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HommageThomas Mustaki dévisageait le monde

Le Lausannois est parti lundi. Il laisse une œuvre fulgurante et le souvenir d’un artiste fascinant et à part.

Thomas Mustaki avait transformé son appartement lausannois en atelier.
Thomas Mustaki avait transformé son appartement lausannois en atelier.
Florian Cella 

«Laissez le pinceau vous apporter la lumière!» Quand Thomas Mustaki l’écrit en lettres capitales et l’image avec éclat dans une toile de 2014, il y a du vécu. L’artiste lausannois, parti lundi alors qu’il venait d’avoir 30 ans, a tout donné à cette peinture qui lui avait fixé un rendez-vous un peu par hasard. Il avait alors 15 ans et sortait d’un sale moment comme il en existe dans les vies d’adolescent. La tentation de faire une école d’art vite passée, Thomas Mustaki a laissé ses dieux de l’histoire de l’art – Basquiat, Egon Schiele, Francis Bacon, Edvard Munch – l’accompagner dans son œuvre où la figure s’est très vite imposée. Brute. Toute-puissante. Mais aussi obsédante.

«C’était un peintre explosif dans tous les sens du terme, mais c’est ce qui faisait qu’il était artiste dans l’âme.»

Laurent Delaloye, spécialiste d’art contemporain


Dans ses contours, il y a le geste du peintre, vif, aigu, celui des néo-expressionnistes mais il y a surtout cette charge émotionnelle qu’il libère à travers des visages tortueux et de grands yeux qui dévisagent le monde. La singularité du Lausannois est dans cet art surgi du plus profond de son être pour aller au choc avec le monde extérieur, un art qui exorcise en même temps qu’il exprime. Le mois dernier, l’artiste confiait à «Bilan Luxe»: «Cela me coûte de peindre, c’est une démarche douloureuse basée sur l’introspection. J’y donne une partie de mon âme. C’est donc logique pour moi de vivre comme un ermite et de travailler dans l’ombre.»

L’œuvre dans la tête


Laurent Delaloye, spécialiste de l’art contemporain et chroniqueur pour «24 heures», se souvient de sa dernière visite à l’appartement-atelier de Thomas Mustaki. «C’était une œuvre en soi! Et lui, était un être très tendre et un artiste à part qui n’a pas eu toutes les expositions qu’il méritait d’avoir, mais il vendait. Dans une visite d’atelier, on s’attend toujours à être surpris, là j’ai eu un vrai coup de poing, tellement c’était fort! Thomas m’avait confié qu’il avait toujours l’œuvre dans sa tête avant de la peindre et qu’il attaquait toujours par l’œil droit, celui qui concentre le plus d’énergie. C’était un peintre explosif dans tous les sens du terme, mais c’est ce qui faisait qu’il était artiste dans l’âme.»