Résilience sur scèneFabian Ferrari questionne le pardon à son bourreau
Le comédien lausannois crée l’événement en adaptant au théâtre «Mon Père, je vous pardonne», ouvrage où Daniel Pittet évoquait les abus dont il fut victime. Première à Cheseaux le 14 mars.

Comment est-il tombé sur ce texte troublant, Fabian Ferrari? «C’est le metteur en scène Jean Chollet qui me l’a montré, peu après sa sortie, en 2017. Je sortais déjà d’un seul en scène, Chollet savait que j’aime bien défendre le théâtre citoyen, ou des textes sociétaux. Donc j’ai lu le témoignage de Daniel Pittet, ce «Mon Père, je vous pardonne», et ça m’a touché profondément. Je devinais que ce n’était pas un travail facile à endosser. C’est très cru, le livre de Daniel. C’est très direct, comme témoignage. Mais j’ai dit oui, on y va.»
Le livre, dès sa publication (lire ci-dessous), préfacé par le pape François, avait fait événement et s’était écoulé à des dizaines de milliers d’exemplaires en Suisse. Daniel Pittet avait été l’un des premiers, notamment dans l’émission «Temps présent», à dénoncer les abus commis par un prêtre dont il fut victime entre 9 et 13 ans.
Surtout, le livre documentait cette expérience atroce, mais aussi un chemin personnel de rédemption. «L’approche du pardon par Daniel Pittet est au cœur de tout, et elle trouble», souligne Fabian Ferrari. «Il dit: j’ai pardonné pour m’aimer. Pour ne pas devenir un être rongé par la rancœur, la violence, la haine, le besoin de vengeance. Le seul moyen de me libérer, de me détacher de mon bourreau, c’était de lui pardonner. En lui pardonnant, je lui montre à quel point j’ai de la force, à quel point je suis plus fort que lui, à quel point ce violeur est devenu vraiment une petite chose. À un moment du livre, il raconte qu’il va s’agenouiller devant le Saint-Sacrement et prononce ces paroles: «Jésus, je pardonne à ce pauvre con parce qu’il n’y peut rien, sors-moi de ses griffes.» Et Pittet souligne que c’est grâce à ce pardon qu’il a pu ensuite construire sa vie.»
Le pardon comme expérience de foi
Le pardon est donc ici une expérience de foi, que l’auteur fribourgeois n’a jamais caché avoir toujours conservée, tout en dénonçant les horreurs des abuseurs de l’Église. «J’ai moi aussi été élevé comme catholique», sourit Ferrari. «Est-ce que l’on peut vraiment pardonner à quelqu’un qui nous a fait du mal, même en étant extrêmement croyant, religieux? Souvent, quand j’ai lu et relu ce livre, je me suis demandé si «Mon Père, je vous pardonne», c’était avec point d’exclamation ou point d’interrogation. Et la première question que j’ai posée à Daniel quand je l’ai rencontré était: «Est-ce qu’on peut vraiment pardonner à son bourreau?» Lui prétend que oui, moi, je suis toujours dans le questionnement. C’est peut-être ce vertige qui m’a rapproché le plus du livre, ayant moi aussi été élevé catholique.»
Mise en scène sobre, épurée, «une table et une chaise». Et aussi des lieux de spectacle, après les premières représentations, dans quelques jours, au Théâtre du Bateau-Lune de Cheseaux-sur-Lausanne, à haute portée symbolique. «J’ai rencontré Mgr Morerod et Mgr Lovey pour leur présenter le projet. L’idée est de jouer «Mon Père, je vous pardonne» dans des lieux à forte portée spirituelle, comme des couvents, ou carrément concernés par ces problématiques d’abus, comme à Saint-Maurice.» Les hommes d’Église se sont montrés plutôt ouverts. «Et à la fin, il y aura de possibles moments d’échange avec le public, c’est important.» Quant à Daniel Pittet, il espère venir à de nombreuses représentations.
«Mon Père, je vous pardonne», Cheseaux-sur-Lausanne, Théâtre du Bateau-Lune, du jeudi 14 mars au dimanche 24 mars; puis à Fribourg, au couvent des Ursulines, le 26 mars, à Sion, au Théâtre Alizé, les 13 et 14 avril; à Noréaz le 20 avril; à Saint-Maurice, à l’aula de la Tuilerie, le 25 avril, et à Genève le 20 mai. www.monbillet.ch
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