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Théâtre Benno Besson à YverdonD’Eschyle à Mahsa Amini, hommage aux Iraniennes à travers les âges

De part et d’autre d’un écran de tulle, les chanteuses du chœur et la reine Atossa (Mélina Martin) dans «Les Perses».
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Cinq choristes, trois musiciens, trois acteurs, mais encore cinq visages projetés sur écran. Une tragédie d’Eschyle, le passé de la Perse et les témoignages personnels d’Iraniennes immigrées en Suisse. Des sons puisés à l’electro, à l’Orient et à l’Antiquité classique. Leili Yahr voit grand. Elle voit clair. Elle voit loin. Mais faute de clés fournies au spectateur, son projet repose sur des présupposés, voire des raccourcis. D’ambitieux, il bascule dans le simplisme.

Tandis que José Ponce lit son témoignage, une Iranienne immigrée en Suisse apparaît à l’écran, devant les musiciens et le chœur en transparence.

«Les Perses», créée au Théâtre du Loup à Genève, en viennent clore une trilogie entamée en 2015 par «Swing», et poursuivie avec «The Glass Room» en 2022. À la tête de la compagnie Kaleidos, la metteuse en scène née en Valais, aux origines irano-américaines, y démêle son écheveau identitaire en se positionnant à mi-chemin du particulier et de l’universel. Aujourd’hui, Leili Yahr s’appuie sur un «théâtre musical et documentaire» pour achever de régler ses comptes avec le pays de sa mère, dont sa fille se sent encore citoyenne.

Chez Eschyle, un messager arrive de Salamine pour annoncer à la reine Atossa la défaite de son fils Xerxès face aux Grecs.

Sur le plateau, un voile diaphane, tendu dans son cadre, divise le cercle peint au sol. Pivotant à la manière d’une porte tournante, il organise les différentes temporalités, mais également les différents canaux de diffusion que concentrent «Les Perses». En live, un chœur féminin y prosodie (fort bien) les vers écrits en 472 av. J.-C., relatant la bataille de Salamine, auxquels donnent vie les comédiens Mélina Martin, Simon Labarrière et José Ponce.

Le voile diaphane qui traverse le plateau du Loup démultiplie les perspectives des «Perses» de Leili Yahr.

En vidéo, un chœur contemporain composé d’Iraniennes réfugiées en Suisse voit ses témoignages lus par le même José Ponce en coryphée moderne. À tour de rôle, les immigrées – toutes issues de bonnes familles – racontent leur périple, ses causes liées à la révolution islamique de 1979 et leur acclimatation en terres romandes. Les deux récits imbriqués sont accompagnés de musiques tantôt interprétées en direct, tantôt enregistrées.

Dans le palais de Suse, Mélina Martin imprime sa noblesse naturelle à la reine Atossa, symbole atemporel de la femme iranienne.

Le public béotien sait reconnaître les codes de la tragédie classique. De même, il est familiarisé aux enjeux de l’exil et de la migration. Mais n’étant versé dans l’histoire ni de la Perse d’il y a 2500 ans, ni de l’Iran du XXe siècle, il doit composer avec de nombreuses inconnues pour résoudre les équations posées par Leili Yahr.

Muni d’un micro contemporain, Simon Labarrière décrit les ravages causés par la guerre contre les Grecs, voici 2500 ans.

Or cette dernière ne le prend pas par la main – avec raison sur le plan artistique. Mais avec le résultat également que sa fresque, toute soignée qu’elle soit, se résume à assimiler le shah au bon roi Darius, le furieux Xerxès aux ayatollahs et la reine Atossa aux Persanes d’aujourd’hui. À l’horizon, on devine les États-Unis se fondre avec l’empire grec. Malgré son évident capital de sympathie sous nos latitudes, la formule paraît hâtive.

«Les Perses», jusqu’au 11 février au Théâtre du Loup, www.theatreduloup.ch, puis le 24 février au Théâtre Benno Besson d’Yverdon et le 15 mars à Nuithonie (Villars-sur-Glâne)