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Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne«Tous ces auteurs interrogent notre rapport au monde avec sérieux»

Le concours prend le pouls de la création littéraire romande. Le point avec Isabelle Falconnier.

Les nominés de gauche à droite: Joseph Incardona, Anne-Sophie Subilia, Adrien Gygax, Nadine Richon, Laurent Koutaïssoff et Antoinette Rychner.
Les nominés de gauche à droite: Joseph Incardona, Anne-Sophie Subilia, Adrien Gygax, Nadine Richon, Laurent Koutaïssoff et Antoinette Rychner.
Sébastien Agnetti

Dans la sélection 2021 du Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne, il n’est pas question de pandémie. Mais les frémissements d’un monde qui tangue ne sont jamais loin, au fil de styles narratifs divers et de thématiques qui parfois s’entrecoupent. Critique de l’ultralibéralisme dans «La soustraction des possibles» de Joseph Incardona, collapsologie dans «Après le monde» d’Antoinette Rychner, écologie chez Anne-Sophie Subilia, qui emmène avec «Neiges intérieures» dans un périple qui est aussi intime, voyage aussi, mais pas celui auquel on s’attend dans «Atlas» de Laurent Koutaïssoff, ou méditatif lorsque Adrien Gygax raconte une fin de vie en maison de retraite dans «Se réjouir de la fin», tandis que Nadine Richon soulève la question de l’extrémisme religieux dans «Un garçon rencontre une fille».

Le concours né en 2015 figure parmi les plus dotés, avec 20’000 francs à la clé pour le livre gagnant, qu’un jury populaire aura la responsabilité d’élire cette fois sous la présidence du comédien Michel Voïta. Auparavant, les six titres en lice ont été sélectionnés par des professionnels du Service bibliothèques et archives, sous la houlette d’Isabelle Falconnier, déléguée lausannoise à la politique du livre. Interview.

La sélection mise toujours sur la variété des œuvres, pour refléter une diversité de la littérature romande qu’il s’agit de promouvoir avec cette opération…

Oui, que ce soit en termes de types de livres, de thématiques, d’éditeurs ou de profil d’auteurs.

Cette année, peut-être pour la première fois, vous y décelez un fil conducteur?

Oui, tous ont en commun le sérieux de leur interrogation sur notre rapport au monde, que je trouve assez représentatif d’une attitude littéraire romande où l’on cherche à donner du sens ou à faire prendre conscience qu’il n’y a pas de sens. Le questionnement est au cœur de notre héritage littéraire, intellectuel, culturel et spirituel. Je pense à Étienne Barilier, Gustave Roud, Jacques Chessex, Ramuz, Jacques Mercanton, plus près de nous Yvette Z’Graggen ou Yves Laplace. Le polar, dont les auteurs romands s’emparent avec jubilation, permet de prendre la tangente.

Il n’y a aucun premier roman…

Non il n’y a pas de débutants. Les nominés, âgés de 31 à 60 ans, constituent la génération active des auteurs romands. Ils ont tous déjà publié, un peu de bouteille, mais aussi encore un chemin à parcourir.

Vous tenez aussi à des auteurs qui puissent porter leur livre en public…

Oui, on veut aussi faire découvrir des personnalités. C’est d’autant plus important que les rencontres avec les lecteurs jouissent d’une bonne fréquentation. L’an passé, nous avons accueilli à chaque fois plus de 200 personnes.

Avez-vous noté une évolution du regard du public sur la littérature romande depuis le lancement du prix?

Oui, et c’est réjouissant. Tant le public des rencontres que nos jurés abordent les auteurs romands sans a priori. Il y a six ans, souvent ils nous disaient qu’ils lisaient peu, voire pas du tout d’auteurs romands. Désormais, les jurés et les lecteurs en connaissent et en suivent de manière régulière. Ce qu’ils cherchent, c’est une histoire qui leur plaît et une voix qui leur parle, en écho à leurs préoccupations ou intérêts.

Cette année il y a parité, est-ce voulu?

Non, on ne se donne pas de quotas. D’ailleurs c’est une question qui ne se pose pas. On n’a aucune difficulté à trouver des auteurs des deux sexes. C’est vraiment représentatif de la scène littéraire romande.

Joseph Incardona, Antoinette Rychner ont choisi de vivre de leur plume, tandis qu’Adrien Gygax s’engage sur la même voie. Une perspective réjouissante?

Ce choix correspond souvent à une période précise dans la vie des auteurs, qui peuvent s’organiser de manière à ce que cela soit possible, en ne vivant pas uniquement des droits d’auteur, mais de tout ce qui touche à l’écrit: des ateliers d’écriture à la déclinaison en scénarios pour la télévision et le cinéma. Le modèle écrivain-qui-enseigne, ou enseignant-qui-écrit, s’il est encore bien répandu, n’est plus le modèle dominant.

La crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur vos choix?

Non, car on prend en compte des livres parus de septembre 2020 à septembre 2021, et finalement presque tous les livres sont sortis comme prévu. Tous n’ont en revanche pas eu l’attention qu’ils méritaient avec un intérêt général tourné vers le Covid. Je suis donc ravie de pouvoir leur donner une nouvelle visibilité.

Aucun ouvrage n’évoque la pandémie?

Non, les quelques parutions romandes qui y font allusion sont plutôt des journaux, comme «Le mammouth et le virus» d’Eugène, et n’étaient donc pas dans le profil des œuvres retenues. Il faudra, je pense, du temps pour que ce thème mature et se retrouve dans des fictions.

Appel aux jurésLes intéressés (habitant le Grand Lausanne) peuvent envoyer leur candidature d’ici au 20 septembre à prixdeslecteurs@lausanne.ch

RencontresLe samedi à 11h au Lausanne Palace (dates ci-dessous). Entrée libre sur inscription à prixdeslecteurs@lausanne.ch

Remise du prixLe 21 avril 2021 au Casino de Montbenon à Lausanne. Infos: lausanne.ch/prixdeslecteurs