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AboTribunal cantonal de Fribourg
Le magnétiseur condamné pour attouchements

Mardi, la Cour d’appel pénale du Tribunal cantonal fribourgeois devait juger si les soins prodigués par le magnétiseur Denis Vipret relevaient de la confrontation à un acte d’ordre sexuel.
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Certains disent que le magnétiseur broyard Denis Vipret leur a sauvé la vie. D’autres ressortent apaisés de ses consultations ou viennent y chercher de l’espoir. Depuis plus de quarante ans, des milliers de patients ont profité du don de l’habitant de Léchelles, qui appose ses mains sur la nuque et les épaules de ses patients. Connu loin à la ronde, le roi des magnétiseurs romands a aussi travaillé pour Fribourg-Gottéron ou le FC Sion.

Mais le 10 septembre 2020, à Granges-Paccot, une cliente a mal vécu une séance de magnétisme dans une salle de restaurant. Mardi, la Cour d’appel pénale du Tribunal cantonal fribourgeois devait juger si les soins prodigués relevaient de la confrontation à un acte d’ordre sexuel. Elle a confirmé la décision du juge de police de l’arrondissement de la Sarine, qui avait condamné Vipret.

L’homme avait déjà été condamné par ordonnance pénale en 2022. Il a écopé ensuite d’une amende doublée de 2000 francs, convertible en une peine de privation de liberté de 20 jours, et au paiement d’un montant symbolique d’un franc à la plaignante pour tort moral. Ces conclusions sont confirmées et le guérisseur devra aussi payer les frais de la procédure (2200 francs) et les frais de défense de son opposante (plus de 10’000 francs).

Selon la plainte déposée un mois après les faits par la jeune femme, le gourou aurait commis «des gestes ayant une connotation sexuelle, en lui caressant le ventre, la peau, puis les flancs, le bas du dos et le haut des fesses, avant de se serrer contre elle, puis de lui apposer les mains sur ses fesses en la serrant».

Demande de récusation

Mardi, devant le Tribunal cantonal, la défense a commencé par demander le huis clos, puis une audition supplémentaire, avant de plaider la récusation de la Cour, face au refus de ces réquisitions. Sans succès.

«J’ai fait la paix avec tout cela, mais je souhaite éviter que cela ne se reproduise pour d’autres personnes», a alors témoigné la plaignante, protégée par un paravent des yeux du magnétiseur, avant de décrire les séances litigieuses. La patiente, alors en dépression post-partum mais se décrivant en train de remonter la pente, a raconté sa gêne, au moment d’une étreinte par-dessus les habits, puis en dessous. Le tout accompagné de gémissements et de paroles suggestives susurrées dans son cou.

Cheveux gominés et bouclés sur l’arrière, costume impeccable, silhouette affinée par la pose d’un by-pass, mais traditionnels sabots aux pieds, le magnétiseur a dit sa tristesse de se retrouver au tribunal. «Du mal, je n’en fais pas. Je ne fais que du bien», a-t-il présenté, avant de décortiquer une consultation dont il ne garde pas de souvenir particulier. Justification: il voit défiler de 800 à 1000 patients chaque mois.

«Elle avait le bassin décalé. Ce n’est pas impossible que j’aie appuyé mes mains sur le plexus, mais ensuite j’utilise plus de 500’000 méthodes pour soigner. Les mains sur les épaules, c’est la base», reprend le thérapeute. «Vous parliez de 300’000 méthodes dans votre audition. C’est l’inflation», coupe le président Marc Boivin. «À cause du Covid», rétorque le rebouteux, qui assure qu’il referait la même chose si l’occasion se présentait.

Message de remerciement

Avocat du prévenu, Me Célien Beuret a plaidé la relaxe au motif d’un premier jugement qualifié d’arbitraire, en revenant sur différents témoignages. Il rappelait surtout que la plaignante avait envoyé un message de remerciement à Vipret le soir même de la consultation. «Qu’on y croie ou non, cela ne fait pas de lui un criminel.»

«Le prévenu n’a pas encore compris que certains propos ou comportements ne sont plus autorisés», a contré Me Pompeo-Remo Falcone, jugeant que les soins prodigués n’étaient pas standard et étaient de nature sexuelle.