Bande dessinéeTom Tirabosco s’ensauvage dans une ode à la nature
Comme le philosophe Baptiste Morizot, le Genevois réfute avec «Terra animalia» l’idée que le seul rapport possible avec le vivant soit un rapport de force.

À travers sa pratique du dessin, Tom Tirabosco aime s’ensauvager. Peu enclin à se répéter, il entend se laisser la liberté d’évoluer graphiquement au fil de ses projets. «Bouger, s’hybrider», comme il l’a confié il y a peu au festival BDFIL, lors d’un long entretien en public. Au moment où reparaît, plus de vingt ans après, «L’œil de la forêt», son premier album important, le contraste apparaît saisissant avec «Terra animalia», publié ces jours par les Genevois de La Joie de lire.
Dans ce nouvel opus invitant le lecteur à renouer avec un mode de vie plus en phase avec les espèces végétales et sauvages qui l’entourent, Tirabosco délaisse les subtiles nuances charbonneuses de ses précédents ouvrages. Le plus souvent loin de sa technique du monotype, il expérimente un savoir-faire inédit, où les crayons aquarellables et la colorisation numérique s’imposent.
La Terre désertée
«Je voulais une ode à la nature, tout en couleur après de nombreux livres en noir et blanc à la tonalité plutôt sombre», confie l’intéressé à propos d’un récit de science-fiction situé dans un futur très lointain. Venus de la planète Mars, un homme et une femme se sont crashés sur une Terre désertée depuis des millénaires, que se sont réappropriée les animaux. Ces derniers n’apprécient guère le retour des humains dont ils ont subi si longtemps le joug…
Orientée grand public, cette histoire mettant en scène aussi bien une jeune femelle lycaon qu’un dauphin éminemment sociable ou un grand lézard à la langue bien pendue a été coécrite avec Patrick Mallet, bédéaste genevois installé à Paris. «J’avais envie de collaborer avec lui depuis longtemps, notamment en raison de son aptitude à écrire d’excellents dialogues. Mais pour que notre association fonctionne, il fallait qu’il me laisse un peu de place. J’ai voulu mettre mon grain de sel dans ce scénario, né notamment de mes lectures de différents livres de Baptiste Morizot.»

Chantre du concept de «vivant», le philosophe français a écrit plusieurs ouvrages dans la lignée de ceux des anthropologues Bruno Latour et Philippe Descola, également auteurs de chevet de Tirabosco en ce moment. Ses travaux défendent la possibilité d’établir une forme de diplomatie entre l’humain et le non-humain, réfutant l’idée que le seul rapport possible avec le monde vivant soit un rapport de force.
«Pour Morizot, les relations avec les animaux peuvent se baser sur l’échange et la cohabitation. «Terra animalia» évoque ce thème. Nyelle, la femelle lycaon au centre de cet album, s’approche des humains venus des étoiles.» Les chances de survie de ces scientifiques débarqués de la planète Mars apparaissent quasi nulles. Et si le seul moyen de s’en sortir était d’accepter de changer… Un peu comme Tirabosco lui-même.
«Terra animalia», par Tom Tirabosco et Patrick Mallet. Éd. La Joie de lire. «L’œil de la forêt», par Tom Tirabosco. Éd. Les Arts Dessinés, 80 p. Expo à la galerie Tiramisu, Carouge, du 25 mai au 6 juin.
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