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Mesures anti-CovidSur la plaine, les commerçants ont crié leur désespoir

Une manifestation organisée par les cafetiers-restaurateurs a réuni 600 personnes jeudi après-midi.

Georges Cabrera

Certains sont venus coiffés d’une toque de pâtissier, d’autres de leur veste de cuisinier, presque tous une pancarte à la main. Quelque 600 personnes se sont réunies jeudi après-midi pour exprimer leur colère face aux mesures anti-Covid instaurées par le Conseil d’État. Parmi elles, beaucoup de cafetiers-restaurateurs, soumis à l’obligation de fermeture depuis le 1er novembre, mais aussi des artisans, des responsables de salles de sport ou encore des étudiants.

Organisatrice de la manifestation, la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève, représentée par son président Laurent Terlinchamp, a martelé que les aides actuelles ne suffisaient pas. «Quelque 800 commerces ont trouvé un accord avec leur propriétaire, 700 bénéficient de l’exonération de la Ville de Genève (ndlr: qui reconduit la mesure en décembre). Mais 15’000 entreprises n’ont pas trouvé de solution!» Mardi, celle-ci a envoyé une lettre au Conseil d’Etat, avertissant que sans réouverture, les membres de l’association désobéiront aux règles. «Comme toute réponse, nous avons reçu des menaces au cas où nous nous rebellerions.»

Deux mois cruciaux

Pour l’association faîtière, ne pas rouvrir avant le 15 décembre serait dévastateur pour les cafés et restaurants, qui comptent notamment sur les dîners d’entreprise de fin d’année. «Les mois de novembre et de décembre représentent 25 à 30% de notre chiffre d’affaires et nous permettent de tenir les premiers mois de l’année, précise Laurent Terlinchamp. S’il n’y a pas davantage d’aides réelles, à fonds perdu, dans les prochaines semaines, nous sommes morts!»

La Nouvelle organisation des entrepreneurs (NODE) a elle aussi lancé un appel au secours. «Le Conseil d’État a oublié ce qu’est l’entrepreneuriat. Les trams sont bondés, mais on ferme les commerces qui respectent les mesures, alors même que les aides ne sont pas suffisantes. Ce n’est pas normal.» Une colère qu’a aussi exprimée Béatrice Berthet, présidente des intérêts de la Cité sarde. «À la sortie du semi-confinement, le petit commerce carougeois s’est montré exemplaire, a effectué un énorme travail de prévention auprès de ses clients. Nous ne nous sentons pas écoutés.» Représentant des commerces de la gare et de l’aéroport, Sébastien Poulet a rappelé que les loyers engloutissaient une très grande partie de leur chiffre d’affaires. «Nous souffrons, très fortement.»

Patrons et employés

Dans le public, on trouve des petits patrons, mais aussi des employés. Romain, par exemple, est venu soutenir son chef. «Je suis barman aux Pâquis, et je veux recommencer à travailler, que la vie reprenne comme avant! Ces moments de partage avec tout le monde me manquent.» Des étudiants de l’École hôtelière ont aussi fait le déplacement. «Nous sommes venus avec une délégation d’une vingtaine de personnes, pour soutenir les restaurants qui offrent des places de stage à nos étudiants et, plus tard, des jobs», explique Alain. Coiffeur dans le Vieux-Carouge, Julien pourra rouvrir samedi. «Mais je suis venu par solidarité. Mon meilleur ami a un restaurant à Veyrier. Je suis là pour ces commerçants qui sont mes voisins.»

Le gros des manifestants sont en effet des chefs d’entreprise, qui relatent une vraie souffrance. «Économique, mais aussi psychologique», nous dit Géraldine, restauratrice. Anthony, tenancier lui aussi, ne remet pas en cause les restrictions du Conseil d’État. «Mais il n’y a pas assez d’aides. Il faut que le gouvernement assume ses décisions, sans quoi nous ferons tous faillite.» Le président de leur association faîtière lui-même est dépité. «J’ai 60 ans. C’est quarante ans de travail que je suis en train de perdre.» Plus jeune, Julien tient deux établissements aujourd’hui fermés et emploie 13 personnes. «J’ai besoin de travailler. Il faut que le Conseil d’État l’entende. Les autres discours prononcés aujourd’hui, par contre, ne sont pas forcément les miens.»

En effet, parmi les intervenants de la manifestation se trouvaient également l’anthropologue Jean-Dominique Michel et la blogueuse égérie des coronasceptiques Ema Krusi, qui s’en sont violemment pris au Conseil d’État et à ses mesures. Pourquoi avoir mis ces interlocuteurs au programme? «Ce n’est pas parce qu’on ne suit pas les idées bien-pensantes qu’on est complotiste, chacun peut avoir son avis», répond Laurent Terlinchamp.

La réouverture des commerces est soutenue par plusieurs organisations faîtières, dont la Chambre genevoise de commerce, d’industrie et des services (CCIG). « Cette fermeture est injustifiée, estime Vincent Subilia, son directeur général. L’ouverture devrait être autorisée dans le respect des normes sanitaires. Il s’agit d’une situation d’urgence à laquelle nous apportons tout notre soutien. »

Encadrée par la police, la manifestation s’est déroulée dans le calme et a pris fin à 17 h. Quatre contraventions ont été dressées pour non-port du masque.

44 commentaires
    ..

    suis à l'aéroport de ZH tous les magasins sont ouverts, aéroport plein à craquer tandis que l'aéroport de Genève vide. On appauvrit d'un côté et on s'enrichit de l'autre, deux poids deux mesures ??