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Traite d’êtres humains à Genève
Accusée d’avoir exploité son personnel à Cologny, une famille de milliardaires face aux juges

Le procès s’ouvre alors que les avocats de la défense réclament encore l’éviction de la présidente du Tribunal correctionnel.
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Rarement les coulisses d’un dossier pénal n’ont donné lieu à une bataille si acharnée. Mais après cinq ans de procédure et des recours en rafale de la défense, l’ouverture du procès de quatre membres de la famille Hinduja est bien programmée pour ce lundi devant le Tribunal correctionnel. Les parents, le fils et son épouse, auxquels s’ajoute un employé de la famille indienne, tous présumés innocents, sont accusés d’avoir exploité la dépendance de leur personnel de maison à Cologny. Les charges sont importantes: traite d’êtres humains et usure notamment.

Trois plaignants

La bataille juridique dure depuis l’irruption, en 2018, d’une procureure genevoise, accompagnée de la police, dans la villa de 400 m2 des Hinduja. Depuis près de vingt ans, la famille indienne à la tête d’un conglomérat occupe les lieux avec son personnel. Selon l’accusation, les petites mains indiennes, «souvent illettrées et en situation précaire […] travaillent tous les jours de la semaine sans congé, […] leur salaire oscille entre 110 et 400 francs», sans que les cotisations sociales ne soient réglées.

Dans le viseur des enquêteurs figurent le patriarche Prakash, président de la branche européenne du groupe, son épouse, leur fils, la femme de ce dernier ainsi que l’homme de confiance des Hinduja. Si tous les cinq sont attendus ce lundi à la barre, les plaignants, trois anciens employés de maison, devraient également être interrogés, alors que trois autres ont retiré leur plainte à la faveur d’accords financiers, selon la RTS.

Reporté deux fois

Face à une famille dont la fortune globale atteindrait plus de 30 milliards, le climat est électrique. En témoigne l’ouverture du procès reporté à deux reprises à l’automne 2023 et la stratégie de défense consistant à attaquer chaque volet de l’instruction. Selon un décompte de la RTS, quatorze demandes de récusation contre procureurs, policiers et juges se sont succédé. La dernière tentative d’éviction visait Sabina Mascotto, la magistrate qui dirigera les débats à partir de lundi, à qui la défense reproche de supposés contacts avec la presse. Sur ce point, le Tribunal fédéral n’a pas encore rendu de décision, malgré l’ouverture du procès inscrite à l’agenda.

Ainsi, c’est la légitimité des juges appelés à trancher ce dossier hautement sensible qui est attaquée par une équipe de défense composée de Mes Romain Jordan, Yaël Hayat, Robert Assaël, Nicolas Jeandin et Daniel Kinzer.

La juge et son bailleur

À cet égard, un épisode étonnant est venu perturber les semaines précédant le procès. Il concerne l’une des juges du Tribunal correctionnel (ils seront trois à siéger) en raison de son… loyer.

Car en septembre, alors que la convocation pour le procès est envoyée, un nouvel avocat est constitué à la défense de l’un des Hinduja. Or, l’homme de loi est membre d’une hoirie propriétaire de l’appartement loué par la juge dans un immeuble destiné à être surélevé. La question pouvant être conflictuelle, la juge informe les parties de son statut de locataire et, donc, d’un lien avec l’un des avocats constitués, mais refuse de se récuser.

Ainsi, le Tribunal reconnaît qu’il y a là motif de récusation mais ordonne la récusation de l’avocat (selon le principe qui ordonne la sortie de la personne la plus «jeune» dans le dossier). Ce dernier conteste la décision et obtient gain de cause au Tribunal fédéral. Fin de l’épisode? Non, car la défense demande par la suite l’éviction de la juge en laissant entendre qu’elle «pourrait se trouver dans une situation dans laquelle son objectivité serait compromise». Demande refusée.

Qui sera présent?

C’est donc dans ce contexte – celui d’une audience que les principaux accusés ont tenté de torpiller à tout prix – que s’ouvre l’audience. Signe d’une grande nervosité de part et d’autre, aucune des parties n’a souhaité s’exprimer avant l’ouverture des débats.

En attendant, la présence des cinq prévenus au Palais de justice ce lundi est loin d’être garantie. En particulier pour les parents Hinduja, tous deux septuagénaires, résidents de Monaco, et que l’on dit «affaiblis».