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AboNouveaux interdits en Afghanistan
«Tant qu’il y a des talibans, il n’y a pas d’espoir»

Le 29 juillet dernier, dans la province d’Hérat, les talibans ont brûlé des instruments de musique sur ordre du Ministère afghan de la promotion de la vertu et de la prévention du vice.
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Après les femmes, les artistes. Quelques jours à peine après avoir ordonné la fermeture définitive de tous les instituts de beauté du pays, les talibans, qui interdisent depuis deux ans de chanter et de jouer dans l’espace public, ont brûlé des dizaines d’instruments de musique dans la province d’Hérat. En cause, leur aspect «immoral». Guitare, harmonium, tabla, mais aussi amplificateurs et haut-parleurs confisqués dans des salles de mariage sont ainsi partis en fumée ce week-end.

«La promotion de la musique entraîne une corruption morale et le fait de jouer de la musique égare les jeunes.»

Aziz al-Rahman al-Muhajir, responsable de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice de la région d’Hérat

«La promotion de la musique entraîne une corruption morale et le fait de jouer de la musique égare les jeunes», a décrété Aziz al-Rahman al-Muhajir, responsable de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice de la région. Comme lors de leur premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001, les nouveaux maîtres de Kaboul ne cessent d’imposer des lois pour faire respecter leur vision obscurantiste de l’islam et priver le peuple afghan de toute liberté.

«Génocide culturel»

Pour Ahmad Sarmast, fondateur de l’Institut national de musique d’Afghanistan (ANIM) réfugié au Portugal, «l’incendie d’instruments de musique n’est qu’un petit exemple du génocide culturel qui se déroule en Afghanistan sous la direction des talibans». Cet ethnomusicologue qui s’exprimait lundi sur la BBC a fui son pays il y a bientôt deux ans. «Nous qui sommes partis le jour où ils ont pris le pouvoir, nous voyons clairement que ce sont les mêmes personnes, les mêmes dirigeants, la même mentalité, la même cruauté et la même ignorance [que les talibans au pouvoir entre 1996 et 2001]», expliquait-il peu après son arrivée en Europe.

«Nous voyons clairement que ce sont les mêmes personnes, les mêmes dirigeants, la même mentalité, la même cruauté et la même ignorance.»

Ahmad Sarmast, fondateur de l’Institut national de musique d’Afghanistan (ANIM)

Dans les années 90, les talibans avaient banni la musique, la télévision, le cinéma, la radio, le théâtre et la danse. Même la pratique du cerf-volant avait été interdite sous prétexte qu’elle détournait les jeunes hommes de leurs obligations religieuses. Leur retour au gouvernement en 2021 a donc poussé de nombreux artistes à s’exiler de peur d’être arrêtés ou assassinés comme le chanteur Fawad Andarabi, froidement exécuté d’une balle dans la tête quinze jours après leur prise de pouvoir.

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Silence assourdissant

«Cette descente aux enfers était prévue», se désole Maryam Yunus Ebener, conseillère administrative d’Onex née à Kaboul. «Je les ai connus en 1998, ce sont les mêmes aujourd’hui. Tant qu’il y a des talibans, il n’y a pas d’espoir», estime cette professeur d’histoire au Collège Voltaire de Genève qui ne s’est jamais fait la moindre illusion sur ces «nouveaux» fondamentalistes. «C’est une erreur de penser qu’ils ont évolué», souligne-t-elle en dénonçant l’inaction, voire la complaisance de certains Occidentaux vis-à-vis des maîtres de Kaboul au nom du respect de la différence culturelle. «Quand la liberté d’un être humain est menacée, il faut s’y opposer fermement et systématiquement, quelle que soit la culture.»

«Quand la liberté d’un être humain est menacée, il faut s’y opposer fermement et systématiquement, quelle que soit la culture.»

Maryam Yunus Ebener, conseillère administrative d’Onex née à Kaboul

Le 16 août 2021, les images de milliers d’Afghans rassemblés sur le tarmac de l’aéroport de Kaboul dans l’espoir d’échapper aux islamistes avaient fait le tour du monde. Celles des jeunes gens tentant de s’accrocher aux roues et aux flancs des avions avaient profondément choqué. «Les talibans avaient beau essayer d’être rassurants, la population n’était pas dupe. Elle savait très bien ce qui allait se passer», poursuit-elle.

L’Afghanistan, seul pays du monde où les filles se voient refuser l’accès à l’éducation, est devenu une «prison à ciel ouvert pour les femmes».

En deux ans, les talibans ont détricoté une à une les mesures instaurées durant vingt ans par les gouvernements successifs. Ils ont rétabli la charia (la loi islamique) et créé un régime «d’apartheid de genre», explique la Genevoise d’adoption qui milite pour que le droit d’asile pour les Afghanes soit révisé. Aujourd’hui, «ce pays est devenu une prison à ciel ouvert pour les femmes. Le peuple, plongé dans la terreur et une extrême pauvreté, n’est plus en capacité de se révolter, il lutte pour sa survie. La communauté internationale ne doit pas les laisser tomber.»

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