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Sur l'alpage, le «bouèbe» doit se professionnaliser

Marie-Danielle Luisier accueillera durant un mois les diplômants à Rossinière.
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«On a eu de tout. Des jeunes adroits qui s'en sortent du premier coup et d'autres à qui on explique les gestes des dizaines de fois, mais ne sont pas faits pour ça.» Producteur de L'Étivaz et président de cette coopérative, Henri-Daniel Raynaud a régulièrement dû engager du personnel pour l'épauler sur ses alpages. Entre la gestion des herbages, les soins au bétail, la fabrication du fromage et une paperasse toujours plus abondante, ses journées sont bien remplies. «Savoir qu'on peut compter sur quelqu'un de dégourdi et qui a des bases dans ce métier permet de se consacrer à d'autres tâches», estime le Damounais.

Son cas n'est pas isolé et le Service vaudois de l'agriculture et de la viticulture le sait. Ce dernier lancera ce printemps, avec l'école Agrilogie de Grange-Verney, un nouveau diplôme en «conduite d'alpage». La formation dispensée prévoit deux semaines de cours théoriques. Et, surtout, trois mois de travail à l'alpage. «L'objectif est de permettre aux diplômants de se familiariser avec tout ce qui touche à la production fromagère, explique Christian Pidoux, directeur de l'enseignement agricole vaudois. La réussite d'une saison se mesure à la quantité mais surtout à la qualité du fromage. Pour qu'elle soit au rendez-vous, l'exploitant doit pouvoir compter sur un personnel qualifié, aujourd'hui dur à trouver.»

L'alpage de Mont-Dessous, à Rossinière, servira de laboratoire lors du premier mois de formation pratique. Marie-Danielle Luisier qui y estive son troupeau de chèvres le constate: «L'entretien du bétail et l'hygiène ont des conséquences directes sur la qualité du fromage. La main-d'œuvre non qualifiée n'en a pas forcément toujours conscience. Pour moi, ce n'est pas toujours évident de faire confiance à une tierce personne pour soigner les animaux. Les participants auront des ateliers sur l'hygiène, les normes légales, l'alimentation du bétail, la fabrication…»

«Travailler en confiance»

À l'arrivée, les niveaux des diplômés devraient toutefois être variés: «Cette formation est ouverte à nos apprentis de 3e année, qui possèdent déjà une base solide. Mais aussi à tout un chacun qui souhaiterait travailler à l'alpage», détaille Christian Pidoux. Pour ce faire, le coût de ce diplôme, ouvert cette année à douze personnes, reste volontairement accessible: 800 francs. Cheville ouvrière de ce nouveau diplôme et propriétaire de l'alpage de Mont-Dessous, Charlotte Landolt-Nardin s'en réjouit: «C'est important d'ouvrir cette formation à un large public. Ces alpages constituent un pan de patrimoine. Encourager et donner les moyens à d'autres que des agriculteurs de les exploiter est un bon moyen de le maintenir et le faire vivre.»

Si Henri-Daniel Raynaud salue l'initiative, il s'interroge: «Quel salaire demanderont ces diplômés? Est-ce qu'on pourra les payer?» À Leysin, Stefan Perreten a décidé d'engager un employé à 100% pour l'été à venir. «Nous avons un projet d'agrandissement; j'ai besoin d'y consacrer du temps.» Le chevrier n'était pas au courant de la création de ce diplôme mais s'en réjouit: «Je pourrais engager des civilistes, par exemple, mais ça demanderait beaucoup de temps et d'énergie pour les former. Je préfère payer un salaire un peu plus élevé et travailler en confiance.»