa faute. Il se fait passer pour un «gros lourd». Mais ce n’est pas le cas. Des «gros lourds», j’en connais à l’UDC. Ce sont des élus qui racontent des blagues sur les femmes en se croyant drôles. C’est un peu lourd mais ce n’est pas pénal. Buttet, lui, et il le sait très bien parce qu’il y a eu des témoins qui se sont interposés, a eu des gestes totalement déplacés envers des femmes. Il a été trop loin.» Pour elle, une suspension ne suffit pas. «Il doit s’excuser, reconnaître la gravité de sa faute et l’attester en remettant son mandat. C’est seulement ainsi que la page pourra être tournée.»

Nombre de parlementaires ne souhaitaient pas s’exprimer sur l’affaire Buttet. C’est le cas par exemple du vice-président du PLR, Christian Lüscher, ou de la conseillère aux États Liliane Maury Pasquier (PS/GE).

«J’ai honte de certaines femmes»

Il y a une femme à droite qui a un avis très tranché et à contre-courant de ce qu’on entend habituellement sous la Coupole fédérale. C’est la conseillère nationale Yvette Estermann (UDC/LU): «Un parlementaire est élu par le peuple pour quatre ans. C’est à Buttet seul de décider s’il veut démissionner ou non. Vous savez quoi? J’ai honte du comportement de certaines femmes. De voir comment elles exagèrent le moindre geste des hommes à leur égard. Si un homme franchit la ligne rouge, vous lui mettez un coup de genou entre les jambes ou vous lui dites clairement que cela ne va pas. Là, on a des femmes qui ne disent et ne font rien, et vont raconter ensuite anonymement qu’elles ont subi des gestes déplacés. Elles font du tort aux vraies victimes de harcèlement sexuel.»

Pour la conseillère aux États Anne Seydoux-Christe (PDC/JU), les choses ne sont pas si simples: «Face à un harcèlement sexuel, il y a des femmes qui ont un bon bagout et qui réagissent tout de suite. D’autres sont bloquées.» En tant que membre de la présidence du PDC, elle souhaite en tout cas entendre le plus rapidement possible Yannick Buttet: «Je suis contente qu’il soit pris en charge au niveau médical. Il en a besoin.» Elle tient cependant à rappeler ceci: «Ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est que le harcèlement sexuel n’est pas seulement toucher quelqu’un contre sa volonté. Cela se traduit déjà par des propos obscènes ou sexistes. Le harcèlement se définit aussi par rapport au ressenti de la victime et non par rapport à l’intention de l’auteur.» (24 heures)

Créé: 04.12.2017, 20h53

«Sa force politique manquera à la région»

«Yannick m’a prévenu en primeur ce matin (ndlr: lundi) pour me faire part de sa décision de se retirer durant deux mois de la présidence de notre commune. J’ai été surpris», annonce Olivier Turin, vice-président de Collombey-Muraz. Les six membres restants du Conseil communal (Exécutif) se réuniront jeudi pour répartir le dicastère de Yannick Buttet, l’administration générale et les finances. «Vraisemblablement, c’est moi qui vais les gérer. Ce ne sera pas forcément simple de suppléer le président. Yannick est une personne compétente, très présente, populaire», avance Olivier Turin.

Son de cloche assez proche chez son collègue de l’Exécutif Alexis Turin (PLR): «C’est une tronche avec qui j’aime croiser le fer politique, une forte personnalité. Son retrait m’étonne un peu, mais c’est tout à son honneur de se distancier et de suivre un traitement. Au sein de l’Exécutif, ça nous prend un peu de court, mais nous allons nous serrer deux fois plus les coudes pour continuer d’assurer une bonne gestion communale.»

Dans la rue, au café ou dans les commerces, le Chablaisien valaisan volontiers disert, se fait plus discret. «Yannick Buttet est un homme intègre, qui travaille ardemment pour le bien de ses concitoyens. Je n’en dirai pas plus», glisse quand même un retraité croisé dans l’artère centrale de Collombey. Prudente au départ, une dame s’enhardit: «Je le connais depuis plus de vingt ans. C’est un excellent président qui a fait beaucoup pour nous. J’espère que son absence n’est que temporaire et qu’il nous reviendra vite.»

Dans le bourg de Muraz, où le président réside, la méfiance est aussi de mise. «On ne souhaite pas trop en parler publiquement. Il y a assez d’acharnement médiatique. En revanche, il fait bien de se retirer provisoirement. C’est sans doute mieux pour lui.» Dans le même commerce, Jean-Daniel Nicolet, habitant de Vouvry, estime que ce désistement du président «qui a une aura et un poids politique importants» est un «coup dur pour la commune, et peut-être encore plus pour toute notre région du Chablais valaisan». Christophe Boillat

L’armée retire son arme de service au lieutenant-colonel

Lieutenant-colonel, Yannick Buttet doit rendre son arme de service. Jusqu’à ce que l’affaire dont il est l’objet trouve une issue, il ne sera plus convoqué à des cours de répétition à la tête de son bataillon de 600 à 700 hommes. Yannick Buttet est suspendu jusqu’à nouvel ordre et il doit rendre son arme de service. Il a assuré qu’il déposera lui-même à l’arsenal son pistolet d’ordonnance, a dit lundi à l’ats le porte-parole de l’armée Daniel Reist confirmant une information du 19 h 30 de la RTS. Ce sont des mesures préventives et provisoires standards qui s’appliquent à tout militaire dans de telles circonstances. La restitution de l’arme de service a pour objectif sa propre sécurité et celle de tiers. Pour l’heure, tout est suspendu, mais on ne préjuge de rien. L’état-major de conduite de l’armée prendra de nouvelles décisions une fois les enquêtes bouclées et une issue à l’affaire trouvée. En tant que lieutenant-colonel, Yannick Buttet accomplit entre 60 et 70 jours de service par an, dont quatre semaines de cours de répétition avec sa troupe. ATS

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