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Montreux Jazz FestivalThe Smile, pan dans les dents!

Thom Yorke et sa basse, mardi 12 juillet au Lab. Avec son trio The Smile, l’Anglais retrouvait le Montreux Jazz presque vingt années après y avoir créé l’événement avec son concert de Radiohead.
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Le matériel de The Smile ferait sourire tout fan de rock – ou pleurer, pour peu qu’il soit émotif. Disposés sur toute la longueur de la scène du Lab, des guitares électriques et sèches, plusieurs basses, un piano, une batterie et ses percussions, des synthés modulaires et même une harpe (!) attendent les six mains qui vont tous les empoigner au fil de 90 minutes de maestria instrumentale parfaitement bluffante.

Il faut convenir que The Smile a les moyens de ses ambitions. Financiers, bien sûr: il s’agit là du groupe «covidé» de Thom Yorke et de Jonny Greenwood, chanteur et guitariste d’un certain Radiohead dont le succès leur a permis quelques jolies acquisitions. Techniques, surtout: on connaissait la qualité de leurs albums; on a eu «live» la confirmation de leur capacité à se saisir de tous les formats dans un même élan nerveux et inspiré.

Durant 17 chansons embrassant la totalité de leurs compositions plus un solo de Thom Yorke (un unique album est sorti au printemps dernier), jamais le trio n’a présenté la même configuration instrumentale, que Yorke groove à la basse ou plane en acoustique, que Greenwood maltraite les cordes de sa guitare ou les caresse avec un archet, que Tom Skinner hache ses tempos ou flatte un Moog.

Écrans éteints

La venue de The Smile avait valeur de petit événement rock pour le Montreux Jazz. Ce mardi 12 juillet, les 2000 places debout du Lab suffisaient tout juste à contenir un public acquis aux incantations chamaniques de Thom Yorke, que chacun devait d’autant mieux fixer que les écrans vidéo sont restés éteints. En avril dernier à Zermatt, il avait en solitaire prouvé son don pour l’ubiquité, plaçant son chant languide et impeccable au-dessus des reliefs torturés de ses rythmiques. Avec The Smile, c’est le même principe qui prévaut, les trois Anglais jouant comme un seul homme et jetant le Lab dans une matrice postrock entêtante, nerveuse, parfois anxiogène dès lors que la transe guette et que l’ensemble se fonde dans une spirale oppressante.

Hypnotique, puissant, alternant les plages harmoniques et les structures cassées, le concert rejoignait en bien des aspects la carte génétique de Radiohead, sans évidemment qu’une chanson du groupe ne fût jouée. Le public, bien éduqué, ne lui en a pas tenu rigueur.